TEL EST PRIS…
Je pense que Rocard le savait avant de s’y engager. Ca doit l’amuser de prouver son pouvoir de perturbation aux petits malins qui avaient oublié de l’afficher sur la liste des 13 (!!!) précieux publiée cette fameuse semaine où les éléphants étaient revenus en grâce… Et, plus sérieusement, il fait avancer son projet comme jamais puisque le terrain est propice. Quand quelqu'un a demandé au sénateur Mercier, trésorier de l’UDF, s’il faudrait beaucoup de temps pour faire une nouvelle majorité dans le cas où François Bayrou l’emporterait, j’étais assis à côté de lui au Bureau du Sénat où nous siégeons lui et moi. « Environ un quart d’heure » a-t-il répondu avec le sourire. Je pense qu’il exagère. Il faudra une grosse demi-heure. Le raisonnement est en effet en vigueur dans toute l’Europe où sociaux démocrates, écolos et chrétiens démocrates gouvernent ensemble chaque fois que c’est possible. Sans oublier l’Italie où Romano Prodi, le partenaire affiché de François Bayrou, rassemble sous sa houlette ce petit monde et se propose de les unifier dans un même parti qu’il compte nommer… « Parti Démocrate ».
UNE REALITE A TROIS DIMENSIONS
Je ne pense pas diaboliser cette formule. Je la combats. Pour une raison de cohérence : le programme et la réalité qui le portent ne peuvent pas se dissocier. Dans ce genre de coalition, on ne peut pas aller plus loin que ne le supporte la partie la plus conservatrice. On ne peut donc pas vouloir appliquer un programme de gauche dans une coalition avec le centre. Pardon de ce rappel à un classique connu de tous: le programme, la coalition et la forme du Parti sont les trois rameaux d’une même réalité. On ne peut toucher à l’un sans affecter l’autre. Michel Rocard est donc convaincu que les trois repères ont assez évolué pour être compatibles. Qu’il le veuille ou non c’est ce qu’il donne à entendre quand il s’exprime de cette façon. La candidate socialiste reçoit alors deux mauvais coups. Le premier parce que la candidature de Bayrou et sa démarche sont validées par un socialiste. Le second parce que le programme de la candidate est proclamé de la sorte « compatible » avec celui de Bayrou. On ne doit pas sous estimer les dégâts subliminaux de ce genre de déclarations, même démenties par François Hollande. De toutes façons, personne ne croit qu’il a assez d’influence sur la candidate pour la faire agir autrement qu’à sa tête. Je pense qu’elle doit marquer sa distance avec le propos de Michel Rocard en abordant sa réponse à partir du contenu de son programme. En toute hypothèse nous serons aidés par la droite et je prends les paris que la presse ne donnera pas beaucoup de suite à cette sortie rocardienne car Sarkozy ne rêve pas de voir Bayrou s’installer en face de lui…