Un week-end en Alsace
Ce samedi-dimanche nous a vus en formation PRS à Strasbourg. Autour de Jean-Charles, qui avait, comme à son habitude, réglé tout ça de main de maître. Tout au long de ces deux journées de travail et d’études, de réflexion et de belle camaraderie aussi, les idées ont été battues, rebattues et même débattues.
Nous vous proposons ici, en plusieurs épisodes, un compte-rendu de ces travaux, qui vous donnera peut-être envie d’en faire autant chez vous.
Il semble inutile de rappeler ici que l’un des objectifs de PRS est bien de transformer cette société, car à l’évidence, elle ne nous va pas. Or, les outils dont dispose le militant de gauche sont avant tout sa propre conviction, et sa volonté de convaincre. Convaincre que la société que nous combattons est détestable et rendre désirable celle que nous espérons bâtir. Pour convaincre, il nous faut résolument nous placer sur le terrain des idées. En effet, la société que nous combattons, toute cette société, véhicule des valeurs de domination, matérielle tout d’abord, puis idéologique, la première induisant la seconde, laquelle devient alors à son tour prépondérante. Car dans un monde où les citoyens se regroupent naturellement par classes, il s’en trouvera toujours une pour dominer les autres. Aujourd’hui, les instruments idéologiques les plus influents (presse, cinéma, télévision) sont contrôlés par les puissances économiques, la publicité, la finance. Ne retenons que le cas du Monde, qui devient une valeur boursière… Sans entrer dans le détail, on assiste au même phénomène dans le domaine du cinéma, aux USA. Les sociétés hollywoodiennes ayant intérêt à montrer un monde rêvable, et rêvé, pour tous ceux qui verront leurs films et feront de ces nouvelles normes de vie un objectif et une solution à la grisaille de leur propre existence ! Où l’on voit bien que la transformation culturelle devient le terreau des transformations économiques voulues par ces sociétés.
La question est alors de savoir pourquoi cette idéologie devient dominante ?
La constatation est simple : pour réussir, la domination économique doit s’appuyer sur une domination culturelle (donc idéologique), mais surtout sur une domination consentante et inconsciente. Consentante, car même si ce système s’appuie sur l’exploitation du plus grand nombre, il parvient à faire accepter ses règles, sans rébellion, et même parfois avec enthousiasme. Bien sûr, puisque les cibles du système les ont intégrées sans en être conscientes (Souvenons-nous de M. TF1 et de son temps de « cerveau disponible » !) et même souvent en considérant ce « nouvel ordre social » comme naturel et souhaitable. Nous voyons donc ici que le capitalisme n’a aucunement besoin de répression pour assujettir les classes qu’il cherche à dominer. Bien au contraire, il s’agit pour lui de faire adhérer le plus grand nombre à des styles de vie, des intérêts, que les « mauvais esprits » considèrent comme relevant de la vacuité, mais que le système capitaliste a su rendre indispensables. Tous les domaines de la formation (famille, école, presse) s’appliquent dès lors à indiquer la « bonne direction » à emprunter, direction qui mène tout droit à la domination du puissant sur le dominé.
« La diffusion de l’idéologie dominante n’est donc pas seulement la conséquence de la domination d’une classe sur l’autre. Elle est surtout sa condition : aucun ordre social ne peut durer s’il n’est pas capable d’obtenir le consentement à l’autorité de ceux qu’il domine. » (Alain Accardo)
(Suite au prochain numéro : la critique de l’idéologie petite-bourgeoise, ou comment faire adhérer le plus grand nombre à des valeurs de classe, en croyant en faire partie… Nous développerons aussi une bibliographie de circonstance, autour de textes fondateurs.)