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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante de gauche.


En direct du Ministère!

Publié par prs 57 sur 19 Janvier 2007, 17:24pm

Catégories : #prs57

Le « Ministère de la Crise du Logement » est né.

 La lutte pour le droit au logement se structure et s’élargit. Ainsi, après l’électrochoc provoqué par les tentes du Canal Saint-Martin, un  collectif d’associations a procédé jeudi à l’inauguration du « Ministère de la Crise du Logement », dans un immeuble vide de 1000 m2 situé face à la Bourse, propriété d’une banque. En présence de Jean-Luc Mélenchon et des élus parisiens de PRS, Alexis Corbière et Danielle Simonnet. Une réquisition civique qui compte bien durer et faire des émules dans toute la France pour peser dans le rapport de force de la Présidentielle. A Gauche a interviewé Julien Boucher, président de MACAQ une des principales associations impliquées dans ce mouvement. Des propos recueillis par Laurent Mafféis sur les lieux d’un autre immeuble vide occupé par MACAQ face au très chic Parc Monceau à Paris.

 

 Macaq a déjà à Paris une solide expérience en matière de réquisition des lieux abandonnés. Comment en êtes-vous arrivés là ?

 Dans la foulée de la victoire de la gauche aux municipales de 2001, MACAQ (Mouvement d’Animation Culturelle et Artistique de Quartier) est né de la volonté commune de citoyens, de militants politiques (notamment socialistes) et d’artistes de monter des activités culturelles et de loisirs dans le 17ème arrondissement, largement délaissé sur ce terrain par la droite locale. Très rapidement, nous avons constaté que l’engouement butait toujours sur le même problème : la pénurie chronique de locaux dans une ville rongée par la spéculation immobilière. En militants déterminés, nous sommes alors entrés en contact avec le milieu des squats pour le résoudre concrètement. Mais nous avons voulu rompre avec certaine logique des squats, très souvent privatifs, voire carrément privatisés, autocentrés sur certaines pratiques culturelles et cultivant volontiers leur marginalité au sein des quartiers. Au contraire, nous avons voulu inventer une nouvelle sensibilité du squat à vocation résolument citoyenne et populaire. Nous avons impliqué la population à la vie des lieux occupés, en y intégrant des fonctions polyvalentes (activités artistiques, locaux associatifs, logements, lieux d’échanges). Avec l’idée que tous ceux qui profitent du lieu doivent rendre des services à la population, sous forme de cours gratuits, d’animations…

 

Cinq ans après, quel bilan tires-tu de cette expérience ? En tant que citoyen, comment justifies-tu la nécessité de recourir à des occupations ?

Là où nous avons appliqué cette logique nouvelle, nous avons radicalement changé la vision des gens sur les squats. Nos lieux (cinq immeubles occupés aujourd’hui dans Paris) connaissent une très forte activité et servent d’appui à des opérations de grande ampleur comme le Festival des Batignolles, la Maison des associations ou le Vide-Grenier des Batignolles, auxquels ont participé plus de 40000 personnes. Cette implication de la population est notre meilleure protection. Nous partons du principe que quand la puissance publique devient sourde aux aspirations des populations, c’est aux citoyens eux-mêmes de tout faire pour y répondre en ouvrant des lieux publics adaptés. D’ailleurs les institutions finissent par embrayer puisque nous sommes aidés au titre d’actions de politiques de la ville par la Ville de Paris, la Région et même la Préfecture d’Ile-de-France.

 

Revenons-en à la réquisition en elle-même. Comment choisissez-vous les lieux ? Comment se passe la réquisition ? Combien de temps arrivez-vous à rester dans les lieux et comment ?

Nous avons progressivement consolidé et formalisé nos pratiques de squat. Nous repérons les immeubles laissés inoccupés en observant bien un quartier. Nous préparons méthodiquement chaque occupation, en ne choisissant que des immeubles qui respectent certains critères à la fois éthiques et pratiques : inemployés depuis au moins 2 ou 3 ans, à usage de bureaux et éventuellement mixte, non vétustes ni dangereux, inoccupés et non gardés. Aujourd’hui nous avons ainsi un taux de réussite de presque 100% en terme d’ouverture de lieu nouveau. Pour pérenniser l’occupation, nous avons développé une technicité particulière pour gérer les fluides (eau, électricité, égouts, poubelles…) et nous sommes aidés par des avocats. Nous arrivons ainsi à rester dans les lieux entre 7 mois et 3 ans selon les cas, en veillant à chaque fois à trouver des périodes de transition pour passer d’un immeuble à l’autre.

 

MACAQ est partie prenante du lancement du « Ministère de la Crise du Logement » dans le quartier de la Bourse. Comment et pourquoi avez-vous choisi ce lieu ?

L’immeuble que nous occupons est le symbole de la spéculation immobilière qui conduit des groupes privés à imposer leurs intérêts au détriment du plus grand nombre. Situé au 24 rue de la Banque, face à la Bourse de Paris, cet immeuble, qui appartient au CIC, était alors inutilisé depuis plus de 2 ans alors qu’il est en parfait état. Sans rien faire, ou plutôt en soustrayant de précieux espaces à la population, ces groupes engrangent les énormes plus-values dormantes de l’immobilier parisien, à raison de plus de 10% par an environ. Face au véritable état d’urgence que connaît notre pays en matière de logement, nous pensons indispensable de passer par des mobilisations spectaculaires quand les canaux d’expression civique sont bouchés. José Bové faisait le même constat quand il nous expliquait aux Universités d’été à Arles en 2005 pourquoi il devait pratiquer des actes de désobéissance civique en arrachant des OGM pour faire passer ses idées.

 

Pourquoi avez-vous choisi d’appeler ce lieu « Ministère de la Crise du Logement » ?

Nous sommes toujours dans une démarche républicaine, ce qui change par rapport à certaines pratiques passées de squat ou d’occupation. Là où les droits fondamentaux des individus sont bafoués, nous répondons par l’action en citoyens. Cette démarche se fonde dans l’histoire de notre pays qui a proclamé le droit de résistance à l’oppression. Là où le ministère du logement ne fait pas son travail, nous créons un « Ministère de la Crise du Logement » pour mobiliser et impliquer la population dans ce combat. De même, nous avons décidé de reprendre à notre compte l’expression de « réquisition citoyenne » (plutôt que celle de squat) : la réquisition est une procédure légale que l’Etat n’utilise pas, alors nous nous en saisissons comme citoyen. Ainsi, nous donnons à Marianne de nouveaux outils, symbolisés par le logo de notre Ministère où Marianne s’empare d’un pied de biche.

 

Comment est organisé ce Ministère ? Quelles seront ses prochaines initiatives ?

Le lieu est ouvert à tous et polyvalent, puisqu’il propose : des espaces d’accueil et d’échanges et même une cafétéria du Ministère, des locaux associatifs, des espaces de création artistique, des espaces de débat (avec une web-radio) et des permanences juridiques, d’aide aux personnes en difficulté, enfin bien sûr des logements pour des personnes en grande difficulté. Le Ministère compte bien intervenir tout le long de la campagne présidentielle pour peser sur le débat. Il a d’ailleurs proposé à tous les candidats (sauf Le Pen) d’être auditionnés. Pour l’instant Buffet, Besancenot, Voynet et Bayrou ont répondu. Le Ministère cherche aussi à ouvrir des antennes en province et ainsi à fédérer un réseau de lieux « réquisitionnés ». Les militants motivés peuvent ainsi se mettre en quête de lieux à la fois symboliques  et adaptés (cf. les 4 critères évoqués ci-dessus) et MACAQ pourra les assister pour gérer l’ouverture et l’installation dans les meilleures conditions. Contacts sur le site www.macaq.org et via PRS.            

  

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J
Quand les Don Quichotte survivaient le long du Canal Saint Martin, pourquoi les Macaq ne les ont pas acceuilli dans leur squat?
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