Un cheval qu’on n’attelle pas…
Voilà ce que disait de Gaulle de Pierre Mendès-France, né il y a tout juste 100 ans aujourd’hui, une forme d’hommage à sa rigueur, sa morale, sa fermeté.
Un homme politique brillant, résolument ancré à gauche, sans qui, comme le lui soufflait François Mitterrand un jour de mai 1981, « rien n’aurait été possible ». Chercherait-on un symbole au mot « République » que c’est vers lui qu’il faudrait se tourner. Loin de ce verre de lait distribué dans les écoles ces années-là (et qui, soit dit en passant, a dégoûté à vie des fromages un bon peu d’enfants de nos maternelles !!!), loin de la fin des bouilleurs de cru en campagne (on en a encore quelques-uns en Moselle profonde !!!), c’est bien à un style, à une politique méthodique, qu’il convient de penser ce soir. Que reste-t-il de Mendès à présent ? La décolonisation, bien évidemment. Et puis, ses « causeries » radiophoniques, qui paraîtraient totalement surannées aux consommateurs de télé de notre époque bénie de l’image, mais qui ont bel et bien inauguré l’ère de la communication. En ce temps-là, ça passait pour antidémocratique, figurez-vous ! L’une de ces fameuses causeries était destinée à la jeunesse. Il ne flatte pas, ne racole pas. Il parle, il explique. La jeunesse ne donne pas tous les droits, ni toutes les excuses. Elle mène à l’état d’homme, c’est déjà énorme. Ces mots sont d’une actualité troublante. Ces mots appellent à l’action, à l’engagement politique. C’est devenu bien rare, de nos jours, non ? Ecoutez, vous n’en reviendrez pas… Qui disait que l’histoire se retourne toujours vers elle-même ? bb prs 57
Message à la jeunesse (prononcé le 22 décembre 1955)
« La jeunesse est impatiente et sévère dans ses jugements, probablement plus qu’en France qu’ailleurs, certainement aujourd’hui plus qu’avant. Ce n’est pas moi qui vous en blâmerais, vous les jeunes car vous avez de fortes raisons d’être inquiets, d’être critiques. Je n’ignore pas ces raisons. Mais je sais aussi qu’il dépend de vous que votre critique demeure vaine et votre impatience stérile, ou qu’elles soient l’une et l’autre et dès maintenant, des ferments d’énergie et d’action. On dit souvent selon formule un peu banale, mais vraie, que vous êtes le sang nouveau qui peut revivifier la nation. Si, demain, les responsabilités doivent vous incomber, il n’est pas trop tôt pour en assumer d’ores et déjà une part, et plus importante que vous ne croyez –mais il faut le faire très vite. Sinon, un jour, vous trouverez écrasante la charge des hypothèques que vous aurez laissé accumuler sur vous.
Cela arriverait immanquablement, si vous permettiez que se gaspille et se perde la force vive dont vous disposez, si, prenant prétexte de ce que l’Etat vous ignore et vous néglige souvent, vous vous détourniez de la chose publique, si vous vous désintéressiez de la conduite des affaires de ce pays, c’est-à-dire du foyer où vous passerez votre vie entière, et où vous serez demain heureux ou malheureux. Aussi, vous ne pouvez pas vous borner à répéter : « A quoi bon ? ». Vous devez vous employer dès maintenant à faire changer ce qui doit être changé. (…)
L’efficacité du régime républicain, du régime de liberté, ses chances de survie et de prospérité dépendent donc des liens qu’il saura créer entre la jeunesse et lui. Si
Mais cela ne suffit pas. Jeunes hommes et jeunes femmes de France, vous devez intervenir et agir par vous-mêmes. Organisez-vous, groupez-vous, pour faire entendre votre voix, participez aux mouvements de jeunesse, animez-les, poussez-les à exercer sur les pouvoirs publics une pression continue, afin de faire triompher les décisions que dicte le sens de l’intérêt collectif !
Et ce n’est pas tout encore. N’hésitez pas à prendre part à la vie politique, qui sans votre inspiration risquera de retomber toujours dans les vieilles ornières.
Ayez constamment présente à l’esprit la relation étroite et quotidienne qui existe, et qui maintenant existera de plus en plus, entre vos préoccupations, vos soucis, vos besoins, et l’action d’un grand Etat, qui après tant d’épreuves, veut se refaire, veut se redresser. Comprenez le rôle que vous pouvez jouer, la contribution dans la marche en avant que vous pourrez apporter. Décidez dès aujourd’hui de peser de toutes vos forces sur la destinée nationale, préparez de vos propres mains l’avenir le plus heureux et le plus juste auquel vous avez droit. Soyez enfin, au sens le plus riche de ce mot, des citoyens ! »
Pierre Mendès-France (1905-1982)