Pour se souvenir, et résister...
Anniversaires en rafales, vous savez bien, tout ce qui a tant soit peu d’importance a vu le jour dans des années terminant par un 8 ! Et si en plus ça commence par un 6, c’est jackpot assuré ! Ici et là, surtout là d’ailleurs, vous allez trouver des tonnes de choses écrites par des personnes informées, vu « qu’elles y étaient » … C’est imparable et incontournable ! Le plus rigolo étant certainement Dany soi-même qui vient nous chanter à longueur d’antennes que tout ça c’était du doux délire, que finalement, on n’était tous que des marrants qui –je cite !- voulions surtout aller visiter le dortoir des filles. Comme disait je ne sais plus qui : vaut mieux entendre ça… Du coup, nous on a essayé de faire résolument décalé. En même temps, c’est vrai, on a un peu tout appris cette fichue année-là. Alors les bla-bla des pontes et de tous ceux qui savent, ça nous fatigue un brin… S’il est UN seul bouquin indispensable à acheter ce mois-ci, le voilà. Attention, ce n’est que mon avis, et un avis, c’est toujours un peu subjectif, comme il se doit. Il s’agit d’un vrai coup de cœur, comme on n’en fait plus. Ça s’appelle « 1968-2008…N’effacez pas nos traces ». Pour vous situer la chose, c’est de Tardi, qualité garantie, et engagement qui va avec. Le bouquin est petit, une BD, pour faire court, des vignettes rapides, mais ce qu’elles ont de particulier celles-là, c’est qu’elles illustrent des chansons, celles du disque qui accompagne le livre. La voix d’une femme, c’est Dominique Grange, la compagne du précédent (on trouve sa trace dans le Cri du Peuple, Dominique, c’est la Pucci, vous vous souvenez ?), déjà en 68, nous y voilà, elle chantait dans les usines occupées, sur les campus bloqués, dans les cantines réquisitionnées. Ses chansons, à Dominique Grange racontent mieux qui n’importe qui ce qui s’est passé en ces jours de printemps, au joli Temps des Cerises, chanson qui fait partie de l’album, d’ailleurs. Et ce qui fait toute l’originalité de l’ensemble images-chansons, c’est qu’ils ne se sont pas arrêtés en juin 68. Non, ils continuent, histoire de rappeler ce qui vient après, ou ce qui était venu avant. On va retrouver la si belle complainte de Caussimon, dont on avait déjà parlé ici, écrite pour le film de Tavernier « le Juge et l’Assassin », la « Commune est en lutte », on rencontre aussi Pierre Overney, une évocation des enfants de Tardi et de Dominique Grange, petits Chiliens venus vivre dans la patrie des Droits de l’Homme, et de leur pays privé de liberté dix-sept années durant, des hommages aux combattants d’Action Directe emprisonnés. De toutes, sans contestation, celle qui secoue le plus, c’est celle qui nous rappelle les extraditions des militants italiens auxquels François Mitterrand avait accordé le droit d’asile et que la France a reniés, Paolo Persichetti, Marina Petrella et bien sûr Cesare Battisti (même si je sais que vous êtes nombreux à refuser la clémence pour cet « assassin »…débat jamais tari, n’est-ce pas, Alain ?). Et puis enfin, une merveille, un bijou pur, qui nous parle fort, une sorte de supplique, pour refuser qu’on « efface nos traces ». Vous savez, le gars qui est à l’Élysée, il y a un peu plus d’un an à Bercy, il disait : « Dans cette élection, il s’agit de savoir si l’héritage de Mai 68 doit être perpétué, ou s’il doit être liquidé une bonne fois pour toutes. Je veux tourner la page de Mai 68… » Dominique Grange lui répond, de sa voix douce et forte, et c’est bien envoyé, et ça laissera des traces, soyons-en sûrs. Ici pour fêter ça, nous vous donnerons chaque jour les paroles d’une chanson de ce disque, eh pas tous les bonheurs à la fois, quand même, on est en plein dans l’ère Sarkozy, faut pas abuser des bonnes choses, non plus, on finirait par s’habituer ! Au fait, notre président, il dit quoi ces temps-ci ? Ayant été toute une semaine un peu éloignée de la radio et de la télé, je n’ai pas eu trop de retombées de ses inénarrables prises de paroles. Y a du neuf ?
brigitte blang