Parlons ici de quelqu’un que tout le monde connaît, sans savoir qui il est. Vous avez obligatoirement croisé son nom au moins une fois dans votre vie, sur la première page d’un des livres les plus lus au monde. Mais si, souvenez-vous, ça commence comme ça :
« À Léon Werth. Je demande pardon aux enfants d'avoir dédié ce livre à une grande personne. J'ai une excuse sérieuse : cette grande personne est le meilleur ami que j'ai au monde. J'ai une autre excuse : cette grande personne peut tout comprendre, même les livres pour enfants. J'ai une troisième excuse : cette grande personne habite
Ça y est ? Ça vous revient ? Gagné, c’est la dédicace du Petit Prince. Ça m’a chatouillée plus d’une fois : mais bon sang de bois, c’est qui donc ce Léon-là ? Depuis une paire d’années, on lui a secoué la souvenance, à Léon. Cinquante ans qu’il est mort, le Petit Prince tombé dans le domaine public, tout ça… Alors, bien sûr, des occasions comme ça, ça aide à sortir de l’oubli assassin certains êtres inestimables… Ce serait mieux de s’en rendre compte avant, non ?
Léon Werth, c’était l’ami de Saint-Ex, Tonio comme il l’appelait, c’est vous dire s’ils étaient copains ! Tonio lui a dédié un autre bouquin : Lettre à un otage, depuis les Amériques, mais en gommant son nom, toutefois ; c’était mal vu, en 43 d’être juif et de vivre caché à Paris. Quand on dit ami, en parlant de Léon, c’est un peu plus, en vérité, une sorte de guide, de phare. Un ami qui a choisi de rester sur terre, quand Tonio s’envole (et s’envolera, en fait, pour de bon, vers
En 1952, trois ans avant sa mort, il écrit : « Je suis un raté. Je ne me le cache pas. Littérairement, je n’existe pas. Avant
Viviane Hamy a réédité ses œuvres. Trouvez, lisez ses textes sur 14-18 (Clavel soldat, Clavel chez les majors), Cochinchine aussi qui dénonce les colons sans vergogne, c’est fort, c’est juste et suffisamment en colère pour plaire aux épris de liberté que nous sommes. Cherchez aussi sa correspondance avec Saint-Exupéry. Ces deux-là aiment la vie c’est certain, et aussi l’amitié. Saint-Ex écrit, toujours depuis l’Amérique : « Le soleil était bon. Nous étions pleinement en paix, bien insérés à l’abri du désordre dans une civilisation définitive. Nous goûtions une sorte d’état parfait où, tous les souhaits étant exaucés, nous n’avions plus rien à nous confier. Nous nous sentions purs, droits, lumineux et indulgents. Nous n’eussions pas su dire quelle vérité nous apparaissait dans son évidence. Mais le sentiment qui nous dominait était bien celui de la certitude. D’une certitude presque orgueilleuse. »
(Tous les livres de Léon Werth ont été réédités par les éditions Viviane Hamy)
« Il me revient sur Pétain une anecdote, qui, si je m’en étais souvenu plus tôt, m’eût épargné beaucoup d’inutile psychologie. Peu d’années après la guerre de 14, le sculpteur Brasseur avait eu la commande d’un monument commémoratif pour je ne sais quelle ville du Nord. On en montra la maquette à Pétain : un groupe de soldats et un officier. « C’est beau, dit-il, mais il faut faire l’officier plus grand que les hommes. »
— Déposition/Journal, avril 1942.
brigitte blang prs57