La rentrée sociale, c’est maintenant !
Les pauvres ne partent pas en vacances. Ceux qui ne mangent pas à leur faim sont peu sujets aux indigestions du réveillon. Pour eux, pas de trêve des confiseurs ! Pendant les fêtes, l’urgence sociale a continué son chemin. Elle s’est invitée dans le débat présidentiel avec le campement du canal Saint Martin et la réquisition d’un immeuble vide Place de
Comme lors des émeutes en banlieue, la question sociale s’exprime avec une énergie inédite dans une des lignes de faille ouvertes par les coups de boutoirs du libéralisme. La chaîne craque en ses maillons les plus faibles. Ce sont d’ailleurs de nouvelles formes et figures de lutte qui émergent. Dans le petit monde médiatique, il est de bon ton de vanter l’habileté de leurs initiateurs. Ce vrai-faux compliment réduit leur succès à un bon tour. Mais ces militants sont aussi très jeunes, parfois naïfs, voire maladroits. Leur réussite vient de plus loin qu’une opération bien menée.
Leur force repose d’abord sur leur capacité à susciter l’implication citoyenne. Les « Enfants de Don Quichotte » rompent avec l’indifférence tranquille et quotidienne qui devient une condition de tranquillité personnelle dans ce système où chacun enjambe des SDF comme si cette question ne le concernait pas. Elle y oppose un moyen d’agir et de s’impliquer. Belle leçon pour la gauche ! Mille discussions d’arrière-cafés enfumés ne seront pas parvenues à remettre la question sociale au premier plan. Le campement du Canal Saint Martin l’a fait. Sans implication populaire et personnelle, l’action politique est impuissante.
En retour, la réussite de ces mouvements les conforte à la nécessité du débouché politique. Les Enfants de Don Quichotte sont en ce moment même aux prises avec cette difficulté. En interpelant les pouvoirs publics, ils ont ouvert une discussion avec le gouvernement qui leur propose un plan de mesures. Peut-on lui faire confiance ? Faut-il oublier ses soutiens patronaux, son orientation libérale et son bilan de casse des droits sociaux ? Cela implique donc de porter un jugement politique. Mais peut-on faire confiance pour autant aux partis de gauche ? Sur quelle base ? Et faire confiance à personne ? Mais quelle est alors l’utilité d’une démarche qui consiste à interpeler les pouvoirs publics pour qu’ils agissent ?
La revendication du droit au logement opposable, que PRS avance dans son manifeste adopté en Avril 2006, pose que
Les tâches d’un militant politique républicain et socialiste sont donc multiples. D’abord s’impliquer, participer à la lutte sans laquelle rien ne se fera. Ensuite, contribuer à la mobilisation et à l’éducation populaire des pauvres qui redressent la tête. L’Amérique latine montre ce que cela peut libérer d’énergie populaire contre le système libéral. Ca l’est aussi dans le cadre de la course de vitesse contre l’extrême-droite. Il faut donc expliquer que le mal-logement ne tombe pas du ciel, que ses victimes n’en sont pas les responsables, pas plus que les immigrés, mais qu’il est directement lié à un régime d’accumulation qui permet à certains de concentrer la richesse même si c’est au prix de la marchandisation des moyens essentiels de la vie et de la généralisation galopante de la pauvreté. Notre tâche est enfin de déterminer les moyens effectifs qui assureront le droit au logement. Cette méthode s’impose sur tous les fronts de l’urgence sociale en cette année présidentielle. Rien ne pourra être fait par la gauche de gauche sans la mobilisation consciente et éclairée de la société contre la puissance coalisée de tous ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change.
François Delapierre dans A Gauche 10 janvier 2007