Par Robert Duguet
Le Comité de Rédaction de la revue « Démocratie et Socialisme », dont Gérard Filoche est un des principaux animateurs, s’est réunie le 5 avril. Je n’entrerai pas dans la discussion générale sur la crise économique mondiale qui risque de nous amener à une situation du type de celle de 1929. Dans la gauche du PS et dans les courants à gauche de la gauche, tout le monde dit à peu près la même chose sur la caractérisation de la période. Ce qui m’intéresse plus particulièrement, en tant que militant de la gauche du PS, c’est ce qui concerne le calendrier de mon parti. Le texte de compte rendu dit ceci :
« Après ce tour d’horizon de la situation politique, la question de la préparation du congrès du Parti socialiste a été débattue. Il a été décidé d’écrire et de proposer à la discussion de tous les militants socialistes, pour le Conseil national du 1er juillet, une contribution centrée essentiellement sur les questions sociales immédiates afin de répondre aux aspirations du salariat de notre pays. L’objectif est bien de participer à la constitution d’une majorité qui ancre à gauche notre parti. « Démocratie et socialisme » a donc décidé de s’adresser à tous, car il n’est pas question de préjuger à priori des regroupements qui peuvent avoir lieu. Seule la discussion qui s’ouvre et les débats qui vont avoir lieu dans toutes les sections et fédérations permettront de définir les contours de cette majorité. Bien évidemment, les animateurs de DS prendront tous les contacts nécessaires pour atteindre cet objectif, particulièrement avec les sensibilités avec lesquelles des combats ont été menés en commun ces dernières années.
« Démocratie et socialisme » invite les militants socialistes à faire de ce congrès leur congrès. Le prochain congrès de notre Parti ne doit pas être, avant tout, l’occasion d’un affrontement entre « présidentiables », mais bien l’occasion de définir une ligne de rassemblement de toute la gauche indispensable pour mettre fin au pouvoir de la droite. »
Gérard Filoche et ses amis auraient-ils omis de prendre en compte qu’il y a une convention du PS le 6 mai et que courant juin se tiendra un congrès extraordinaire du parti ?
Il y aura deux points qui sont à mes yeux décisifs à l’ordre du jour :
La modification ou la réécriture de la déclaration de principes du parti. La déclaration de 1969, adoptée par le congrès d’Epinay constitutif de l’unité socialiste de 1971, stipulait entre autres: « Le Parti socialiste affirme sa conviction que la liberté de l’homme ne dépend pas seulement de la reconnaissance formelle d’un certain nombre de droits politiques ou sociaux, mais de la réalisation des conditions économiques susceptibles d’en permettre le plein exercice. Parce qu’ils sont des démocrates conséquents, les socialistes estiment qu’il ne peut exister de démocratie réelle dans la société capitaliste. C’est en ce sens que le Parti socialiste est un Parti révolutionnaire. » Depuis il y a eu l’offensive de Rocard et de la deuxième gauche pour la réécriture de la déclaration de principes dans le tohu-bohu du congrès de Rennes en 1990, puis le congrès de l’Arche où le mode de production capitaliste a été défini comme l’horizon indépassable de la civilisation. L’évolution vers un parti de type social-libéral. Qui ne comprend alors que s’il y a volonté de la camarilla qui dirige le parti de réécrire lors du congrès extraordinaire de juin la déclaration de principes, cela signifie forcément de fonder une organisation nouvelle de type social-libérale, démocrate à l’américaine. Peut-on faire l’impasse sur cette basse opération qui se prépare dans le dos des militants ? Je m’étonne que « Démocratie et Socialisme » fixe l’échéance du Conseil National 1er juillet, c'est-à-dire au lendemain d’une forfaiture que l’on aura laissé se faire.
La modification des statuts du parti : il s’agit de fixer la barre de représentation des courants minoritaires à 10% au lieu de 5% aujourd’hui et d’accroitre encore le caractère présidentialiste et donc démocrate du parti. De fixer la ligne d’horizon encore plus sur l’élection du président de la République au suffrage universel, cœur de ces institutions antidémocratique dont nous vivons la dégénérescence à travers le gouvernement Sarkozy. Gérard Filoche sera-t-il sûr de maintenir son courant et sa revue si à l’automne nous sommes dans un parti de type nouveau ?
Pour l’instant seul Marc Dolez et ses amis de Forces Militantes se sont opposés à ce cours liquidateur lors du Bureau National de mars.
On ne peut pas, on ne doit pas laisser faire.
Le compte rendu dit :
« Démocratie et socialisme » invite les militants socialistes à faire de ce congrès leur congrès. Le prochain congrès de notre Parti ne doit pas être, avant tout, l’occasion d’un affrontement entre « présidentiables », mais bien l’occasion de définir une ligne de rassemblement de toute la gauche indispensable pour mettre fin au pouvoir de la droite. »
Si la direction du parti fait passer les deux points que nous venons d’énoncer, Gérard Filoche et ses amis ne changeront pas le plomb en or, le congrès du parti ne sera pas celui du rassemblement de toute la gauche. Nous serons dans une organisation social-libérale à la Romano Prodi, mais plus dans une organisation socialiste.
Chers camarades, cessez de nous mettre la tête dans le sable !