Max Roach : un génie au coeur battant
Le maître batteur, compositeur et chef d’orchestre, laisse une oeuvre d’une richesse exceptionnelle. En 1985 et 1990, il avait donné des concerts à la Fête de l’Humanité.
Pour nous qui avons eu le bonheur de l’entendre et de le voir à la Fête de l’Huma en 1985 et 1990, la nouvelle de sa mort a été un choc. Jeudi, durant son sommeil, Max Roach a quitté ce monde dans lequel il s’était tant investi. Il a été à l’avant-poste non seulement de toutes les révolutions musicales mais aussi des révolutions sociales. Du bebop à la musique contemporaine, en passant par le free, le hip-hop… Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Bud Powell, Cecil Taylor, Abbey Lincoln, Anthony Braxton, Fab Five Freddy figurent parmi la longue liste de ses collaborations. En 1985, à la Fête de l’Huma, lors d’un mémorable concert pour Mandela, il s’était joint, notamment, à Bernard Lubat, Manu Dibango et Salif Keita. Il était revenu en 1990 pour un fabuleux solo dans le cadre du festival Rév’ô Jazz (qui se déroulait au sein de la Fête) et pour un concert contre le racisme à l’Espace Midi. Procurez-vous le double CD To The Max, dont deux plages ont été captées à Rév’ô Jazz. Cet opus, qui contient en outre des prises avec plusieurs de ses formations (son quartet de jazz, son orchestre d’instruments percussifs M’Boom, le quartet à cordes Uptown String, etc.), témoigne admirablement de son éclectisme de leader et de compositeur.
Un virtuose et un penseur
En solo ou en compagnonnage, Max Roach a exploré la batterie dans ses ressources les plus intimes : polyrythmies étourdissantes, arcanes mélodiques, recherche des couleurs… Un virtuose, certes, et surtout un penseur. Rien ne lui faisait peur. Il allait là où sa conscience l’appelait. Sa musique a soutenu le mouvement pour les droits civiques et bien d’autres luttes. Il a composé sur des « speeches » de Malcom X et Martin Luther King. Il a mis en lumière l’inventivité des artistes du hip-hop, alors que la pensée dominante s’attelait à les réprimer.
Son insatiable curiosité l’a amené à écrire pour le théâtre. Il a monté des oeuvres avec des orchestres philharmoniques. « Abattons les barrières, toutes les barrières », répétait-il souvent. Au festival d’Automne de 1994, son tandem avec Toni Morrison, prix Nobel de littérature, a marqué les esprits. Le festival Banlieues Bleues peut s’enorgueillir d’avoir contribué à la luxuriante discographie de ce génie au coeur battant. En 1989, son concert avec le trompettiste Dizzy Gillespie a fait l’objet du double CD Max + Dizzy. Lors de ses deux ultimes concerts en France, les 28 et 29 février 1998 à la Cité de la Musique, cet artiste révolutionnaire a nourri l’esprit de résistance aux sources de « la musique africaine américaine » (expression qu’il préférait au terme jazz) : chants des plantations de coton et gospel, textes dits pas son fils Daryl et harmonies téméraires ont incarné à merveille la plénitude de son engagement absolu.
Lu dans l’Huma