L'école, vue chez France 2.
Journal du soir, vendredi 20h30. Autant dire que tout le monde regarde. Sur l'écran, Béatrice Schönberg, dans la vraie vie Madame Borloo. Un sujet de toute première nécessité, en ces temps troublés, où les bus brûlent et où on vient de "fêter" (???) l'anniversaire des émeutes en banlieue. (A propos, si ça vous a échappé, cette célébration, c'est que vous étiez paumés au milieu de l'Atlantique ou du Haut Atlas, parce que nous, ici, on nous en a tartiné des pages et des pages, et sur tous les tons; du coup, les gamins, ils en ont oublié de fêter Halloween, dis donc! C'était malin de leur rappeler la date, okazou... Hein?) Un sujet, donc, de première bourre: le manque d'intérêt des gamins -les mêmes, donc- pour la plus fabuleuse idée qu'ait eue un ministre ces dernières années, après le CPE, quand même! l'apprentissage à 14 ans. Reportage dans un Lycée Professionnel, quelques mômes, de 14 ans, évidemment, pas beaucoup plus. Apprentis (coiffeuse, mécano, plombier-zingueur...) et visiblement contents de l'être. Ouais!... Je veux bien. Pour fréquenter les mêmes depuis pas loin de 40 ans, je les reconnaissais bien, les petits. Tous pareils, y compris dans les propos. Reportage classique: un tour à l'atelier, au salon de coiffure, tout le monde est heureux, ils font enfin des trucs qu'ils aiment, retour en classe (au cas où on n'aurait toujours pas compris que l'apprentissage, c'est par alternance, c'est même sa définition, à l'apprentissage!!!), et là, bizarrement, le ton a changé. Parce que, avant, au collège, qu'ils nous disaient les jeunes gens, personne (les profs...) ne s'intéressait à eux, ils étaient laissés au fond de la classe, jamais on ne les interrogeait, tout ça. Alors qu'ici, tout le temps on leur parle, on leur demande si ça va, si ils sont bien dans leur peau...??? Et là, tout d'un coup, voilà l'horizon qui s'éclaire, la fin de la galère, en deux coups de cuillère à pot, problème dézingué: y a plus de soucis scolaires, ben voyons, ils sont 14 ou 15 dans le groupe, on va au boulot tout joyeux, que c'est quand même autre chose que Pythagore, Ohm, et tous leurs potes... Retour dans le joli studio de Madame B., épouse de..., qui nous dit que c'est curieux, les collégiens, ils n'en veulent pas de cet apprentissage-là... Va comprendre! Y aurait pas des profs un peu mauvaises têtes qui leur aurait rempli les poches, aux petits, des fois, histoire de leur expliquer que, oui bien sûr, c'est tout de même mieux que la tectonique des plaques la permanente et le brushing, mais qu'en attendant, ils n'ont QUE 14 ans, et qu'il y en a des générations qui se sont bagarrées pour que eux, justement, ils puissent y rester, à l'école, jusqu'à 16 ans -ou plus si affinités!- Pour leur expliquer aussi, peut-être, qu'ils ont bien le temps d'aller pointer, que rien ne presse, que la société, elle n'est pas en peine d'en trouver des gars qui réparent la voiture ou qui montent les lavabos et leurs siphons, qu'il y en a plein, avec des CAP plein la musette, mais que les patrons, eux, ils les paient au lance-pierres. Oui il y en a sûrement, des profs comme ça en collège, qui racontent n'importe quoi aux futurs exploités. J'en connais, moi qui vous cause!... On a oublié de nous dire, dans ce magnifique reportage, que oui, sûrement, il y en a de ces gamins qui ne trouvent pas leur place dans nos classes, on a aussi oublié de nous dire que si ces classes étaient moins lourdes, ils passeraient TOUS au tableau, que si on cessait une bonne fois pour toutes de ne bosser qu'au défi, à la compète, aux notes, à c'est moi le plus fort et je vais te bouffer, si on cessait de calquer notre école sur cette société de concurrence, d'émulation malsaine, alors, oui, peut-être, sûrement, on aurait des élèves heureux, et des profs moins accros aux bulletins et aux moyennes. Reportage pipé, à l'évidence. Gamins triés, à l'évidence. Pas vu un seul patron qui s'engage ferme et définitif à les garder APRES cet apprentissage, ben tiens donc !!! Journaliste pipée, à l'évidence. Je ne lui conteste pas sa qualité, mais l'objectivité de Madame B. en ce domaine... Le doute m'assaillerait presque! Par contre, en filigrane, bien reçu le message: t'as vu, les profs ils ne s'occupent pas des petits en difficulté... On va éviter de commenter, oui?
Histoire de vous changer un peu les idées, plongez donc dans deux lectures plutôt revigorantes en cette occurence: "Mon utopie", du très nécessaire Albert Jacquard, ce jeune homme ferait aimer l'école à une boîte de craies!, et "Ecole, demandez le programme" du non moins précieux Philippe Meirieu, avec l'aide des abonnés du Café Pédagogique. Là du coup, on parle de choses réelles, on part du concret , du vécu -surtout chez Meirieu- et on trouve des solutions qui se tiennent et pas des espèces de trucs juste bons à se débarrasser des plus faibles, à les expédier sur une voie de garage.
Eh bien voilà, ça fait du bien de l'écrire, de le dire. Je ne sais pas si ça va beaucoup faire avancer le chariot, mais déjà, partager les colères, merci aux lecteurs! ( b pour PRS 57 )