Pour que la fête soit belle…
Ouverture de
Des images, des figures. La réussite du troisième événement sportif planétaire selon son organisateur se déroule donc en France, et à la question « comment réussir cette fête ? », ce sont des images qui viennent d’abord à l’esprit. Celles d’un 12 juillet 1998 sur les Champs-Élysées, liesse populaire dont on attendait tant ou trop que le soufflé est vite retombé. Faudrait-il pour autant renoncer à saisir le moment ? La géographie de ce Mondial n’épouse justement pas les contours de la géographie politique gouvernementale qui croit son épicentre à mi-chemin de l’Europe et des États-Unis. Namibie, Géorgie, Roumanie, Tonga… Le rugby est en partage, à compter d’aujourd’hui et jusqu’au 20 octobre au moins.
Roland Barthes, le sol et le climat
Les stades, déjà, seront pleins. Il y en eut 600 000, de spectateurs, lors de la première Coupe du monde en 1987 ; vingt ans après, 2 millions, après la mue de l’IRB (International Rugby Board) en entrepreneur de spectacle. Bon, pour un ballon de rugby, i l s’en vend en France… 14 de football. Mais là encore, l’avenir n’est pas écrit, et est-ce bien le but du jeu de transformer 50 millions de compatriotes en amateurs de rugby ? Non, mais de démontrer la capacité de générosité d’un pays tendant à la fermeture, oui sans doute. C’est là qu’on attendait le rôle de l’État ; il n’en fut rien ou presque. Comment réussir la fête avec des pouvoirs publics qui, au contraire de 1998, se sont contentés d’abonder le comité d’organisation en se désintéressant de la façon dont l’événement pouvait irriguer le territoire, de Bobigny à Pézenas – sans compter le village éphémère, la semaine prochaine à
Solennité, tension et petits rites
Après les images, les figures. La première, ce sera sous le regard scrutateur de trente gaillards ce soir, à l’heure des hymnes nationaux. Solennité, tension, petits rites intérieurs pour entrer dans un match, tout ceci fait partie de la fête pour qui prend la peine de voir, ou d’imaginer. La dernière, avec Barthes encore, dans un complet détournement de sens assumé : « Le bleu est à la mode cette année. »
Lionel Venturini (dans l’huma le 7 septembre)