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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante de gauche.


Au cinéma ce soir.

Publié par prs 57 sur 7 Avril 2007, 01:00am

Catégories : #un peu de ciné - de lecture - de culture

La vie, et rien d'autre

Un grand moment de cinéma hier : Les témoins, d’André Téchiné. Voilà de quoi vous réconcilier définitivement avec le cinéma français, au cas où, vraiment, vous n’auriez pas aimé les Bronzés 3 ! Nous sommes replongés au cœur des années 80, début des années SIDA, début de tous les doutes. Pendant presque 2 heures, nous allons suivre quatre personnages, 3 hommes, une femme, englués dans un chassé-croisé sentimental, au détour duquel bien sûr, on va rencontrer cette saleté de virus. Toujours, chez Téchiné, le bonheur n’est qu’un trompe-l’œil, le soleil n’est là que pour nous apprendre les noirceurs du destin comme en négatif, la gaieté semble artificielle, et en fait, elle l’est… On chante, on danse, on aime, on écrit, on vit, on rit, mais on sent bien que tout ça n’est qu’un répit, qu’une parenthèse. On va passer de l’insouciance (apparente, seulement apparente) de la drague homosexuelle à la tragédie de la maladie, inéluctable, implacable… La beauté du héros, détruite, perdue, défigurée. Une passion s’éveille. Puis se perd dans le drame. Des hommes s’aiment. Des hommes se cherchent, se trouvent, s’oublient,… et meurent. Un été doré, au bord de la Méditerranée, les calanques complices, les corps encore intacts. Les acteurs sont magnifiques, mais ils sont toujours magnifiques, avec Téchiné. Emmanuelle Béart, lumineuse, sans ostentation, le visage nu, cherchant à aimer, son homme, son bébé, sans bien savoir comment faire, et dont la robe jaune va servir de "fil rouge" à cette histoire, puisque les hommes passent et la robe reste. Michel Blanc, au sommet, tout en pudeur, en amour refoulé, contenu, mais qui laissera éclater sa douleur d'amant jaloux. Sami Bouajila, flic papa-poule, qui se découvre, incrédule, dans cette passion « honteuse ». Le jeune héros, un presque ado, Johan Libéreau, qu’on va voir se dégrader, devenir agressif, aussi, au fil de l’histoire, rongé par le mal. Et puis surtout, ne pas oublier Julie Depardieu, comme on l’aime, douce et sensible, musicienne toujours sur le fil, mais piquet indestructible, auquel tous s’accrochent. La musique omniprésente, Cécilia Bartoli et l’Opéra Proibita. André Téchiné nous a habitués à ces amours difficiles toujours à la limite de l’inceste, assumé ou contourné. Jamais il ne juge, jamais on ne saura lequel de ses personnages a sa préférence. C’est Téchiné, du grand cinéma. On se souviendra aussi, avec le recul, qu’en ce temps-là, on ne savait RIEN sur le SIDA, ou pas grand’chose, en tous cas. Il faudrait le rappeler à tous ceux qui nous bassinent avec certains scandales politico-médicaux. Si vous avez vu une espèce de soupe américaine, nommée « Philadelphia », sur le même thème, courez vite aimer ce film, vous verrez, ça n’a rien à voir. Ici, pas de bons sentiments dégoulinants, rien que de la vie, de la belle, de l’intense, de celle qui fait rire et pleurer,... et mourir, aussi.

 brigitte blang prs 57

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