Cesare Battisti arrêté.
Ce que nous en savons, nous tous, c’est qu’il était membre des PAC, Brigades Rouges, à peu de choses près. Classé terroriste, attentats, sang sur les mains, assassinats et toute l’imagerie qui va avec. Ce que nous savons surtout, c’est qu’il a toujours clamé son innocence. Ce que les radios qui nous racontent son arrestation en boucle depuis hier oublient de préciser. Ce que nous savons encore, c’est qu’il a été condamné à perpète en Italie par contumace. Sans avoir vraiment pu se défendre. Quoi d’autre ? Qu’il s’était refait une vie en France, du genre calme, gardien d’immeuble, écrivant des polars, comme beaucoup de ses camarades « repentis » (je ne sais pas vous, mais moi, ce mot « repenti », il ne me va pas bien…), et aussi que François Mitterrand lui avait accordé de n’être jamais extradé vers l’Italie. Quoi encore ? Qu’à peine revenue aux affaires, la droite s’était empressée d’accepter son expulsion, et que du coup, il s’était enfui. C’était en 2004, tout ce que le pays compte d’intellectuels engagés s’étaient mobilisé pour lui, Fred Vargas en tête, et aussi Gilles Perrault, et tant d’autres. Et voilà donc qu’à 35 jours du premier tour d’une élection essentielle, le ministre de l’Intérieur (par ailleurs candidat à la dite élection, vous vous souvenez ?) vient de se faire un chouette cadeau : SA police a collaboré avec la police brésilienne pour arrêter Battisti. Comme par hasard, dis donc ! Trop forts, les archers du Roy ! Si ce n’est pas un effet d’annonce, ça y ressemble drôlement, non ? Dans l’ordre, Battisti, il va filer directement en taule, sans même repasser par la case « procès », et pour un bout de temps, et puis notre apprenti-président, il va se frotter les mains, puisque le bon peuple, il n’aime pas le désordre … Mais quoi ? Pouvait-on attendre autre chose d’un pays qui laisse croupir les membres d’Action Directe, malades, au bout du bout du rouleau de ce qu’il est possible d’imaginer? D'un pays qui s'apprête à trahir la parole d'un de ses anciens présidents (et pas des moindres, soit dit en passant...), alors, si c'est ainsi qu'il traite les serments, je ne vous raconte même pas ce qu'il va en faire, de ses promesses de campagne!... Et enfin, vous ne vous demandez pas un peu le rôle qu’a joué la police de Lula, dans cette affaire? Lula, le président des pauvres... Ca laisse rêveur... Alors, depuis hier, je repense à ce film magnifique de Lucas Belvaux, "Cavale" justement, dans lequel un pas du tout repenti revient longtemps après, trop longtemps, les temps ont changé... Et depuis hier, je fredonne Bella Ciao...
brigitte blang pour prs 57