La face cachée du socialisme
Tribune publiée le 12 mai 2007 dans Le Figaro
«Rénovation », « re-construction », « re-fondation » : au parti socialiste, depuis la défaite, chacun s'imagine en architecte. Mais pour l'heure, des archéologues seraient plus utiles pour comprendre l'origine de nos désillusions.
Qu'il faille un leader rassembleur et sérieux, c'est entendu. Que le PS soit plus qu'une belle machine électorale, c'est souhaitable. Qu'il doive occuper tout le champ de la gauche depuis les antilibéraux jusqu'aux sociaux-démocrates, sans être l'otage des gauchistes ni la béquille des centristes, c'est recommandé. Reste le hic principal : pourquoi peine-t-il à accéder aux responsabilités depuis qu'on l'a vu à l'oeuvre ?
François Mitterrand avait mis fin à la malédiction qui condamnait son camp à briller dans l'opposition ou à gouverner par éclipses. Un an en 1924 avec le Cartel, à peine plus avec le Front populaire, trois fois cinq ans depuis 1981 : dans la capacité à durer, la tendance est à la hausse. Peut-on en dire autant de la volonté de transformer la société ?
La vérité, c'est que, depuis le tournant de 1983, chaque socialiste est un contorsionniste. Que nous ayons ou non vécu les deux ans qui l'ont précédé, nous ne nous sommes jamais remis du tournis de l'alternance : le vent chaud du changement, l'eau tiède de la pause, au final la douche froide de la rigueur.
Les avancées les plus durables du double septennat mitterrandien furent réalisées au cours des dix-huit premiers mois. Après, la gauche changea de braquet. Il faut dire que ses adversaires avaient spéculé contre la monnaie et que le FMI menaçait d'intervenir… De guerre lasse et la tête basse,
Mais c'est l'Europe - le maintien dans le SME - qui servit de véritable rideau de fumée pour cacher l'ampleur du revirement. Puisque
La politique n'infléchissait plus la logique économique, l'État ne pouvait pas tout et
La leçon de cette histoire, c'est que la gauche doit clarifier son rapport au réel. La mondialisation est un fait dont il faut corriger les effets. Le problème, pour un socialiste, commence quand cette contrainte ne lui apparaît plus comme une donnée extérieure à laquelle il peut opposer une politique, mais comme l'intériorisation de l'impossibilité d'agir. C'est alors que le gestionnaire tue le réformiste, que la droite consume la gauche et que les dégelées succèdent aux déroutes.
Et si on parlait enfin de tout cela au PS ?
Guillaume Bachelay est membre du conseil national du PS et maire adjoint de Cléon (76)