Mesdames Bacqué et Chemin, fatalement déontologiques
Vendredi 22 juin 2007 à 00:53 : Christophe Kantcheff ::#331 ::rss
Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin ne cessent de se justifier. Les deux auteurs de
Car ces deux pages : un poème ! Intitulées Royal-Hollande, Vie privée, vie publique, elles sont largement consacrées à détailler tous les indices qui permettaient sans aucun doute de détecter, depuis un an, à quel point les relations entre le chef du PS et la candidate socialiste étaient mauvaises. Et soudain le lecteur du quotidien s’interroge, candide : Mais puisque ces relations privées exécrables, repérables à l’œil nu depuis des mois, avaient tant d’influence sur le cours de la campagne de la présidentielle et ont même largement contribué à la défaite de la candidate, comme le répètent à l’envi Mesdames Bacqué et Chemin, pourquoi ne l’ont-elles pas écrit plus tôt dans leur grand journal du soir ? Pourquoi ont-elles déontologiquement soustrait à leurs lecteurs ces informations d’importance ?
De deux choses l’une. Ou bien leurs supérieurs hiérarchiques ne les ont pas autorisées à le faire. Mais alors, elles auraient dû crier à la censure ; en appeler à Reporters sans frontière, qui aurait volé au secours de ces deux journalistes affreusement bâillonnées. Cela aurait eu beaucoup plus de gueule que le soutien discret que l’association de défense des journalistes a manifesté en faveur des auteurs de
Ou bien les supérieurs hiérarchiques sont hors de cause, et ce silence dans les colonnes du Monde pendant tous ces mois de campagne a une raison plus prosaïque : Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué en ont gardé l’exclusivité pour leur livre. Multipliant, du coup, la rentabilité financière de leurs informations d’importance… Mais il ne faut pas être trop méchant.
Contentons-nous d’apprécier ce beau geste journalistique. Alors qu’elles sont poursuivies pour diffamation et atteinte à la vie privée par les deux responsables socialistes, Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué se servent de leur tribune vespérale pour plaider (déjà) que c’est pas nous qu’avons commencé c’est eux !, avec l’accouchement de Ségolène en quasi-direct et le biberon dans la main de François.
Et pendant ce temps-là, tout le monde commence à oublier que les énormités proférées par Ségolène Royal lors du débat d’entre les deux tours (le coup de la policière de Bobigny qu’il faut raccompagner chez elle, par exemple) lui ont fait perdre deux points dès le lendemain dans les sondages. Mais Mesdames Bacqué et Chemin ne considèrent que les sujets sérieux. Déontologie oblige.
(lu dans politis)