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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante de gauche.


bienvenue en Ovalie !

Publié par prs 57 sur 8 Septembre 2007, 11:34am

Catégories : #médias

Pour que la fête soit belle…

Ouverture de la Coupe du monde de rugby avec la rencontre France-Argentine ce soir et une question : ce rendez-vous planétaire sera-t-il populaire ?

Des images, des figures. La réussite du troisième événement sportif planétaire selon son organisateur se déroule donc en France, et à la question « comment réussir cette fête ? », ce sont des images qui viennent d’abord à l’esprit. Celles d’un 12 juillet 1998 sur les Champs-Élysées, liesse populaire dont on attendait tant ou trop que le soufflé est vite retombé. Faudrait-il pour autant renoncer à saisir le moment ? La géographie de ce Mondial n’épouse justement pas les contours de la géographie politique gouvernementale qui croit son épicentre à mi-chemin de l’Europe et des États-Unis. Namibie, Géorgie, Roumanie, Tonga… Le rugby est en partage, à compter d’aujourd’hui et jusqu’au 20 octobre au moins.

Roland Barthes, le sol et le climat

Les stades, déjà, seront pleins. Il y en eut 600 000, de spectateurs, lors de la première Coupe du monde en 1987 ; vingt ans après, 2 millions, après la mue de l’IRB (International Rugby Board) en entrepreneur de spectacle. Bon, pour un ballon de rugby, i l s’en vend en France… 14 de football. Mais là encore, l’avenir n’est pas écrit, et est-ce bien le but du jeu de transformer 50 millions de compatriotes en amateurs de rugby ? Non, mais de démontrer la capacité de générosité d’un pays tendant à la fermeture, oui sans doute. C’est là qu’on attendait le rôle de l’État ; il n’en fut rien ou presque. Comment réussir la fête avec des pouvoirs publics qui, au contraire de 1998, se sont contentés d’abonder le comité d’organisation en se désintéressant de la façon dont l’événement pouvait irriguer le territoire, de Bobigny à Pézenas – sans compter le village éphémère, la semaine prochaine à La Courneuve ? 2700 euros, c’est la somme que la direction régionale des sports d’Île-de-France avait à disposition des villes qui désiraient accompagner l’événement sportif. On fera grâce au lecteur de ce que cela pouvait donner, une fois divisé par les 40 villes de la Seine-Saint-Denis, par exemple. Le pari d’une fête du rugby réussie repose désormais sur les villes d’accueil des matchs, dix points névralgiques du nord au sud. Il repose aussi sur l’élaboration d’un élixir d’alchimiste ; un peu de réussite sportive tricolore, un peu d’envie d’un « être ensemble », qui s’approprierait la rue. Un peu de soleil, ça ne ferait pas de mal, tiens. Une grosse pincée de places à prix raisonnable – ah ça, l’ingrédient manque. Et nul besoin de surcharger d’enjeu l’ensemble, en nommant en avance un sélectionneur pas tout à fait ministre encore, le coeur dans celui des joueurs, la tête aux dossiers. Bien sûr, ces rencontres gigantesques entre les équipes de vingt pays inspirent autant qu’elles agacent, dans leur sacralisation de la nation. « Qu’est-ce qu’un sport national ? » se demandait Roland Barthes. « C’est un sport qui surgit de la matière même d’une nation, c’est-à-dire de son sol et de son climat. » Allez donc demander aux All Blacks si le haka, surgi de Tahiti pour s’épanouir en Nouvelle-Zélande, n’est pas la reconnaissance – tardive – de son héritage maori, et par conséquent la conscience de son présent métissé ? On objectera que la fête serait plus belle avec une équipe d’Afrique du Sud elle aussi plus métissée. Mais sans Coupe du monde, qui s’en soucierait ici ?

Solennité, tension et petits rites

Après les images, les figures. La première, ce sera sous le regard scrutateur de trente gaillards ce soir, à l’heure des hymnes nationaux. Solennité, tension, petits rites intérieurs pour entrer dans un match, tout ceci fait partie de la fête pour qui prend la peine de voir, ou d’imaginer. La dernière, avec Barthes encore, dans un complet détournement de sens assumé : « Le bleu est à la mode cette année. »

Lionel Venturini (dans l’huma le 7 septembre)

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