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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante de gauche.


un beau texte, par Jean Glavany

Publié par prs 57 sur 16 Janvier 2008, 00:00am

Catégories : #laïcité


Il faut lire le discours de Nicolas Sarkozy, Président de la République, à l’Université de Mentouri à Constantine le mercredi 5 décembre 2007. Il est plein d’enseignements sur son rapport à la laïcité, et sur son interprétation de la loi de 1905 de séparation des églises et de l’Etat, loi républicaine s’il en est. Bref, il en dit long sur sa conception de la République.


  Passons sur la réaffirmation d’une certaine
« religiosité » ou, plus précisément, de cette conviction profonde chez le Président de la République selon laquelle il n’y a pas de spiritualité sans Dieu. Au fond, il a déjà eu l’occasion d’exposer longuement tout cela dans son livre « la République, les religions, l’espérance » écrit il y a quelques années et dont j’avais rendu compte au Bureau National du Parti socialiste et dans les colonnes de l’ « Hebdo des socialistes».
  « Il n’est rien de plus fort que la volonté humaine lorsqu’elle est soutenue par une foi vivante » proclame-t-il à Mentouri…. Il n’y a rien de plus explicite comme négation de la force de la volonté des athées ou des agnostiques, des Camus, des Sartre ou autres….
  Mais c’est dans la confusion des genres que l’Homme d’Etat (en est-il un ?) réduit les civilisations aux religions : « Je suis venu vous dire que vous pouvez être fiers d’être des jeunes musulmans parce que la civilisation musulmane est une grande civilisation ».
  Pour Sarkozy, les jeunes ne peuvent être que musulmans, la civilisation n’est même pas arabe ou arabo-musulmane…..elle est réduite à la religion.
 A partir de cette vision incroyablement réductrice, on en arrive vite aux confusions les plus obscures où le racisme et l’opposition aux religions se rejoignent dans un amalgame invraisemblable: « La France ne transigera pas avec l’islamophobie. La France ne transigera pas avec l’antisémitisme. La France ne transigera pas avec le fanatisme. La France ne transigera pas avec l’intégrisme. Elle ne transigera avec aucune forme d’extrémisme, avec aucune forme de terrorisme. L’Algérie – je suis venu vous le dire – trouvera toujours la France à ses côtés lorsqu’il s’agira de combattre le terrorisme, l’extrémisme, l’intégrisme, l’islamophobie »…. dit le Président de la République. 
 Puis, plus loin : « Mais si nous voulons ensemble vaincre un jour l’islamophobie, l’antisémitisme, le racisme, le fanatisme, si nous voulons décourager le terrorisme, il ne faut pas que nous transigions non plus avec la justice. »
  Voilà l’invraisemblable amalgame : l’antisémitisme et le racisme qui restent, pour tous les humanistes, les maux les plus violents et les plus insupportables, le fanatisme et le terrorisme qui ne valent guère mieux, sont mis sur le même plan que la « phobie » d’une religion. Il dirait « arabophobie » qui est une forme de racisme, on pourrait comprendre.
  Mais « islamophobie » !
   Les mots ont un sens !!! surtout quand c’est un Président de la République qui parle ! « Islamophobie »…. c’est tout le débat sur ce thème qui nous revient en mémoire, le procès de Charlie Hebdo et de Philippe Val, l’inquisition contre les auteurs des caricatures de Mahomet, le délit de blasphème réhabilité…..non, vraiment, on ne peut pas mettre l’antisémitisme et l’islamophobie sur un même plan. Et, j’ose le dire, c’est une forme de révisionnisme.
 Alors, toutes les barrières étant franchies, Sarkozy se laisse aller : « Je ne crois pas que les grandes religions soient un facteur d’obscurantisme. Je crois tout le contraire », puis, faisant référence au martyre du Père Christian, supérieur du Monastère de Tibhirine, s’adressant tel un visionnaire à son assassin pour lui donner rendez-vous au paradis : « Ce jour-là, le Père Christian a fait honneur à l’Algérie, à la France et à la foi universelle dans le monde des croyants ». Oui, le Président de la République française, république laïque s’il en est, se fait distributeur des honneurs de la foi universelle dans le monde des croyants ! Et il finit en apothéose : « Si chacun d’entre nous, Chrétiens, Musulmans, Juifs, nous allons au fond de nous-mêmes… » Oui, « nous », au nom desquels le Président Sarkozy parle, nous ne sommes pas les Français dans leur diversité et leur unité, nous ne sommes pas les européens, nous sommes les chrétiens !
 C’est le président de la République française qui le dit, niant plus de deux siècles de combat républicain…

Jean Glavany  (Député des Hautes-Pyrénées. Secrétaire national à la Laïcité)

 

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D
L’observatoire chrétien de la laïcité réagit au discours de Sarkozy au Latran. Le discours du président de la République à Saint Jean de Latran est effarant. On ne peut pas se contenter d’ironiser sur le nouveau chanoine – tradition pour le moins obsolète, y compris dans l’Eglise catholique. Nicolas Sarkozy ne parle pas dans ce discours au nom de tous les Français, ni des seuls chrétiens, ni même au nom des catholiques de France, mais au nom d’une sensibilité catholique traditionaliste qu’il assume comme la sienne… et celle de toute la France. Par exemple, sous le nom de fait historique, il remet à l’honneur l’idéologie intégriste de la France « fille aînée de l’Eglise ». Il continue d’invoquer les racines chrétiennes de la France, alors même que cette formulation n’a pas été retenue dans les textes européens. De plus, il ne tient pas compte des apports spirituels, humanistes, culturels des religions non catholiques, des agnostiques et athées dans notre pays, estimant même que l’aspiration spirituelle qui est en tout homme ne trouve sa réalisation que dans la religion. Président de la République, élu par des Français de toutes convictions, il exprime des positions personnelles d’ordre convictionnel, spirituel, voire religieux, en mettant gravement en cause l’exercice laïque de sa fonction, allant jusqu’à identifier son ambition politique et la vocation sacerdotale ! L’affirmation verbale dans ce discours de l’actualité des lois de séparation de 1905 est contredite par la tonalité générale du discours. L’allusion au livre « La République, les religions et l’Espérance », que Nicolas Sarkozy a remis au pape, nous laisse craindre en réalité une remise en cause juridique inquiétante de cette loi, ce dont certaines propositions du rapport Machelon sont sans doute une esquisse. L’Observatoire Chrétien de la laïcité, avec tous les laïques français, continuera de défendre la laïcité telle qu’elle est définie dans les deux premiers articles de la Loi de 1905 comme dimension essentielle de la démocratie.<br /> Jean Riedinger, Secrétaire de l’O.C.L.<br /> (J'ai trouvé cet article dans la revue Golias de Christian Terras, très regardable, même si "chrétienne", car plutôt critique, la preuve. L. Dulac)
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