L'émission "Mots Croisés" sur la situation économique du pays a été un florilège de libéralisme le plus primaire et l'un des grands prêcheurs de cette position redoutable est Jacques Attali. Le même qui a déjà fait faire bien des erreurs à François Mitterrand veut aller au bout de la banalisation anglo-saxone qui est son horizon. Chargé d'un travail sur la relance de la croissance, il a lâché quelques "pistes" qui sont de véritables bombes à retardement pour faire exploser tout notre modèle social. Quelques exemples: l'accroissement de la concurrence dans tous les domaines comme remède miracle pour faire baisser les prix. On sait les dégâts que ce genre de méthode va créer sur l'emploi. La concurrence va s'accroître pour baisser les coûts salariaux, car les profits des entreprises eux ne bougeront pas et l'absence d'encadrement des prix laissera l'Etat pantois. Les salaires ou les emplois baisseront, pas les prix. Un exemple, la concurrence sur le textile, l'ouverture à
Nous devons proposer une alternative. C'est une réforme profonde des marges de la grande distribution qui s'impose. Deuxième exemple, Attali dénonce les gaspillages du logement social, et compte régler la crise du logement en vendant les HLM et en réduisant le nombre d'organismes (vieille lune des technos qui n'ont jamais fait la preuve que cela réglerait quoique ce soit. Dans tous les autres domaines on vante les PME, pas là!). Mais c'est toujours la même chose, pour remettre en cause les HLM, banaliser le logement social et mettre l'argent au privé, il faut les discréditer. Par contre, rien n'est dit sur le vrai scandale du logement, à savoir l'explosion des prix du privé et de l'immobilier, le niveau insupportable des prix qui rend très difficile la sortie du parc HLM ou l'accession pour les familles modestes et moyennes (autour de 3 Smic) et plus encore la construction de logements à loyer modéré. Or l'encadrement des prix de l'immobilier, massivement approuvé par les français, la taxation progressive des plus values immobilières sont bien plus efficaces, urgents et opérationnels pour résoudre la crise du logement, relancer la construction et permettre la création d'emploi, à condition de rendre ces métiers attractifs, de développer la formation. D'ailleurs le patronat préfère préparer une nouvelle vague d'immigration pour y faire face, plutôt que de mieux rémunérer les salariés. Car il est vrai que ces nouveaux immigrés acceptent des conditions sociales moins bonnes. Là aussi ne nous laissons pas piéger; l'urgence est du côté de l'immobilier et de la flambée spéculative.
Autre lieu de commun, libéral: la rémunération au mérite des fonctionnaires qui seraient ainsi plus performants (dans la même émission, on cite un sondage ou les français sont satisfaits à 80% des fonctionnaires). Je regrette qu'Elisabeth Guigou ait donné son accord et semble oublier ce qui s'est passé dans le privé où la grande masse des salaires moyens a stagné et seuls certains cadres (souvent proches de la direction) en sont bénéficiaires. D'excellentes études de
Bilan de la soirée : si la gauche ne choisit pas ses terrains, résolument alternatifs aux choix de la droite pour relancer la croissance en consolidant le progrès social, elle laissera flotter l'opinion et passer ces "réformes" destructrices et de plus fort peu efficaces.
Marie-Noëlle Lienemann