
Robin Renucci est connu comme comédien, homme de théâtre fondateur de l’Association des rencontres internationales artistiques (ARIA) en Île-de-France et en Corse, organisateur des Rencontres de théâtre en Corse qui tiendront cette année leur dixième édition. Il vient de réaliser pour le cinéma un premier long métrage : Sempre vivu. Rendez-vous près des Batignolles avec un « passeur » qui rallie ce quartier parisien à
Qu’est-ce qui vous a conduit à ce film ?
Robin Renucci. Je suis parti d’un atelier d’écriture en Corse. De cet atelier est née une matrice à partir de laquelle j’ai écrit un scénario. Je me situe dans une démarche d’éducation populaire qu’il ne suffit pas d’énoncer. En utilisant cet outil populaire qu’est le cinéma, j’ai souhaité montrer que pouvait exister une aventure créative. J’ai voulu faire un film pour que l’on puisse se retrouver, partager de la joie et ainsi se réconcilier. Se retrouver aussi par l’étrangeté, ce qui est autre que soi et permet de se définir. Je m’adresse à un public qui vient voir quelque chose de différent d’un certain formatage en cours. Je voulais tendre la main au spectateur, qui n’est pas un client. Réaliser ce film, c’est accomplir un geste qui affirme ce que je dis depuis toujours quant à notre capacité à être ensemble.
L’éducation populaire était au coeur d’un entretien entre vous et Marie-George Buffet publié dans nos colonnes le 20 mars dernier. Vous accolez volontiers à ce terme celui de « démarche ». En quoi cela vaut-il pour votre film ?
Robin Renucci. Cela vaut au sens où le cheminement mène à l’oeuvre, et pour citer René Char : « Méfie-toi de l’ornière du résultat. » Il me semble que ce cheminement contrevient aux courants dominants. Nous avons pu, en réalisant le film, penser plus et partager plus plutôt que penser moins pour dépenser plus. Le cinéma est pour ce faire un outil formidable à condition de ne pas confondre oeuvre et produit. C’est pourquoi l’imaginaire, sa reconquête sont au coeur du film. Ce qui peut résister aux courants dominants est de l’ordre de la singularité. Je crois qu’existe toujours une capacité humaine à aller vers l’inconnu, vers l’autre et vers l’autre en soi. On ne doit pas placer le commerce au centre de ce qui nous réunit. C’est aussi pour moi affaire de fidélité. À des territoires que j’affectionne. À des hommes et des femmes, à des pensées, à une idée humaniste. Avec ou sans jeu de mots, l’ARIA a des ailes. L’association permet de créer avec des villageois, des enseignants, des gens du monde entier qui n’avaient pas vocation à se rencontrer dans une aventure théâtrale. Nous avons de surcroît avec
À quoi le titre Sempre vivu (Toujours vivant) se rapporte-t-il ?
Robin Renucci. Précisons que je ne suis ni régionaliste ni adepte d’aucun nationalisme. Je souhaite que l’on reconnaisse ce qui existe, notamment cette langue corse qui, tout comme le français, vient du latin ancien. Il me paraissait intéressant de l’entendre, dès le titre et au-delà, de saisir sa capacité à véhiculer du sens.
Robin Renucci. Bien sûr en Corse la langue est minorée et la situation géographique ajoute à l’isolement, mais le film est aussi un peu un cri, un appel à une réflexion qui vaut tout autant pour
Robin Renucci. J’ai fait ce film avec peu d’argent. C’est un acte posé sans arrogance et je pense avoir fait un film populaire. Ce n’est pas une leçon pédagogique. Il ne vise à aucune utilité, aucune rentabilité. C’était donc au départ impossible à produire, réaliser, diffuser. Je tiens donc vraiment à rendre hommage aux partenaires que sont les collectivités territoriales,
Entretien réalisé par Dominique Widemann