Chasse à l’enfant.
A Marianne Oswald
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Au-dessus de l’île on voit des oiseaux
Tout autour de l’île il y a de l’eau
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Qu’est-ce que c’est que ces hurlements
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant
Il avait dit J’en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coups de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l’avaient laissé étendu sur le ciment
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Maintenant il s’est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant
Pour chasser l’enfant pas besoin de permis
Tous les braves gens s’y sont mis
Qu’est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs et ces bruits
C’est un enfant qui s’enfuit
On tire sur lui à coups de fusil
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent
Au-dessus de l’île on voit des oiseaux
Tout autour de l’île il y a de l’eau.
Ce poème-là, d’abord pour sa dédicace à Marianne Oswald, « la petite sœur des poètes », née à Sarreguemines. Son vrai nom, c'était Alice Bloch... Dès 40, elle est partie aux Amériques. Ceci explique peut-être cela ?!
Ensuite, pour l’histoire qui l’entoure : au début des années trente, Belle-Ile-en Mer était un bagne d’enfants. Un bagne d’enfants… Entendez-vous ce que le télescopage de ces mots « bagne » et « enfant » a d’indécent ? Bref, en ce temps-là, des petits « bagnards » s’étaient évadés de l’endroit, un peu las des violences de leurs G.O. de l’époque. On promit une prime à qui aiderait à capturer les fuyards… 20 francs par gamin attrapé… 20 francs, le prix d’un gosse, pas mal, non ? Que croyez-vous qu’il arriva ? Tout le monde s’y est mis. Les habitants de l’île, bien sûr, mais aussi les vacanciers (de pas encore les congés payés…), tiens, on ne sait jamais, vingt francs, ça pourrait faire une petite rallonge à la villégiature. C’était à Belle-Ile, en 1934. Pensez-y, quand votre bateau accostera au cours de l’une ou l’autre de vos balades. Pour moi, quand j’entends Laurent Voulzy (Belle-Ile en mer, Marie-Galante, la la la…) c’est à ces petits-là que va ma pensée, à eux aussi, à eux surtout...
brigitte blang prs 57