Quand les cheminots allemands font parler la grève
Berlin. Le syndicat des personnels roulants de
Le bras de fer entre les personnels roulants et la direction de
Plusieurs réformes douloureuses
Les quelque 34 000 conducteurs de train, contrôleurs et membres du personnel de
Les réformes conduites avec l’approbation des gouvernements successifs ont été extrêmement douloureuses pour les personnels, avec des milliers de suppressions d’emplois et une compression des dépenses salariales et sociales. Ce qui a permis à Hartmut Mehdorn, le PDG de
Initialement, Mehdorn et les dirigeants des chemins de fer allemands avaient pu marcher sur du velours en négociant le passage à la privatisation grâce à l’établissement d’un consensus avec la partie syndicale, en lien avec les traditions du modèle dit de partenariat social. Transnet, le syndicat tutélaire de l’entreprise, émanation de la fédération des transports du DGB, la grande centrale syndicale du pays, a ainsi accepté de s’inscrire, des années durant, dans la « modération salariale », sa direction se prononçant même pour la privatisation. Jusqu’au ras-le-bol exprimé par les personnels roulants, lassés d’avaler des couleuvres et ulcérés des pertes de pouvoir d’achat et des réductions d’investissements dans les secteurs jugés peu rentables de l’entreprise.
La grève ne présente donc pas seulement un caractère atypique du fait qu’elle était jusque-là très rare dans ce secteur outre-Rhin, mais parce qu’elle traduit aussi l’exacerbation de la crise qui ronge le modèle syndical germanique. À la mi-juillet, la direction de
La privatisation sur la sellette ?
La réaction de Mehdorn, qui menace de traîner le syndicat GDL devant les tribunaux, est d’autant plus virulente qu’il craint que le mouvement ne porte un coup fatal au processus même de privatisation. La grève intervient en effet à un moment où plusieurs enquêtes montrent que les avis favorables à la privatisation sont désormais minoritaires dans l’opinion. Et plusieurs élus régionaux ont fait part de leurs réticences à accepter un transfert sur les Länder de l’entretien des réseaux ferrés locaux. Ce qui pourrait conduire à des remises en question du processus in extremis par le Bundesrat, la chambre haute du parlement.
Bruno Odent (dans l'huma)