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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante de gauche.


à léon Werth...

Publié par prs 57 sur 26 Août 2007, 05:24am

Catégories : #un peu de ciné - de lecture - de culture

Parlons ici de quelqu’un que tout le monde connaît, sans savoir qui il est. Vous avez obligatoirement croisé son nom au moins une fois dans votre vie, sur la première page d’un des livres les plus lus au monde. Mais si, souvenez-vous, ça commence comme ça :

« À Léon Werth. Je demande pardon aux enfants d'avoir dédié ce livre à une grande personne. J'ai une excuse sérieuse : cette grande personne est le meilleur ami que j'ai au monde. J'ai une autre excuse : cette grande personne peut tout comprendre, même les livres pour enfants. J'ai une troisième excuse : cette grande personne habite la France où elle a faim et froid. Elle a besoin d'être consolée. Si toutes ces excuses ne suffisent pas, je veux bien dédier ce livre à l'enfant qu'a été autrefois cette grande personne. Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants. (Mais peu d'entre elles s'en souviennent.) Je corrige donc ma dédicace : À Léon Werth quand il était petit garçon »

Ça y est ? Ça vous revient ? Gagné, c’est la dédicace du Petit Prince. Ça m’a chatouillée plus d’une fois : mais bon sang de bois, c’est qui donc ce Léon-là ? Depuis une paire d’années, on lui a secoué la souvenance, à Léon. Cinquante ans qu’il est mort, le Petit Prince tombé dans le domaine public, tout ça… Alors, bien sûr, des occasions comme ça, ça aide à sortir de l’oubli assassin certains êtres inestimables… Ce serait mieux de s’en rendre compte avant, non ?

Léon Werth, c’était l’ami de Saint-Ex, Tonio comme il l’appelait, c’est vous dire s’ils étaient copains ! Tonio lui a dédié un autre bouquin : Lettre à un otage, depuis les Amériques, mais en gommant son nom, toutefois ; c’était mal vu, en 43 d’être juif et de vivre caché à Paris. Quand on dit ami, en parlant de Léon, c’est un peu plus, en vérité, une sorte de guide, de phare. Un ami qui a choisi de rester sur terre, quand Tonio s’envole (et s’envolera, en fait, pour de bon, vers la Corse, pour ne jamais revenir…). Un ami qui fuit la gloire. Et qui ne sera jamais jaloux de celle de son pote. Un grand bonhomme, pourtant. On dirait aujourd’hui « touche-à-tout » mais de génie, en tout cas. Journaliste, libertaire, antimilitariste, séducteur impénitent, voyageur infatigable, anticolonialiste convaincu, c’était tout ça, Léon Werth. Étonnez-vous après ça qu’il soit tombé si longtemps dans l’oubli…

En 1952, trois ans avant sa mort, il écrit : « Je suis un raté. Je ne me le cache pas. Littérairement, je n’existe pas. Avant la Première Guerre, j’étais un écrivain émergent. Paul Souday me consacrait la moitié d’un feuilleton du Temps et tenait mon premier livre pour magistral. Aujourd’hui, j’ai quelques manuscrits dans un tiroir. Les éditeurs n’en veulent pas et les journaux pas davantage. »

Viviane Hamy a réédité ses œuvres. Trouvez, lisez ses textes sur 14-18 (Clavel soldat, Clavel chez les majors), Cochinchine aussi qui dénonce les colons sans vergogne, c’est fort, c’est juste et suffisamment en colère pour plaire aux épris de liberté que nous sommes. Cherchez aussi sa correspondance avec Saint-Exupéry. Ces deux-là aiment la vie c’est certain, et aussi l’amitié. Saint-Ex écrit, toujours depuis l’Amérique : « Le soleil était bon. Nous étions pleinement en paix, bien insérés à l’abri du désordre dans une civilisation définitive. Nous goûtions une sorte d’état parfait où, tous les souhaits étant exaucés, nous n’avions plus rien à nous confier. Nous nous sentions purs, droits, lumineux et indulgents. Nous n’eussions pas su dire quelle vérité nous apparaissait dans son évidence. Mais le sentiment qui nous dominait était bien celui de la certitude. D’une certitude presque orgueilleuse. »

(Tous les livres de Léon Werth ont été réédités par les éditions Viviane Hamy)

 « Il me revient sur Pétain une anecdote, qui, si je m’en étais souvenu plus tôt, m’eût épargné beaucoup d’inutile psychologie. Peu d’années après la guerre de 14, le sculpteur Brasseur avait eu la commande d’un monument commémoratif pour je ne sais quelle ville du Nord. On en montra la maquette à Pétain : un groupe de soldats et un officier. « C’est beau, dit-il, mais il faut faire l’officier plus grand que les hommes. »
    — Déposition/Journal, avril 1942.

brigitte blang prs57

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