Affaire Battisti : une blessure faite à la démocratie !
Hier, des "sources proches de la police" indiquaient que Cesare Battisti, ancien activiste de gauche dans les années 70, avait été interpellé au Brésil dans le cadre d’une opération conjointe des forces franco italo-brésiliennes.
On se demande, en premier lieu, ce qui justifie que
Et qui fait l’annonce de cette révolution qui fait que de
Quelle image entend-on donner pour notre pays ? Celle d’un Etat incapable de faire juger des citoyens français habitant en France, et qui, avec un zèle pour le moins suspect, prête sa main à des opérations troubles, visant à permettre à un pays de violer les principes fondamentaux des droits de l’homme, à savoir ceux qui régissent le droit de répondre des crimes dont on vous accuse devant un tribunal ?
Par cet acte, je le dis, le gouvernement a commis un acte dont la gravité exceptionnelle menace la vie d’un homme, la dignité de notre pays et l’un des fondements de notre République !
Le 22 février 1985, lors d’une réunion au sommet entre Bettino Craxi et François Mitterrand, fut réaffirmée la position de
Le Président Mitterrand établit clairement une ligne, que d’aucuns voulurent nommer "doctrine" :
"Oui, j’ai décidé l’extradition, sans le moindre remords, d’un certain nombre d’hommes accusés d’avoir commis des crimes. Je n’en fais pas une politique. Le droit d’asile, dès lors qu’il est un contrat entre celui qui en bénéficie et
"Nous avons environ 300 Italiens réfugiés en France depuis 1976 et qui depuis qu’ils sont chez nous, se sont “repentis” et auxquels notre police n’a rien à reprocher. Il y a aussi une trentaine d’Italiens qui sont dangereux mais ce sont des clandestins. Il faut donc d’abord les retrouver. Ensuite ils ne seront extradés que s’il est démontré qu’ils ont commis des crimes de sang. Si les juges italiens nous envoient des dossiers sérieux prouvant qu’il y a eu crime de sang, et si la justice française donne un avis positif, alors nous accepterons l’extradition. Pour les nouveaux arrivants, nous sommes prêts à être très sévères et à avoir avec vous le même accord qu’avec l’Espagne. Nous sommes prêts à extrader ou à expulser à l’avenir les vrais criminels sur la base des dossiers sérieux."
Les choses étaient claires. Parce qu’il avait confiance en cette promesse de notre pays, Cesare Battisti se présenta, il y a 16 ans, comme l’indiquait, au nom de
Cesare Battisti fut jugé en son absence selon les "lois spéciales" de l’Italie d’alors, lois qu’Amnesty International et
En 2004, Silvio Berlusconi réclama au gouvernement Raffarin, qu’on lui "donne Battisti". Aussitôt dit, aussitôt fait, on place l’intéressé sous lettre de cachet.
Et alors que deux arrêts de
Cette décision de justice de 1991 était définitive. Le droit de toutes les nations démocratiques interdit de juger par deux fois la même chose. Il interdit aussi d’emprisonner un homme, jugé en son absence, sans recours à un nouveau procès.
Mais le gouvernement Raffarin, et le Président de
Mensonges d’Etat, désinformation massive, tout ceci pour abuser les Françaises et les Français sur les véritables enjeux de l’affaire Battisti.
Il y avait l’engagement de la parole de notre pays, que l’on a admirablement, non seulement renié, mais aussi totalement piétiné, chose que l’on ne saurait faire sans y perdre l’honneur.
Le 22 octobre 2003, devant le Sénat, l’alors Ministre de l’Intérieur, Dominique de Villepin, aujourd’hui Premier Ministre, affirmait "la tradition française de l’asile plonge ses racines dans notre plus lointain passé. Aux temps les plus obscurs existaient déjà des clairières sacrées, des sanctuaires inviolables, des refuges pour les proscrits" : tout ceci n’était donc que mensonge...
mardi 20 mars 2007.
Source : http://laurentfabius2007.over-blog.com/