résistance et poésie
Un homme est mort qui n’avait pour défense
Que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que celle où l’on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte
Contre la mort contre l’oubli
Car tout ce qu’il voulait
Nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
Que le bonheur soit la lumière
Au fond des yeux au fond du cœur
Et la justice sur la terre
Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d’amis
Ajoutons-y Péri
Péri est mort pour ce qui nous fait vivre
Tutoyons-le sa poitrine est trouée
Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux
Tutoyons-nous son espoir est vivant.
Paul Eluard, Au Rendez-vous allemand, 1944.
Né en 1902 à Toulon dans une famille d’origine corse, Gabriel Péri adhère à 15 ans aux Jeunesses Socialistes, et à 18 à
Le pacte germano-soviétique le prend de court. Il continue pourtant à l'Humanité, alors éditée dans la clandestinité. Il écrit un livret « Non ! Le nazisme ce n'est pas le socialisme ! » en avril 1941 en réponse à la conférence du philosophe nazi Rosenberg.
Arrêté, condamné, il est fusillé le 15 décembre 1941 au Mont Valérien en même temps que 53 juifs incarcérés à Drancy. « Je vais préparer des lendemains qui chantent… » dira-t-il dans sa dernière lettre. Eluard écrira sa biographie en 1947. Nous avons déjà ici évoqué les deux poèmes d’Aragon « Ballade de celui qui chanta dan
s les supplices » et « La rose et le réséda ».
À la veille de cette rentrée des classes, nous n’oublierons pas non plus que Péri avait été un ardent défenseur de Célestin Freinet (pédagogue d’avant-garde et néanmoins communiste), intervenant à l’Assemblée, ainsi qu’auprès du ministre. En vain, malheureusement… Freinet fut déplacé, et on connait la suite. Encore un qui avait eu raison trop tôt…
(Signalons ici l'ouvrage consacré par Pierre Seghers à tous ceux qui ont écrit dans la clandestinité : «
prs 57