Editorial par Maurice Ulrich
Pile et face
Pile, je gagne, face, tu perds... C’est à peu de choses près le message que Nicolas Sarkozy a adressé aux syndicats s’agissant du service minimum. Pour le chef de l’État, en effet, les choses seraient simples. Négociation et concertation auraient les premiers mots mais, au final et faute d’accord, une loi-cadre conclurait de toute manière les débats. Et cela pour mettre en oeuvre le projet du gouvernement selon lequel « toutes les entreprises de transport seront obligées d’avoir un plan de transport minimum les jours de grève ». Qu’est ce qu’une négociation où l’un des partenaires définit par avance qu’il faudra en arriver là où il veut arriver ?
La démocratie, c’est la construction commune de la chose publique, dans l’intérêt public. Est-ce bien ce que veut le président quand il fait mine de croire que rien n’existe dans les transports pour la prévention des conflits, quand il feint de s’insurger de ce que les salariés seraient payés - ce qui est faux - les jours de grève ?
Les procédures d’alerte en cas de conflit peuvent être améliorées, comme pourraient être moins nombreux les motifs de conflit. Cela suppose autre chose que des mises en demeure et des trémolos dans la voix pour évoquer le sort dramatique fait aux usagers, mais cela appelle, entre partenaires sociaux, une commune volonté de répondre aux questions posées, tant pour les personnels en termes de salaires, de conditions de travail, que pour les entreprises en termes de développement du service public, de réponses aux attentes des usagers.
Mais ce n’est pas l’objectif. Derrière le service minimum, il y a le service public minimum. La privatisation rampante de
Nicolas Sarkozy emballe ses propos avec les inquiétudes des Français, leurs difficultés réelles en cas de grève, mais c’est pour amener les forces syndicales à plier ou à rompre. Il se réclame pour cela du vote majoritaire qui l’a porté à la présidence. « J’ai été élu pour faire quelque chose sur tout », a-t-il dit sur TF1. Du coup d’éclat permanent au coup d’État permanent ? Car la démocratie n’est pas, ne peut-être l’affaire d’un seul homme, quand bien même il s’est taillé une hyperprésidence. La démocratie moderne, c’est la prise en charge par tous les citoyens des affaires de la nation, de
Est-ce de cela qu’il s’agit quand il répète à satiété : « Ma politique, c’est le travail : la libération du travail, la récompense du travail, l’amélioration des conditions de travail, la productivité du travail... » ? Allons, assez d’hypocrisie ! Combien de temps pense-t-il faire croire que la mesure du travail est la même pour l’un des vingt PDG qui sont députés de l’UMP à l’Assemblée nationale et pour une femme de ménage. Pour un patron du CAC 40 et pour une infirmière ? Que la récompense du travail est la même pour tous, que le mérite seul est à l’origine des fortunes et de leur transmission ? Cela ne tient pas. Mais il y a plus.
Car la valeur travail, c’est aussi la finalité du travail. Que produit-on, pourquoi et pour qui ? Les richesses produites profitent-elles à tous, ou vont-elles alimenter les pompes à finances pour grossir les dividendes ?
Il y a dans chaque propos du président de
(dans l’Huma aujourd’hui)