Si Ségolène Royal lui répond « oui, faisons cette alliance puisque nous n’avons pas de majorité autrement », comme le lui propose Michel Rocard, alors le premier tour de l’élection est perdu. Des dizaines de milliers de socialistes, dont moi, sortiront des rangs et retourneront leurs fusils électoraux contre leurs propres généraux comme dit la chanson d’avant. La troupe est si mal traitée que ce n’est sûrement pas les douceurs du campement qui les retiennent, croyez-moi ! Ce n’est pas sans doute le plus grave, j’en conviens. Ceux qui suivraient les avis de Rocard commettraient aussi une faute tactique terrible. Car aussitôt le vote utile « anti-Sarkozy », argument numéro un (et suivant…) de la campagne, refrain péremptoire appliqué é à tous les états d’âme, glisserait directement du bulletin de vote socialiste vers celui de Bayrou. Il est facile de comprendre pourquoi. Comptons bien sur les sondages pour le confirmer en boucle selon nue technique de manipulation désormais bien rodée. Elle avait d’ailleurs commencé à porter ses fruits avant que par enchantement les médias cessent de faire sonder les deuxièmes tours avec François Bayrou (ouf, on a eu chaud !).
A l’inverse, si Ségolène Royal dit « non, pas question » comme l’a fait séance tenante François Hollande, on voit aussi la difficulté. Car au deuxième tour il faudra alors se livrer à une danse du ventre encore plus active et suggestive devant ceux à qui on aura claqué la porte au nez peu de temps auparavant. L’exercice pourrait être vain non seulement parce qu’il ne convaincrait pas ceux à qui il serait destiné mais aussi parce que cela pourrait être révulsif pour nombre d’électeurs de gauche. Et si Ségolène Royal dit que nous ne demanderons rien à personne car nous ferons une majorité avec tous les électeurs qui le voudront ? Alors, il faudra aussi admettre que quand Bayrou dit la même chose, comme il le fait depuis plusieurs semaines, il sera désormais impossible de lui rire au nez… Par quelque bout que l’on prenne la question ainsi mise sur la place publique par Michel Rocard, il n’y a que des inconvénients.