
Au P.S. faire le bilan des échecs successifs
Par Amaury Couderc
Le contenu social
La direction du PS a cru, après le raz de marée des dernières élections Régionales en faveur des socialistes qu’il suffisait d’attendre les difficultés d’un gouvernement de droite à faire passer un certain nombre de mesures impopulaires contre le salariat et les jeunes (CPE), pour quasi automatiquement remporter l’élection présidentielle et les élections législatives.
Cette analyse bien ancrée dans la tête des dirigeants du PS et de la candidate à l’élection Présidentielle, leur a laissé penser que cela les exonérait de tirer à chaque étape un bilan, mais surtout d’avoir des perspectives de rassemblement de la totalité de la gauche sur un programme de gauche avec un contenu social.
Dans le cadre de l’élection présidentielle la candidate a éludé le débat sur le contenu social du programme du parti pour courir derrière la droite sur les thèmes sécuritaires ou la surenchère nationaliste, (se rappeler le ridicule problème du drapeau !…) thèmes choisis par la droite, quand ce n’est pas l’extrême droite. Pour couronner le tout, l’appel à la droite centriste a fini de démobiliser les électeurs, en particulier ceux de la gauche dite « antilibérale » (8%). Le « tout sauf Sarkozy » n’était assurément pas suffisant pour faire gagner la candidate. Dans les trois numéros précédents de « Rassembler à Gauche », avant les élections, nous avions développé toutes les raisons qui allaient nous conduire à l’échec, il est donc inutile d’y revenir ici, si ce n’est pour rappeler que faute d’avoir tiré le bilan de l’élection présidentielle avant les élections législatives, nous avons également perdu les élections législatives.
Passez muscade, il n’y a rien à voir…
Aujourd’hui, notre parti ne fera pas l’économie d’une remise à plat. A moins que la direction, après avoir, par un tour de passe-passe qui lui est coutumier, transformé cet échec en demi-succès, considère que somme toute « il n’y a plus rien à voir », passez muscade…
Il y a pourtant une chose qui devrait attirer l’attention des dirigeants socialistes, c’est le sursaut des électeurs de gauche entre les deux tours de l’élection présidentielle ; même si cela n’a pas suffit pour gagner. Cette mobilisation de la gauche s’est faite sur un problème systématiquement éludé à la présidentielle et au premier tour des législatives : la question sociale. Le problème de
Lorsque l’on apprend aujourd’hui, que la candidate était opposée à porter dans 5 ans le S.M.I.C. à 15OO euros, on comprend mieux ses réticences à aborder les problèmes sociaux. Il est vrai que lorsque l’on paye l’impôt sur la fortune, on ne réalise pas forcément ce que représentent 1500 euros pour payer un loyer et faire vivre une famille…Excusez moi d’utiliser un ton polémiste qui n’est pas dans mes habitudes, mais cette déclaration de la candidate (socialiste !) m’est tellement insupportable que je ne peux m’en empêcher.
L’augmentation de
On ne peut pas se contenter de poser la question comme le fait Gérard Filoche et ne pas donner la réponse. Tout simplement parce que cette proposition était en filigrane dans les propositions de la candidate, et oui, ne vous en déplaise… Si l’on veut tirer le bilan honnêtement, il faut le dire.
Jamais elle n’a dit un mot sur le code du travail, jamais elle n’a défendu le partage des richesses. C’est sur le fond des questions sociales que Ségolène et son entourage nous ont fait perdre.
Si nous avions été plus offensifs sur le fond des questions sociales,
À gauche de la gauche, témoigner pour l’histoire ou agir ?
En ce qui concerne la gauche de la gauche ou la gauche antilibérale et pour répondre aux interrogations de Pierre Court-Salis : pourquoi une nouvelle organisation politique ? Pourquoi se pose t’elle ? et avec qui faut-il se la poser ? Avec les camarades de l’Essonne nous avons tenté de répondre à cette question depuis plus de 14 ans au travers de « Rassembler à Gauche » avec un comité de rédaction composé de camarades du PCF, de
A la question : sait-on vraiment ce que l’on veut comme organisation ? il est clair qu’au fil du temps on se rend bien compte qu’il est vain d’apporter une réponse toute ficelée à cette question et qu’à chaque étape la forme peut et doit changer. Il n’est possible d’avancer sur ces questions qu’en faisant preuve de pragmatisme.
En ce qui me concerne, à cette étape, je reste persuadé par l’expérience :
-L’affirmation unitaire ne peut se concevoir que dans le respect de l’identité de chacun.
- que les appareils sont incontournables,
- qu’il ne sert à rien de prôner une transformation sociale la plus radicale qui soit si elle n’est pas en mesure de rassembler autour d’elle, non pas un consensus, mais une majorité. (Il ne sert à rien d’avoir raison tout seul).
Alors oui, je crois qu’il faut répondre à la question : autour de quels objectifs ? mais faire en sorte que ces objectifs soient crédibles et apportent des changements réels dans notre société en particulier pour les populations les plus marginalisées.
Les transformations sociales et économiques les plus radicales pourtant indispensables ne peuvent être un préalable au rassemblement et ne pourront intervenir qu’après avoir rassemblé la gauche sur une plate-forme et avec une méthode qui permette ensuite le débat démocratique en son sein. Bien sûr, une plate-forme à minima (c’est à dire acceptable par tous) n’a de sens que si l’ »organisation » dans sa forme permet la libre expression et l’existence de courants ou tendances en mesure de s’organiser avec l’objectif de faire prévaloir majoritairement son point de vue.
Par pragmatisme il semblerait qu’aujourd’hui, mais cela ne sera peut-être plus vrai demain, le rassemblement du type de celui réalisé en Allemagne reste le plus crédible. Chez nous le déplacement du PS vers le centre droit crédibilise ce type de rassemblement, mais cette solution reste soumise au bon vouloir des militants et de l’appareil du PC !…
Vouloir ce type de rassemblement n’entraîne pas un suivisme derrière les appareils, mais prend en compte la réalité objective du poids incontournable, jusqu’à ce jour, de ces derniers. L’expérience récente de rassemblement autour de la gauche antilibérale a été un échec parce qu’entre autre elle a nié cette réalité.
Le problème aujourd’hui est de savoir si, dans l’intérêt du salariat et des parties les plus fragiles de la population, nous voulons avancer ou si figés derrière nos certitudes nous voulons témoigner pour l’histoire que nous avons eu raison ?