On chante dans mon quartier
J'ai vu un chef d'oeuvre, ça s'arrose, non? Un petit joyau à mettre dans son musée perso, pourvu qu’on soit un peu sensible aux belles choses. C’est un film musical, l’air de trois fois rien, qui te transporte, qui te ravit, au sens premier du terme. C’est un moment rare, et qu’il va falloir peut-être retourner voir plusieurs fois. On dirait que c’est une histoire toute simple : une fille aime un type, et puis une autre fille. Elle a aussi un papa et une maman dans sa vie, et deux sœurs adorables, une famille un peu marrante, où on s’aime chaudement, où on s’engueule un peu, où on se serre les uns les autres à la fin d’un dimanche de pluie. La jolie chérie meurt, comme ça, bêtement, tout d’un coup. Au fait, il y a moyen de ne pas mourir bêtement ? Le jeune type, on pense qu’il va en mourir aussi de cette catastrophe-là. Et puis non. Il rencontre un autre jeune gars tout mignon, joli comme un cœur, et vogue la galère, ces deux-là vont faire un bout de chemin ensemble. Donc, un film, vous entends-je me répondre… Justement, non, pas seulement un film. Celui-là, il est en musique. Vous vous souvenez sûrement des merveilles que Jacques Demy nous avait offertes, avant, bien avant, avec la complicité géniale de Michel Legrand (Ah ! Legrand, le seul, l’unique… Eh bien, accrochez-vous, y a de la relève !...). Eh bien voilà, c’est un peu pareil. On chante, quand on est heureux, quand on est triste, on chante la pluie et sous la pluie, on chante l’amour, et surtout, surtout, on chante Paris. Le vrai personnage de ce film, c’est Paris. Pas le Paris des touristes du mois de juillet. Non, un autre Paris, un Paris pluvieux, et lumineux, un Paris avec des affiches de la présidentielle sur les murs !celui que vous voyez quand vous descendez du train à
Toute à mon émotion, j’oublie de vous dire, le film, il s’appelle « les Chansons d’Amour », le réalisateur, c’est Christophe Honoré (définitivement amoureux de Paris, ce gars-là !), les acteurs, exemplaires : Ludivine Sagnier, qui a grandi, ça y est, une petite nouvelle pleine de promesses, Clotilde Hesme, Louis Garrel, ténébreux, l’air léger, mais profond comme on l’est à trente ans, Grégoire Leprince-Ringuet, c’est lui le « joli breton qui sent les crêpes au citron », adorable, et puis allez, pour le bonheur, la divine Chiara Mastroianni, vous me direz, avec une telle filiation, manquerait plus qu’elle soit nulle ! Justement, derrière elle, on ne la sent pas la filiation. Pourtant, à un moment dans un parc sous la pluie, on a comme une réminiscence de Deneuve sous son pépin, à Cherbourg, et c’est bien émouvant tout de même, cette continuité mère-fille… Belle soirée à vous, si vous trouvez deux minutes entre deux coups de pinceaux et d’affiches, ne loupez pas cette merveille.
brigitte blang pour prs 57