On revient de la manif…
(photos pg57)

Combien on était ? Vous, j’sais pas, mais nous à Metz, on était nombreux. 20000 ? 25000 peut-être. En tout cas, beaucoup, c’est sûr. Toute la gamme des pancartes, des slogans était de sortie. Des « Casse-toi, pôv’ con » à l’enterrement de 1ère classe d’un Sarko-phage, fleuri de « Crise en thème », rien ne manquait. Sous le soleil, pour dire qu’une fois n’est pas coutume, d’habitude on se gèle, en manif, par chez nous ! Avec juste ce qu’il fallait de vent pour rendre nos drapeaux dansants, et convaincus, eux aussi. En à peine une heure plus un seul tract pour annoncer le meeting du 1er avril (mais puisqu’on vous dit que ce n’est pas une blague !). Presque une première : les gars de l’ONF. On a croisé nos copains de par ici, ceux qui nous accueillent des journées entières dans leurs forêts, dans leurs arboretums avec nos classes. Ces gardes-forestiers sympas, comme on n’en fait plus, comme bientôt on n’en aura plus… Et puis, les vieux potes de toujours qu’on retrouve périodiquement dans la rue, à battre le pavé. On y était tous. Quand on est rentrés ce soir, on s’est précipités sur la télé, puisque notre radio préférée (oui, on est de ceux dont le bouton du poste est coincé sur Radio France !) était elle aussi en grève. Et à la télé, on a appris que nos manifs du jour étaient plutôt « bon enfant ». Alors, vous voulez savoir ? Ça aussi ça me met en rogne, les « manifs bon enfant ». Non, monsieur Pujadas, les manifestants ne sont pas « bon enfant », comme vous dîtes. Ils sont fâchés, revendicatifs, en colère souvent, désespérés parfois, rigolards mais de rires jaunes, mais bon enfant, ça non. On n’est pas bon enfant quand on marche dans la rue pour réclamer son dû. Quand on vient défendre son boulot. Quand on défile pour préserver sa retraite. Quand on perd une journée d’un déjà bien malingre salaire. Quand on fait claquer son drapeau au vent de la révolte. Quand on vient dire que le travail, ce n’est pas un privilège. Et que la grève, c’est un droit, quoi qu’en pense Mme Parisot. Si c’est pour vous une façon de nous faire comprendre qu’une manif, c’est un peu comme une cavalcade de mi-carême, c’est raté. Nous, lorsqu’on descend dans la rue, monsieur Pujadas, ce n’est pas pour faire joli. C’est du sérieux, c’est du grave. Vu ?
brigitte blang pg57
