Les tombeaux de juin
Versez sur eux et l’injure et l’outrage, Ils sont tombés après cinq jours de lutte !
Vous que jamais n’atteindra le remords, Ils sont tombés sans nous dire leurs noms ;
Le destin seul a trahi leur courage, Ils sont tombés, mais le bruit de leur chute
Nous les aimions et nous pleurons nos morts ; Recouvre encor la voix de vos canons !
Ils s’étaient dit : du combat voici l’heure ! Tremblez ! Tremblez, la guerre sociale
Frappons ! Frappons l’égoïsme brutal ! A de nos jours pris son point de départ ;
L’espoir d’hier, aujourd’hui n’est qu’un leurre, C’est une guerre acharnée et fatale
Et notre lot, la faim et l’hôpital ! Où riche et pauvre useront leur poignard !
Ils nous berçaient de menteuses promesses, Vous nous direz que, pour longtemps, peut-être,
Ces avocats, ces bourgeois alarmés ; L’émeute est morte, et morts ses combattants,
Ils ont fermé leurs cœurs, comme leurs caisses, Que le pouvoir est fort, qu’il est le maître ;
Lorsqu’ils ont cru nos bras bien désarmés ! Mais le pouvoir s’use avec le temps !
Marchons ! À nous les quais, les ponts, les rues ! Un grand soldat prête aujourd’hui son sabre,
À nous Paris, ce colosse énervé ; Comme un appui des tyranneaux bourgeois !
De toutes parts les foules accourues Parlez moins haut quand le peuple se cabre,
Au sol brûlant disputent le pavé ; Les grands soldats tombent comme les rois !...
Et toi, soldat qu’un pouvoir leur oppose, Dans les cachots où nos frères languissent,
Toi qui demain deviendras ouvrier, Un saint espoir vient réchauffer leurs cœurs !
Ces combattants servent la même cause Ils ont laissé bien des fils qui grandissent,
Qu’ils défendaient aux jours de février ! Et les martyrs enfantent des vengeurs !
De les flétrir, du moins je vous défie, Versez sur eux et l’injure et l’outrage,
Les criminels, ils n’ont pas réussi ; Vous que jamais n’atteindra le remords,
Ce février que l’on nous déifie Le destin seul a trahi leur courage,
Est fils du peuple, et juin fut peuple aussi ! Nous les aimions et nous pleurons nos morts !
Versez sur eux et l’injure et l’outrage,
Vous que jamais n’atteindra le remords,
Le destin seul a trahi leur courage,
Nous les aimions et nous pleurons nos morts ! Ch. Gille