Pour compléter le très bel article de Jacques Serieys publié ici hier, nous vous donnons ici tout de même celui qui était prêt depuis quelques jours, juste avant que nous décidions que celui de Jacques était bien plus complet. Et, en prime de fidélité, des chansons, des chansons, des chansons !
1848, une Révolution et la deuxième République.
25 février 1848, une date qui fera date. Rendez-vous compte, un peu : sous Louis-Philippe, les réunions étant interdites, on se retrouvait pour banqueter ! L’opposition républicaine n’a pas digéré qu’on lui ait volé sa victoire électorale de 1830. Et elle organise donc des banquets… Fin janvier, celui des gardes nationaux est interdit. Fin février, des barricades se dressent dans Paris. Thiers, déjà lui, va comme qui dirait tenter une répétition générale de ce qui fera son succès 23 ans plus tard, pendant la Commune : encercler Paris comme un bastion ennemi. Le roi abdique, trop tard : la IIème République est déjà proclamée et un gouvernement provisoire socialiste est formé. On y rencontre Raspail, Lamartine et Louis Blanc. Le roi part pour l’Angleterre. Il y mourra deux ans plus tard. Il en va des rois comme du commun des mortels, ils finissent par mourir eux aussi. Alors, celle-là, de République, elle a apporté quoi au peuple, vous entends-je vous interroger ? Oh, des bricoles, des broutilles, trois fois rien. Elle a créé les Ateliers nationaux, aboli les titres de noblesse, fixé la journée de travail à 10 heures, et puis aboli l’esclavage, rien que ça… Et on oublierait d’en parler à l’école ? Quelle erreur … ! En attendant, pendant ces journées-là, on a, comme toujours dans notre beau pays, beaucoup chanté. Nous vous en livrons ici une ou deux, des plus caractéristiques, sinon des plus célèbres. Gille et Demanet, à Paris, écrivent de nouvelles Carmagnole, Ventôse souffle son air de révolte, et les Tombeaux de Juin se creusent pour les condamnés.
La nouvelle Carmagnole
Espoir, bourgeois et travailleurs, Si l’étranger plein de terreur
Nous reverrons des jours meilleurs. Menace encore de ses fureurs ;
L’arbre de la liberté Le pays combattant
Parmi nous est planté ; L’ira vaincre en chantant :
Dansons la Carmagnole, vive le son Dansons la Carmagnole, vive le son
Du canon. Du canon.
Par un roi, le peuple enchaîné, Chassant tyrans et potentats,
Vers l’abîme était entraîné. Affranchissant tous les États,
Chacun était réduit. Lombard, slave et germain,
Vainqueurs tous aujourd’hui. En nous donnant la main,
Dansons la Carmagnole, vive le son Dansons la Carmagnole, vive le son
Du canon. Du canon.
Enfants, vieillards se sont levés, Ne formant qu’un faisceau d’amis,
Le trône, assailli de pavés, Du bonheur aux élus promis,
Croule en quelques moments ; Le monde est héritier,
Sur ses débris fumants Sur tout le globe entier.
Dansons la Carmagnole, vive le son Dansons la Carmagnole, vive le son
Du canon. Du canon.
H. Demanet