Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante de gauche.


une grande dame s'en va

Publié le 20 Avril 2008, 05:00am

Catégories : #histoires et histoire

Ce matin, aux aurores, la radio te réveille en t’annonçant le départ d’une grande dame : Germaine Tillion s’en est allée, discrètement, comme elle savait faire toute chose, l’hagiographie étant ce qu’elle détestait au-dessus de tout. Alors ce matin, aux aurores, on s’est souvenu qu’il y a un an, ou quasi, pour ses 100 ans, on avait ici même commis un petit compliment. Et on vous le ressert, encore chaud, encore neuf. Avec Germaine Tillion, tout reste neuf à jamais.

Soufflez, soufflez les bougies...

On  y revient, un siècle, ça fait quoi, deux fois cinquante ans, c’est tout. Si vous avez cet âge-là, suffit de vous imaginer ce que ça peut bien représenter, deux fois ça… Un siècle ? Une éternité. Juste le temps pour une jeune dame de souffler aujourd’hui 100 chandelles… Une jeune dame de 100 ans. Germaine Tillion. Il y a des noms, comme ça, qui te parlent au cœur, dès que tu les entends. Germaine Tillion, ça fait cet effet-là. L’impression de l’avoir toujours connue, peut-être parce que justement, elle a toujours été là. Elle fait partie de ces ethnologues qui ont donné envie à toute une génération « d’aller voir » là-bas, tout là-bas, ce qui se passe, plus loin, au Sud, vers des contrées mal connues, mal aimées, surtout. Pour certains, ce fut le Mali ou le Soudan. Pour elle, c’était l’Algérie, déjà dans les années 30 dans la recherche, alors bien sûr quand ce que l’on nommait, à l’époque « les événements » éclatèrent, on se doute bien de quel côté on l’a trouvée. Comment l’imaginer ailleurs, elle qui avait connu Ravensbrück, et en était sortie ? Sortie en ayant, tout de même, écrit une opérette. Une opérette ? Du fond de l’enfer ? Eh oui… On résiste avec ce qu’on peut, justement, au cœur de l’enfer. (Henri Krasucki racontait qu’il avait tenu en camp en se chantant intégralement un opéra, quand tout devenait vraiment insupportable…)  Cette opérette, elle sera donnée ce week-end au Châtelet. S’ils pouvaient jouer à guichets fermés. Quelle revanche ce serait… Germaine Tillion, une femme « debout », à l’heure où certain-e s galvaudent tant le mot. Être une femme debout, c’est sûrement plus facile en 2007, sous les projecteurs, qu’en 40 pour résister, ou qu’en 57 pour dénoncer la torture. Plaider pour les misérables, les sans-logis, les marginaux, les gamins qui dérapent, donner sa voix à ceux qu’on n’écoute pas, aux femmes marquées, aux oubliées, et toujours, inlassablement, s’oublier au point que son pays lui-même ne sait plus très bien qui elle est, ni où la placer. A l’heure où on nous bassine de héros en trompe-l’oeil, à l’heure où les valeurs sont sans cesse remises en question, où la télé fait et défait les carrières politiques et humaines, quand de toutes petites gamines ne trouvent rien d’autre pour exister que de se jeter d’un balcon, n’est-il pas temps, mes camarades, de braquer les projecteurs sur les femmes et les hommes qui ont combattu pour la vérité, pour l’humanité, pour la liberté ?  Ce n’est pas un hasard si on retrouve son nom associé à ceux de Pierre Vidal-Naquet et Henri Alleg. De toutes les bonnes causes, de tous les combats, Germaine Tillion, de la trempe de Lucie Aubrac, du bois dont on fait les héros, une femme, pour de bon. Reste à attendre maintenant un hommage en temps réel. Mais pour ça, vous savez bien, au royaume des paillettes et du chiqué, il vaut mieux être mort… Alors qu’il nous soit permis, madame, de vous dire simplement: Bon anniversaire…

(Lisez, ou relisez les belles pages de Jean Lacouture "Le témoignage est un combat" ainsi que leurs entretiens "La Traversée du Mal")

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
Si vous passez par Paris ces jours-ci, ne loupez pas l'exposition que lui est consacre le Musée de l'Homme. C'est complet, des photos magnifiques, une véritable histoire d'ethnologue, de celles qui donnent envie " d'aller voir". Vous verrez, c'est très très émouvant, et aussi riche d'enseignement. La fraternité, elle connaissait, Germaine. Ça dure jusqu'en septembre, vous avez un peu de temps devant vous.
Répondre
B
Oui tant qu'il y a du souffle... comme le vent qui
Répondre
R
Merci pour la fraîcheur du style et l'optimisme dans les propos. Optimisme un jour de deuil. Peut être devrais-je dire souffle alors?(Et tant qu'il y a du souffle...)<br /> Enfin, nous voilà avec une de moins en plus.
Répondre
F
Oui mais deux grandes lumières de l'humanisme qui s'éteignent d'un seul coup c'est beaucoup. Merci brigitte pour les hommages que tu publies. L'humanité va se trouver encore un peu plus dans la sombritude du libéralisme, je suis triste. Alain 
Répondre
D
Ce n'est peut-être qu'un hasard, mais que Germaine Tillion s'en aille le jour où on conduit Césaire, ça a de la gueule, je trouve.
Répondre

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents