Au bonheur du week-end.
Au chapitre « nos amis les médias », nous avons eu droit toutes ces dernières heures à la célébration du désormais candidat officiel de l’UMP. Quelques morceaux de bravoure (non, je n’ai pas dit bravitude, pourquoi ? Il fallait?) glanés ici et là au hasard des radios, des télés.
On nous présente Sarko comme, je cite, « un fils d’immigré ». Oui, bon. Encore faudrait-il savoir de quelle immigration on parle. On va pleurer sur son sort. On imagine bien la petite famille, papa, maman et les trois grands garçons, entassés dans une chambre de bonne au 7ème sans ascenseur. Ce n’est pas vraiment ça, le schéma ? Ah bon… Gaffe, les fils d’immigrés, ça devient vite des racailles, si on n’y prête pas attention.
Dans le florilège des citations du même, on trouve aussi des références à Jaurès, à Blum, à Victor Hugo, et même, accrochons-nous, camarades, à Guy Môquet. Guy Môquet ! On croit rêver ! Un rebelle, fils de député communiste, fusillé par les nazis à 17 ans. Il n’a pas honte, le karchérisateur en chef, de faire appel à ce garçon-là. On n’oubliera pas non plus la petite phrase glissée en douce, mine de rien, sur le droit de grève passé, lui aussi, à la moulinette. Service minimum garanti, on vous le promet. Eh bien voilà, les choses sont claires, au moins. On passera bien vite sur le décor, la scène pharaonique, les 98% de voix –que Ségo doit en être verte de rage, avec son petit 60 au compteur !-, les vrais-faux amis arrivés en catimini et repartis de même, les militants à l’œil mouillé interrogés par toues les chaînes, la grosse artilleries déployée, en un mot. Matraquage ? Vous avez dit matraquage ?
Les chiffres de Copé, qui n’est pas notre copain, il nous l’a encore fait savoir. Un prof –certifié, pas agrégé- en fin de carrière, gagne 4200 euros par mois. Ouahouh ! Le pactole, dis donc ! Il va falloir qu’il nous dise, Copé, dans quel lycée privé, très très privé, il bosse, ce prof-là, parce que j’en connais, ils vont modifier leur fiche de vœux pour leur mut de septembre !!!
Autre chose ? Oui, plein. Des drôles, des moins drôles, des carrément à se tordre.
Tiens, exemple : l’ouverture des magasins le dimanche. Vaste débat. Entre le magasinier et la caissière qui avaient l’air content d’y être, mais qui nous disent tout de même qu’ils sont payés double ces dimanches-là, les chalands traînant savates dans les allées du bazar, on a à peine vu un délégué syndical contestant le principe. A peine. Là aussi, faudra m’expliquer en quoi on aura fait avancer le progrès social quand Maurice et Ginette pourront aller TOUS LES JOURS claquer le découvert autorisé dans les grandes surfaces formatées de la zone commerciale. A croire qu’on n’a rien inventé d’autre pour s’occuper le week-end. Bien vu, les patrons de Carrefour et de Cora. Tout juste, suffisait d’y penser. Le journaliste, il nous bien dit que tous ces travailleurs étaient des volontaires. Tu parles, volontaire, avec la carotte de la double paie, il y en a peu, des smicards qui vont refuser le défi. Et si, tout bêtement, les salaires étaient décents, simplement décents ? Juste comme il faut pour éviter d’avoir à se poser la question ?
Journal de la 2, toujours : le salon « Religio ». Le concept, c’est comme le salon de l’Auto, sauf que là on vous montre tout ce que la technologie a inventé de fantastique pour mener une pratique religieuse moderne. Trop drôle, la grande enquête, de tout premier intérêt, avouez, sur la qualité du vin de messe, avec mérites comparés du blanc, du rouge! Tu crois que tu vis en France, au XXIème siècle ???!!! France, terre et mère de la laïcité…
Pour changer de registre, aperçu sur la table du libraire du quai des Brumes, une BD tirée de Boro. LE Boro de Franck et Vautrin. On avait encore en mémoire les couvertures des livres, par Bilal. Alors, évidemment, on est déçu, fatal. Il ne se ressemble pas, en tous cas, pas à ce qu’on a dans la tête. Pas assez beau, pas assez rebelle, pas assez séducteur. Ils te l’ont transformé en une espèce de sous-produit James-Bondesque. Je retourne à l’original, plus sûr. L’imaginaire fera le reste !
Les peoples en politique, suite. Au congrès UMP, il y avait Barbelivien, on se doutait un peu. Et derrière Bayrou, nous avons à présent Bernie Bonvoisin, leader de Trust, vous vous souvenez, Antisocial, Police-Milice, qui rallie son champion, parce qu’il l’a entendu dénoncer « la collusion de l’argent, de la presse et de la politique ». Ah oui ? Tout ça ? Et la machine à cintrer les bananes, il l’invente quand, le Bernie ? Parce que, tout de même, Serge Halimi, ses « Chiens de Garde » et ses « Nouveaux Chiens de Garde » (Editions Raisons d’agir), ce n’est pas hier qu’il les a publiés. A lire, ou relire, en ce début de campagne (début ? Vraiment ?!), c’est de toute première nécessité. Pourquoi on ne parle jamais de ces bouquins-là, dans le Nouvel Obs, ou dans le Point ? Z’avez une idée ?
Pour finir, toujours sur la même chaîne, on nous présente le déplacement de la candidate socialiste en campagne (à tous les sens du mot). On a droit à la séance photos avec un agneau, tellement mignon, le partage de la galette des Rois, ça s’imposait, le petit tour à la ferme, une ferme du Poitou, nous dit le commentaire. Je ne sais pas ce que ça vous inspire, mais moi, illico je pense à Nougaro : « Dans une ferme du Poitou, un coq aimait une pendule… » Une pendule ? C’est bien cette chose qui donne l’heure en balançant, un coup à droite, un coup à gauche ?
brigitte blang prs 57