Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante de gauche.


Chez Inéos ça sent le roussi.

Publié par prs 57 sur 14 Octobre 2007, 23:00pm

Catégories : #syndicats

Nous ici, comme je vous l’avais déjà raconté, on a des usines, avec des gars qui bossent dedans et tout, des machines, des syndicats, des problèmes, et aussi des patrons, of course… L’une d’elles, c’est Inéos. Bref rappel. Depuis août, vous avez peut-être oublié l’histoire.

Inéos, avant, ça s’appelait Solvay. Un sacré grand nom, Solvay. C’était belge à l’origine, et en France, on avait un paquet d’usines qui tournaient bien bien. Il y en avait un peu partout : dans le Midi, le Sud-Ouest, en Franche-Comté (Tavaux. Paraîtrait même qu'ils avaient une section PS d'entreprise là-bas, c'est pour dire!) et aussi en Lorraine (Dombasle et SARRALBE donc). Par ici, c’est le sel du sous-sol qu’on exploitait, pour fabriquer de la soude. En gros, c’était un peu des cadors, les types, à Solvay. On les croyait plein aux as, nous les fils et filles de cheminots ou de mineurs. Ils habitaient dans une cité, la cité Solvay, ben oui ! Les cadres avaient de coquettes villas, avec jardinier et le toutim. Les gamins des ouvriers, nos copains, ils allaient en colo en Alsace, à Munster. Pour Noël, il y avait une fête, avec des tas de cadeaux très chouettes. Et des avantages -enfin, ce que les autres appelaient des avantages -, pour les gars qui bossaient là : des primes, des voyages pas chers, des virées ici ou là, des clubs de sport, et même un tennis, pour l'époque, c'était l'Amérique, des cadeaux pour fêter les 25 ans d’embauche, de l’épargne pour après, quand ils seraient vieux, voyez bien comment ça tournait le paternalisme, en ce temps-là, vous avez sûrement les mêmes à la maison. Tout ça pour dire qu’un jour, les merles ont cessé de chanter comme les grives et ça a commencé par changer de nom, puis de produit, puis de patron, pour finir, comme partout par des « restructurations ». Ils sont tributaires d’un gros fournisseur de matière première, situé pas bien loin d’ici d’ailleurs, qui ne fournit plus ou du moins plus autant. Alors, on va re-stru-ctu-rer. Tu parles ! Sous ce doux euphémisme, tu lis simplement « chômage » et voilà. De fil en aiguille, on en est arrivé, début juillet, à envisager la suppression de 102 postes. Attention, ici, on vous parle d’un effectif de 300 gars. Ça fait un tiers des postes qui sautent, quand même. Un tiers… Tu extrapoles un peu, tu imagines les retombées sur le commerce local, sur les écoles, le collège, tous les emplois induits. Dans un premier temps, on leur a demandé de réduire leurs « avantages », ce que je vous disais avant. Mais ces avantages, ils avaient été acquis de haute lutte, évidemment, au nom de quoi on leur reprendrait aujourd’hui ce qu’on leur a donné avant ?  De manif en négociations, apparemment, ça n’a pas dû marcher bien fort, puisque ce matin, en partant travailler, je les ai croisés bloquant les accès à la ville. Un peu plus tard c’est autour d’un brasero, à griller des merguez, qu’ils étaient, devant leur usine. Une belle usine, à l’ancienne, avec une salle des machines comme dans un film, on y avait joué un Faust d’anthologie, avec des troisièmes en 86. Les gars bloquent. Ils ont raison. J’ai entendu dire que tant d’avantages, ce n’était pas tout à fait juste… Ce sont les mêmes qui nous racontent ces jours-ci que les régimes spéciaux… Cet après-midi, Benoît me disait qu'on ve faire riper les jeunes, garder les "vieux". Tiens, ça coûtera moins cher en primes, et puis, les vieux, sous peu, ils vont dégager tout seuls, pour cause de retraite... Sympa, le montage "social ", non ? Benoît, il me disait aussi "J'aime pas ce nouveau nom, Inéos, depuis longtemps, pour moi, ça rime avec on l'a dans l'os..." Voilà l’histoire de mes copains de chez Inéos. Ils luttent. Ils luttent pour sauver leur boulot, leur usine, ils l’aiment alors ils se bougent. On va essayer de les aider. Déjà cet article, si vous pouviez le relayer, par chez vous, que ça se sache. C’est comme ça qu’on a avancé pour plein d’autres dossiers, pas vrai ? Ce matin, on a pris quelques photos. Les voilà. Parlons d’eux, ils ont plein de courage, et aussi d’angoisses, pour leurs petits, et pour eux-mêmes déjà. Aidons-les. Tchao les gars, on est avec vous…

brigitte blang prs 57

 Merci à Patrick Schmidt, à Benoît, à Armand, mes copains de la CFDT et à tous les autres de nous avoir raconté leur usine, leur boulot. On continuera leur feuilleton, aussi longtemps qu'il le faudra.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents