Depuis un petit bout de temps, on nous parle beaucoup de Boris Vian, vous ne trouvez pas ? C’est que par chez nous, on est un rien spécialisé dans la commémorite aigüe ! Dès qu’on voit à l’horizon se profiler un anniversaire quelconque, de naissance, de bataille, d’élection, de défaite, un peu moins, on s’offre un grand moment de pleurnicherie collective. Mais ce qui marche le mieux, faut le dire, ce sont les anniversaire de mort. Attention, pas n’importe lesquels. Uniquement les chiffres ronds. Cette année, on est gâtés. C’est la fête à Boris. 50 ans qu’il a lâché la rampe, au ciné, ça ne s’invente pas. Alors tout le monde y va de son souvenir. Alors, que je me dis, y a pas de raison que moi non plus…
Vian, on s’était offert le 33 tours, avec toutes les belles chansons. On n’est pas là pour se faire engueuler, Fais-moi mal Johnny, avec la délicieuse Magali Noël, le Déserteur, bien sûr, mais j’aime mieux celui que nous offrit Reggiani, avec le Dormeur du Val en intro. Et puis, l’année du bac, ce fut LE déclic : les Bâtisseurs d’Empire (ou le Schmürz) par peut-être bien le TPL, ça c’était du théâtre ! Une pièce qui disait entre autre que : « C’est les jeunes qui se souviennent. Les vieux, ils oublient tout. » Pas mal, non ?
Et puis, et puis, surtout, la même année, ce fut cette chanson que Ferrat (tiens, en entends-je, y avait longtemps… !) lui dédiait. Pauvre Boris, qu’il l’avait appelée. Pour dire que oui, ça faisait un peu bizarre, tous ces petits jeunes qui croyaient faire dans le protest song, parce que ça marchait du feu de Dieu, pacifisme et le toutim, au-delà de l’Atlantique. Voilà, elle disait ça, cette chanson. Et ces jours-ci, on ne l’a entendue sur aucune radio. Dommage !
(bb pg 57)
Tu vois rien n'a vraiment changé 
Depuis que tu nous a quittés
Les cons n'arrêtent pas de voler
Les autres de les regarder
Si l'autre jour on a bien ri
Il paraît que « Le déserteur »
Est un des grands succès de l'heure
Quand c'est chanté par Anthony
Pauvre Boris
Voilà quinze ans qu'en Indochine
La France se déshonorait
Et l'on te traitait de vermine
De dire que tu n'irais jamais
Si tu les vois sur leurs guitares
Ajuster tes petits couplets
Avec quinze années de retard
Ce que tu dois en rigoler
Pauvre Boris
Ils vont chercher en Amérique
La mode qui fait des dollars 
Un jour ils chantent des cantiques
Et l'autre des refrains à boire
Et quand ça marche avec Dylan
Chacun a son petit Vietnam
Chacun son nègre dont les os
Lui déchirent le cœur et la peau
Pauvre Boris
On va quitter ces pauvres mecs
Pour faire une java d'enfer
Manger la cervelle d'un évêque
Avec le foie d'un militaire
Faire sauter à la dynamite
La bourse avec le Panthéon
Pour voir si ça tuera les mythes
Qui nous dévorent tout du long
Pauvre Boris
Tu vois rien n'a vraiment changé
Depuis que tu nous a quittés