Gauche : l’heure des choix
L’heure des choix à gauche est donc clairement venue. Pas question, comme en 2002, d’évacuer les raisons profondes de l’échec et d’attendre la prochaine échéance électorale. L’urgence est au réarmement idéologique, politique et culturel. Et c’est un choix fondamental entre les orientations existantes à gauche qui s’impose.
Bien des voix s’élèvent pour inviter la gauche à se rassembler autour d’une politique dite « réaliste », renonçant à contester l’ordre capitaliste et cherchant son salut au centre. Cette « analyse » oublie que l’adaptation social-libérale caractérise l’évolution de la politique du Parti socialiste depuis 1983, que les gouvernements de gauche successifs ont été sanctionnés jusqu’au désastre du 21 avril 2002, que les exemples européens souvent cités n’ont rien produit de bon pour les peuples. Elle ignore que Ségolène Royal, a tenu durant la campagne un discours de facture « blairiste » sur le « goût du risque », « l’esprit d’entreprendre », le refus de « l’assistanat », la réconciliation avec le profit, allant jusqu’à disputer à Sarkozy une part du discours sécuritaire et identitaire. Ce parti pris, accentué entre les deux tours, a désorienté l’électorat de gauche. Nous sommes convaincus que c’est l’une des clés de la défaite. Et il faudrait maintenant entretenir toujours plus cette machine à … perdre ? Jusqu’où ? Une gauche qui ne sert plus à rien parce qu’elle ne change plus rien ? Une gauche assistant impuissante à la domination de la droite pour les dix années à venir ?
Un tel projet ne manquerait pas de soutien populaire. Les nombreux mouvements sociaux des dernières années et le rejet d’une constitution libérale pour l’Europe attestent d’une résistance aux politiques libérales. Des forces sont donc disponibles pour lier la résistance aujourd’hui nécessaire à l’affirmation d’une perspective ambitieuse de transformation sociale, de justice, d’égalité, de solidarité. On les retrouve avec les organisations et courants qui ont mené la campagne du « non » de gauche, dans les collectifs unitaires antilibéraux, mais aussi, plus largement désormais, dans les partis, les forces syndicales et associatives, dans le monde intellectuel et culturel, parmi les citoyennes et les citoyens, dans la jeunesse.
L’urgence est à la résistance et à la mobilisation pour battre les candidats sarkozystes aux législatives. Elle est tout autant à reprendre l’offensive sur le terrain des idées et des propositions autour de contenus transformateurs attractifs. Une gauche molle n’est pas l’outil politique adéquat face à la contre-révolution libérale ; quant à une « petite » gauche, elle serait cantonnée au rôle d’aiguillon minoritaire d’un social-libéralisme hégémonique.
Eric COQUEREL (président Mars Gauche Républicaine) - Claude DEBONS (ex-coordinateur collectifs du 29 mai) - Charlotte GIRARD (secrétaire nationale PRS) - François LABROILLE (élu régional IDF Alternative Citoyenne) - Patrice LECLERC (conseiller général communiste 92) - Jacques LERICHOMME (syndicaliste) - Claude MICHEL (syndicaliste) - Christian PICQUET (LCR Unitaire) - Catherine TRICOT (communiste unitaire) - José TOVAR (syndicaliste).