Chez nos amis de Démocratie et Socialisme
Le MEDEF,
Une goutte d’eau dans le financement global des retraites
Les retraites des régimes spéciaux auraient tout d’un « trésor caché ». Un « trésor » qui permettrait de résoudre une bonne partie du financement de l’ensemble des retraites par répartition.
Ce « trésor » n’est qu’un mythe. Aujourd’hui, les retraités des régimes spéciaux ne représentent que 4,2 % du total des retraités. En 2025, ils ne représenteront plus que 1,6 % du même total. La diminution du nombre des retraités des régimes spéciaux n’est pas difficile à comprendre : depuis plus de vingt ans, elles n’embauchent plus qu’au compte-goutte. Il est donc normal que dans 20 ans le nombre de retraités de ces régimes ait considérablement diminué.
Affirmer que c’est en réduisant le montant de leur retraite que l’on pourrait trouver le début d’un début de solution au problème du financement des retraites par répartition relève donc de la supercherie. Les retraites des régimes spéciaux ne représentent et surtout ne représenteront qu’une goutte d’eau dans l’océan des retraites.
Une « équité » à géométrie variable
Curieusement, le tir de barrages contre les régimes spéciaux de retraites ne vise que les salariés. Pourtant, au nom de l’ « équité » si chère à Fillon, il existerait d’autres cibles.
Les « retraites chapeaux », tout d’abord. Elles sont financées à grands frais par les entreprises et permettent à bien des dirigeants d’entreprise de bénéficier d’une retraite approchant souvent de très près leur salaire d’activité. Ce sont autant de sommes qui sont détournées de l’augmentation des cotisations retraites patronales et qui nuisent à l’équilibre des régimes de retraite des salariés du secteur privé.
Les fonds de pension « à la française », ensuite. Ils n’ont guère de succès et ce n’est pas la récente crise financière qui suscitera de nouvelles vocations à jouer sa retraite en bourse. Il n’empêche, les fonds de pension financés par les entreprises au bénéfice des cadres ou des salariés les mieux payés des grandes entreprises, sont autant de sommes détournées du financement des retraites par répartition.
Ensuite, toujours, les transferts entre régimes de retraite, la « compensation ». Ils se font au détriment des régimes de salariés et au profit des régimes de non-salariés (agriculteurs, professions indépendantes, commerçants, professions libérales…). En quoi est-ce acceptable alors que ces professions paient des cotisations nettement inférieures à celle des salariés (cotisations salariés + cotisations employeurs) et ont toujours refusé un alignement de leurs cotisations sur celles des salariés ?
Enfin, d’autres catégories sociales, les militaires en particulier, qui ont des conditions de départ en retraite autrement intéressantes. Pourquoi ne font-ils pas l’objet d’une attention aussi soutenue que les salariés des entreprises publiques ?
Pourquoi, au nom de l’ « équité, Fillon ne précise-t-il pas que si 160 000 agents de
Pourquoi Fillon n’explique-t-il pas, toujours au nom de cette « équité » qui lui est si chère, que le départ en retraite à 55 ans n’est pas du tout synonyme, loin de là, de retraite à taux plein. En effet, l’âge d’embauche a continuellement reculé : de 18 ans il y a 40 ans à 24/25 ans en moyenne aujourd’hui. Très peu de salariés des entreprises publiques bénéficieront donc, dans ces conditions d’un nombre d’annuités suffisantes pour bénéficier d’une retraite à taux plein à l’âge de 55 ans.
Pourquoi Fillon omet-il de préciser que l’Union Européenne oblige l’Etat à compenser le déficit démographique lié aux réductions d’effectifs ? Ce n’est pourtant que justice. Sans cette compensation comment serait financée, aujourd’hui, la retraite des mineurs ? Comment serait financée la retraites des cheminots qui étaient plus de 450 000 en 1945 mais qui ne sont plus que 165 000 aujourd’hui ? L’Etat est responsable des baisses d’effectifs mais il veut faire payer au régime général la compensation qui en est la conséquence.
Alors, pourquoi cette hargne contre les retraites des régimes spéciaux ?
L’enjeu est double pour le gouvernement et le MEDEF.
Il s’agit d’abord d’essayer de briser les reins des secteurs qui ont été les fers de lances des mouvements sociaux depuis 1995. Juppé avait fait alors l’erreur de croire qu’il pouvait prendre le risque de s’attaquer à la fois les salariés de la fonction publique et ceux des régimes spéciaux. Il avait été battu en rase campagne. Instruit par l’expérience, Fillon n’a pas fait la même erreur : en 2003 il s’est contenté de s’attaquer à la retraite des salariés de la fonction publique en jurant, la main sur le cœur, que les régimes spéciaux n’étaient pas concernés.
Il s’agit, ensuite, d’aller au-delà de l’allongement d’un trimestre par an de la durée de cotisation pour tous les salariés, du public comme du privé. Le MEDEF veut aller le plus rapidement possible vers une retraite à taux plein pour 45 années de cotisation. L’article 5 de la loi Fillon lui permet très clairement de lui donner satisfaction et d’imposer plus de 41 années de cotisations dès 2008. Mais, une telle mesure ne peut être envisagée tant que n’aura pas sauté l’ultime verrou symbolique des 37,5 années de cotisation dans les régimes spéciaux.
L’égalité des droits : oui, mais comment ?
Que 18 000 agents de conduite de
Ce que veut imposer Fillon, au contraire, c’est le nivellement par le bas de toutes les retraites. Pourquoi ? Parce que le patronat ne veut plus payer et que Sarkozy et Fillon sont là pour appliquer son programme. C’est pourquoi il est nécessaire de revenir sur la question du financement des retraites. C’est là que se situe la clé du problème. La réforme Fillon ne crée pas de nouvelles ressources pour les retraites. Pour cette loi, l’équilibre financier sera le produit de l’allongement de la durée de cotisation et de la baisse du montant des retraites, tout particulièrement dans le secteur privé. Ce qui signifie que dans 30 ans, vieillesse et pauvreté redeviendront synonymes pour la majorité des salariés en retraite, comme il y a 40 ans !
C’est donc par le haut qu’il faut réaliser l’égalité des droits à la retraite entre tous les salariés. Cela n’a rien d’impossible : le Conseil d’Orientation des Retraites et le rapport Charpin avait calculé qu’il était possible de maintenir le niveau des retraites à condition d’augmenter les cotisations retraites de 15 poins en 40 ans. Cela représente une augmentation de 0,38 point par an. A part le Medef, qui peut prétendre qu’une augmentation annuelle de 0,25 point pour les cotisations patronales et de 0,13 points pour les cotisations salariales serait insupportable ? Cela n’empêcherait ni les profits, ni les investissements, ni les salaires directs d’augmenter. Cela permettrait de financer des retraites égales à 75 % du salaire et (en augmentant plus rapidement le taux des cotisations patronales) de commencer à répartir autrement les richesses.
Jean-Jacques Chavigné