Le « Ministère de
La lutte pour le droit au logement se structure et s’élargit. Ainsi, après l’électrochoc provoqué par les tentes du Canal Saint-Martin, un collectif d’associations a procédé jeudi à l’inauguration du « Ministère de
Macaq a déjà à Paris une solide expérience en matière de réquisition des lieux abandonnés. Comment en êtes-vous arrivés là ?
Dans la foulée de la victoire de la gauche aux municipales de 2001, MACAQ (Mouvement d’Animation Culturelle et Artistique de Quartier) est né de la volonté commune de citoyens, de militants politiques (notamment socialistes) et d’artistes de monter des activités culturelles et de loisirs dans le 17ème arrondissement, largement délaissé sur ce terrain par la droite locale. Très rapidement, nous avons constaté que l’engouement butait toujours sur le même problème : la pénurie chronique de locaux dans une ville rongée par la spéculation immobilière. En militants déterminés, nous sommes alors entrés en contact avec le milieu des squats pour le résoudre concrètement. Mais nous avons voulu rompre avec certaine logique des squats, très souvent privatifs, voire carrément privatisés, autocentrés sur certaines pratiques culturelles et cultivant volontiers leur marginalité au sein des quartiers. Au contraire, nous avons voulu inventer une nouvelle sensibilité du squat à vocation résolument citoyenne et populaire. Nous avons impliqué la population à la vie des lieux occupés, en y intégrant des fonctions polyvalentes (activités artistiques, locaux associatifs, logements, lieux d’échanges). Avec l’idée que tous ceux qui profitent du lieu doivent rendre des services à la population, sous forme de cours gratuits, d’animations…
Cinq ans après, quel bilan tires-tu de cette expérience ? En tant que citoyen, comment justifies-tu la nécessité de recourir à des occupations ?
Là où nous avons appliqué cette logique nouvelle, nous avons radicalement changé la vision des gens sur les squats. Nos lieux (cinq immeubles occupés aujourd’hui dans Paris) connaissent une très forte activité et servent d’appui à des opérations de grande ampleur comme le Festival des Batignolles,
Revenons-en à la réquisition en elle-même. Comment choisissez-vous les lieux ? Comment se passe la réquisition ? Combien de temps arrivez-vous à rester dans les lieux et comment ?
Nous avons progressivement consolidé et formalisé nos pratiques de squat. Nous repérons les immeubles laissés inoccupés en observant bien un quartier. Nous préparons méthodiquement chaque occupation, en ne choisissant que des immeubles qui respectent certains critères à la fois éthiques et pratiques : inemployés depuis au moins 2 ou 3 ans, à usage de bureaux et éventuellement mixte, non vétustes ni dangereux, inoccupés et non gardés. Aujourd’hui nous avons ainsi un taux de réussite de presque 100% en terme d’ouverture de lieu nouveau. Pour pérenniser l’occupation, nous avons développé une technicité particulière pour gérer les fluides (eau, électricité, égouts, poubelles…) et nous sommes aidés par des avocats. Nous arrivons ainsi à rester dans les lieux entre 7 mois et 3 ans selon les cas, en veillant à chaque fois à trouver des périodes de transition pour passer d’un immeuble à l’autre.
MACAQ est partie prenante du lancement du « Ministère de
L’immeuble que nous occupons est le symbole de la spéculation immobilière qui conduit des groupes privés à imposer leurs intérêts au détriment du plus grand nombre. Situé au 24 rue de
Pourquoi avez-vous choisi d’appeler ce lieu « Ministère de
Nous sommes toujours dans une démarche républicaine, ce qui change par rapport à certaines pratiques passées de squat ou d’occupation. Là où les droits fondamentaux des individus sont bafoués, nous répondons par l’action en citoyens. Cette démarche se fonde dans l’histoire de notre pays qui a proclamé le droit de résistance à l’oppression. Là où le ministère du logement ne fait pas son travail, nous créons un « Ministère de
Comment est organisé ce Ministère ? Quelles seront ses prochaines initiatives ?
Le lieu est ouvert à tous et polyvalent, puisqu’il propose : des espaces d’accueil et d’échanges et même une cafétéria du Ministère, des locaux associatifs, des espaces de création artistique, des espaces de débat (avec une web-radio) et des permanences juridiques, d’aide aux personnes en difficulté, enfin bien sûr des logements pour des personnes en grande difficulté. Le Ministère compte bien intervenir tout le long de la campagne présidentielle pour peser sur le débat. Il a d’ailleurs proposé à tous les candidats (sauf Le Pen) d’être auditionnés. Pour l’instant Buffet, Besancenot, Voynet et Bayrou ont répondu. Le Ministère cherche aussi à ouvrir des antennes en province et ainsi à fédérer un réseau de lieux « réquisitionnés ». Les militants motivés peuvent ainsi se mettre en quête de lieux à la fois symboliques et adaptés (cf. les 4 critères évoqués ci-dessus) et MACAQ pourra les assister pour gérer l’ouverture et l’installation dans les meilleures conditions. Contacts sur le site www.macaq.org et via PRS.