Génération désenchantée.

« Je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. Remarquez-le bien, …, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. La misère est une maladie du corps social comme la lèpre était une maladie du corps humain ; la misère peut disparaître comme la lèpre a disparu. Détruire la misère ! Oui, cela est possible !
Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse (…) La misère, …, j’aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir où elle en est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu’où elle peut aller, jusqu’où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au moyen-âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ?
Eh bien, …, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société toute entière. » Ces mots sont de Victor HUGO, ils ont été prononcés par l’auteur à l’Assemblée Nationale en 1849.
Dans l’hexagone, il est une réalité peu relayée : le pays compterait 2 millions d’enfants frappés de plein fouet par la pauvreté, et 16 000 mineurs à la rue.* En 2009, 20 ans après la ratification solennelle par la France de la Convention internationale des droits de l’enfant, la réalité sociale rattrape les déclarations d’intention devant garantir à chaque enfant « un niveau de vie suffisant ».
La dégradation des droits économiques et sociaux, non seulement s’amplifie, mais se pérennise : une palette hélas toujours plus large de la population souffre de précarité, peine à régler les factures ou à remplir son frigo. Travailleurs pauvres, précaires, chômeurs, familles monoparentales et étrangers sont les catégories les plus touchées par le phénomène : catégories réduites au silence : les sans-voix, sans-abri, sans-papiers, sans-emploi, subissent au quotidien les conséquences des folies d’un système qui absout avec cynisme ceux qui jonglent avec les milliards.
Les services publics -patrimoine commun par essence- s’effritent sous prétexte de réformes : les mots Liberté-Egalité-Fraternité, principes indissociables de la solidarité ont pali sous les ors de la République.
Ecole, santé, ou accès à la culture, l’attention que nous portons au cadre d’épanouissement des enfants, reflète très exactement l’espoir que nous mettons en l’avenir : or, une société qui ne se préoccupe pas de sa jeunesse condamne son propre avenir.
En ces temps de crise qui écartent de plus en plus de personnes du principe de dignité inhérent à chaque personne, tout renoncement à combattre les injustices sociales nous entraîne par effet mécanique vers un populisme des plus pervers.
Sophie Bourgogne (Présidente de la section LDH à Forbach)
Source : * Trop d’enfants pauvres en France, Anne Vidalie, in L’Express, 19 novembre 2008