Dimanche, on vote !
J’en ai ras-le-bol du vote utile ! Tu te réveilles le matin avec la radio qui te dit « vote utile », tu écoutes la télé le soir : vote utile. Entre temps, tu as ouvert ta boîte, plein de copains tous mieux intentionnés les uns que les autres t’ont envoyé des tonnes d’avertissements : faut voter U-TI-LE ! Attends, voter « utile » c’est quoi, exactement ? Il y a Marc, il dit : c’est voter Ségolène, au premier tour, pour être sûr de faire barrage à l’autre Napo même pas Léon, le 6 mai. Il y a Marie, elle dit : c’est voter Bayrou, pour être sûr de ne pas avoir le borgne le 6 mai. Il y a Jean, il dit : c’est voter José, pour être sûr qu’on nous écoutera, peu importe qui sort gagnant le 6 mai. Je les entends, l’air rêveur. Et je me dis, par devers moi : Ras-le-bol du vote utile ! Parce que quoi ? Ca a l’air d’une prescription médicale, leurs trucs. Il s’agit de « ne pas ». Ne pas, ça vous fait envie, à vous ? Je ne veux pas voter « en négatif ». J’ai toujours voté positif, c’est pas à mes âges que je vais changer, déjà en 2002, je ne me suis pas déplacée pour mettre un bulletin Chirac, alors, là… C’est finalement une orientation par l’échec qu’ils me prescrivent, tout ce qu’ils en sont. Je n’en veux pas. Je ne veux pas « faire barrage ». Je veux qu’on avance, qu’on progresse, qu’on invente des lendemains qui chantent, que tout soit possible « ici et maintenant », comme dans la chanson d’il y a si longtemps… Ce qu’on aimerait, pour de bon, c’est un bulletin de vote pour se faire plaisir, vraiment plaisir. Un bulletin auquel on croirait. Ca veut dire un beau bulletin rose, ou peut-être bien rouge vif, ou bien vert, ou arc-en-ciel, ou ce qu’on veut. On s’en moque de la couleur, pourvu que ce soit celle qu’on aura choisie par amour, ou conviction, ou enthousiasme. Nos parents, ceux d’avant, ceux qui se sont bagarrés comme des forcenés pour l’arracher ce foutu droit de vote, vous croyez qu’ils verraient ça comment, si on leur disait maintenant qu’on va « voter utile » ? Ils nous renverraient à notre inconséquence, sans fleurs ni couronnes, et ils auraient bien raison. Ils nous diraient : « Vous aviez cinq ans pour le préparer ce vote de dimanche, et tout ce que vous avez à proposer, c’est un vote par défaut ? Bande de nuls ! » Alors, voilà, vous je ne sais pas, mais moi, dimanche, mon bulletin aura la couleur que j’aime, il sera peut-être « utile », ou pas (quoique…), mais il sera sincère, ce sera le bulletin de mon choix, de ma conscience de femme libre, de citoyenne responsable et éveillée.
brigitte blang prs 57