En écho à la série de Jacques Serieys, de PRS Aveyron, voici une contribution aux poésies de guerre et de résistance.
Pour commencer, un poème de Marianne Cohn, « Je trahirai demain », d’autres suivront, dans les jours qui viennent.
Je trahirai demain.
Aujourd’hui, arrachez-moi les ongles,
Je ne trahirai pas.
Vous ne savez pas le bout de mon courage.
Moi je sais.
Vous êtes cinq mains dures avec des bagues.
Vous avez aux pieds des chaussures
Avec des clous.
Je trahirai demain, pas aujourd’hui.
Demain.
Il me faut la nuit pour me résoudre,
Il ne me faut pas moins d’une nuit
Pour renier, pour abjurer, pour trahir.
Pour renier mes amis,
Pour abjurer le pain et le vin,
Pour trahir la vie,
Pour mourir.
Je trahirai demain, pas aujourd’hui.
La lime est sous le carreau,
La lime n’est pas pour le barreau,
La lime n’est pas pour le bourreau,
La lime est pour mon poignet.
Aujourd’hui je n’ai rien à dire,
Je trahirai demain.
Marianne Cohn avait fui le IIIème Reich avec ses parents. Réfugiés en Espagne, la guerre civile les obligera à l’exil à nouveau, vers la France cette fois. Les lois antisémites de 1940 la poussent dans un refuge à Moissac. Elle va alors militer dans le mouvement des jeunesses sionistes et fait passer des enfants juifs en Suisse. Fin mai 44, elle prend elle-même la tête d’un convoi de 28 enfants. Ils seront arrêtés à Annemasse, juste avant la frontière. Son refus d’abandonner les petits la conduira dans les prisons de la Gestapo. On retrouvera son corps mutilé à la Libération.
Elle n'avait pas parlé. Elle avait 22 ans...