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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante de gauche.


histoires de migrants

Publié par prs 57 sur 16 Octobre 2007, 23:00pm

Catégories : #prs57

L’obsession migratoire de la droite


Sans aucun souci des résultats concrets ni des réalités concernées, la droite continue d’agiter l’immigration comme son épouvantail politique préféré. La précédente loi Sarkozy de 2006 sur le sujet n’est même pas encore complètement appliquée. Peu importe, le ministre de l’immigration et de l’identité nationale a fait voter au Parlement la 5e loi sur l’immigration en 4 ans. Pour grossir l’image de la « pression migratoire », l’exercice préféré du ministre est de sortir des chiffres inédits  qui additionnent des réalités qui n’ont rien à voir : pour faire plus gros, il compte ensemble les migrants économiques, les demandeurs d’asile, les bénéficiaires du regroupement familial et même les conjoints étrangers de Français. Pourtant, chacun de ces cas correspond à des voies de droit bien identifiées et pas du tout à une pression migratoire incontrôlable et insaisissable. Dans cette course à l’affolement public, la dernière loi sur l’immigration comporte donc son lot de provocations. Tour d’horizon et explications à partir d’extraits d’interventions de Jean-Luc Mélenchon dans le débat sur cette loi au Sénat les 3 et 4 octobre.

 
La négation du droit de vivre en famille

« En cet instant, de qui parlons-nous ? À l’évidence, pas des immigrés eux-mêmes. Non, nous parlons ici de la situation des conjoints et des enfants des immigrés régulièrement installés en France. Il n’est ici nullement question de je ne sais quelles hordes qui chercheraient à envahir notre pays. Je le rappelle, l’année dernière, cette situation n’a concerné que 17 000 personnes sur 63 millions d’habitants dans notre pays !

Cela change tout ! Si certains d’entre vous peuvent avoir à l’esprit un ou deux fraudeurs « embusqués », sur le compte desquels beaucoup se méprennent, je préfère m’intéresser à tous ceux qui n’ont pas fraudé et qui essaient de bonne volonté de respecter la loi : ils ont travaillé honnêtement en France depuis plusieurs années et ont pris leurs dispositions pour faire venir leurs conjoints et leurs enfants, pour que, enfin, toute la famille  puisse se retrouver. Voilà ce qu’il faut avoir à l’esprit, cette blessure de la séparation, cette joie retenue des retrouvailles en vue. Vous le savez bien, ensuite, tout se passe bien et leurs enfants deviennent  les compagnons de jeu des nôtres. Vous savez donc également comment tout cela finit : par des histoires d’amour, évidemment, car ce n’est pas le code de la nationalité qui dicte leur manière de vivre ! Voilà pourquoi un Français sur trois a l’un de ses parents qui a été un immigré. Il s’agit donc des grands-parents, des cousins, des oncles et des tantes de nos enfants et de nos petits-enfants. Nous parlons de notre famille ! »

 
L’obligation impraticable d’apprendre le français avant de venir

« Quelle méthode permet d’apprendre le français à un étranger, avant même qu’il vienne en France, en quatre-vingts heures ? On peut affirmer, sans trop de risque de se tromper, qu’il n’y en a aucune ! Lorsqu’un être humain décide d’immigrer, il doit véritablement « s’arracher » à son village. Ce n’est pas la porte à côté. Sa situation n’a rien à voir avec celle du petit-bourgeois du XVIe arrondissement de Paris, qui se rend à son cours de langue après avoir fait du macramé, de la peinture sur soie ou du yoga ! De sa maison à l’endroit où sera dispensée la formation, il y a des dizaines de kilomètres, parfois même des centaines. Les conjoints et les enfants suivront donc 1,7 millions d’heures de cours au total. Des internats sont-ils prévus ? Bien sûr que non ! Nous sommes incapables d’accueillir 17 000 personnes à l’étranger, matin, midi et soir, pour suivre cent heures d’enseignement. Tout cela n’est donc qu’une muraille de papier.

Par conséquent, prévoir une méthode qui ne fonctionne pas, c’est vraiment jeter l’argent par les fenêtres ! Le gouvernement dit que la formation pourrait durer de quatre-vingts à cent-vingt heures. Coupons la poire en deux et prenons comme base de calcul un forfait de cent heures : appliqué à 17 000 personnes, cela représente 1,7 million d’heures supplémentaires à l’étranger, soit 17 millions d’Euros en reprenant le tarif horaire de dix Euros retenu dans de telles circonstances. Évidemment, tout le monde a bien pris la précaution de vérifier que cette somme a bien été affectée à cette tâche dans le prochain projet de budget ! (Marques d’ironie sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC.) Sinon, cela n’a aucun sens ! Sinon, nous parlons de quelque chose qui n’existe pas. Alors, à quoi bon en parler ? Laissons tomber et passons à autre chose ! »

 
Les droits universels ne sont pas modulables selon l’origine

« D’une manière générale, il faut d’abord avoir du respect pour l’immigré. Au bout du compte, l’immigré qui viendra dans notre pays, quel que soit le chemin  par lequel il sera passé, sera d’abord un homme ou une femme très courageux, qui se sera exposé à des conditions incroyables ; peut-être même qu’aucun d’entre nous n’aurait le courage de faire cela pour sa famille ! Une fois en France, selon la règle qui ne souffre aucune exception, il produira plus de richesses  qu’il n’en consommera. Il importe avant tout d’avoir à l’esprit la dignité humaine.

Cette loi ne règle rien aux flux migratoires. Elle n’est qu’une addition de vexations et de suspicions qui vont nous rendre odieux aux yeux du monde entier. Personne ne penserait à imposer aux Français ce que nous-mêmes avons l’intention d’imposer aux étrangers, aux conjoints et aux enfants de ceux qui vivent déjà chez nous et à qui nous n’avons qu’une parole à dire, sur laquelle je terminerai cette intervention : pour son travail, pour son courage, pour l’amour qu’il donne aux siens, pour ce qu’il donne à notre patrie, à l’immigré, merci ! »

 
Les mariages binationaux pointés du doigt

« Vous objectez le risque de fraude en matière de mariage. C’est certain : le risque de fraude existe toujours, et dans tous les domaines. Mais on ne fait pas la loi pour les fraudeurs, on fait la loi pour protéger les gens qui vivent honnêtement.

Vous affirmez encore qu’il faut se donner les moyens de la vérification. Mais, dans cette loi, on ne vérifie rien du tout quant au mariage, on parle d’imposer au conjoint d’un Français de devoir parler français et de devoir éventuellement retourner dans son pays et d’attendre des mois pour obtenir un visa de long séjour. Cela n’a rien à voir avec la sincérité des mariages ! La vérification du mariage a eu lieu en amont, et sans elle le mariage n’a pas de valeur légale. Alors, ôtez-vous de l’esprit l’idée que le dispositif proposé puisse d’une quelconque manière conduire à vérifier la réalité du mariage !

Que reste-t-il dans ces conditions ? Il reste un Français – ou une Française – qui a épousé un étranger. Nous, les Français, ne sommes pas trop nombreux et ces gens qui se sont mariés auront des enfants qui seront Français ! Et s’ils n’avaient pas réellement l’intention de vivre ensemble, ne considérez-vous pas qu’ils seraient déjà bien assez punis par une union qui n’en est pas une et par la perspective d’un divorce à faire prononcer ? La fraude au mariage  concerne au plus 20 000 personnes. Nous sommes 63 millions : qu’avons-nous à craindre de 20 000 personnes qui épousent nos concitoyens ? Rien du tout ! Alors, fichons-leur la paix ! »

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