' Bus de Marseille: la prophétie auto-réalisatrice
Ce soir, j'essaie de ravaler l'horreur que m'inspire l' histoire du bus à Marseille. J'ai dix appels sur ma messagerie pour me demander si je veux commenter ça. Je ne crois pas que je vais le faire. Voilà quinze jours que les médias nous bassinent avec le soi-disant "anniversaire" des émeutes. Autant de jours que le petit Sarkozy gesticule de tous côtés, tous micros et caméras ouverts et offerts. Prophéties auto réalisatrices en quelque sorte.
Le dessin à la Une du journal "Le Monde" exalte la jubilation morbide de tous les rapprochements nauséabonds auxquels ce bus et sa malheureuse victime donnent lieu. Dès lors, pour moi, la liste des salopards commence avant que le bus ait démarré. Et quand elle finit dans le bus qui brûle, les coupables de toutes sortes sont en fuite. Mais une partie se fera un devoir de crucifier l'autre. Privilège de la position sociale.
La jeune femme qui n'a pu s'extraire du brasier et ceux qui sont sortis malades de peur pour le restant de leurs jours sont les jouets d'une histoire répugnante où les abjects guignols sanguinaires et les pousse-au-crime sont englobés dans la même fumée lacrymo-médiatique.
Depuis, les gens qui parlent bien et beaucoup, transforment un acte criminel fait par des criminels en une vaste fresque sociologico-médiatico-politico-tambourinante. Avant toute arrestation, il est déjà question de mineurs.
Quand bien même! La plupart de sgens qui font du bruit avec leur bouche semblent ignorer que la justice des mineurs existe. Elle traite déjà des mineurs homicides, des mineurs violeurs et autres catégories relevant d'abominations aussi avancées que celles constatées avec ce bus. Ce n'est pas une justice qui méconnait l'horreur dont un mineur est capable. Elle n'est pas laxiste. Elle est pensée, raisonnée et sévère. Qui le dira?
Pourtant, tous les "politiques", sous le fouet des ignorants sans scrupules qui les interrogent doivent tous faire assaut de propositions nouvelles, d'idées neuves et autres articles de la parade médiatique qui ne mange que des oeufs frais pondus.
Même Ségolène Royal, jamais en reste d'une trouvaille inepte, sort une idée de spin doctor: "les internats de retrait" pour ces jeunes. Il est vrai qu'elle devait absolumenrt dire quelque chose puisqu'un journaliste inspiré lui demande que faire "s'il s'agit de jeunes entre 9 et 15 ans". Bien sûr les "internats de retrait" n'existent pas et personne ne lui a demandé en quoi cela consiste. Des criminels en internat! Ce qui compte, c'est que le show continue!
La loi n'est pas médiatique.
Chacun étant prié de produire séance tenate la trouvaille du siècle, on pourrait commencer par proposer une nouveauté formidable: appliquer la loi. On commencerait par apprendre par des médias d'information ce qu'elle prévoit. On saurait ainsi qu'elle ne connait pas la catégorie 9/15 ans inventée par ce journaliste. Elle connait les majeurs et les mineurs, et parmi ces derniers, les jeunes âgés de moins et de plus de treize ans, puis de moins et de plus de seize ans. Le reste, allez le chercher vous-même! Car c'est incroyable que l'on n'ait pas commencé par là: que prévoit la loi? Question de type journaliste en CDD dont le rédacteur en chef est un conseiller municipal élu UMP: "Que faites-vous, maintenant, là, à proximité, concrètement, tout de suite? Soyez concret, pas de langue de bois!" Réponse de gauche: "Il faut faire ce que l'on fait pour le reste"
On protège les banques? On doit protéger les bus. A l'inverse quel est le sens de l'envoi de compagnies de CRS dans les quartiers sensibles? Pour tenir les populations en respect? J'ai envie de vomir devant tant de grossière bestialité. Celle des brûleurs, tristes abrutis sans excuses qui méritent tout le châtiment que prévoit la loi. Celle des irresponsables qui jouent de leurs caméras et commentaires sans se soucier de savoir s'ils attisent haine, peurs et défis irrationnels au nom d'un droit à l'information qui est en réalité celui du voyeurisme et du sensationnalisme.
Je sais que je perds mon temps. Je sais à quelle vindicte et vengeance sournoises je m'expose. Mais je me dis que petit à petit pourrait se constituer une résistance dans le milieu de la presse. Les professionnels eux-mêmes vaincraient leur peur et la chaîne de leur statut précaire pour dire tout haut ce qu'ils nous disent sous le sceau de la confidence, quand on parle amicalement, loin des regards et des oreilles (de leurs confrères et concurrents pour la prochaine promotion!) Car ces gens-là existent et rongent leur frein. Une de nos tâches de gauche au pouvoir consistera à les libérer.
Jean-Luc MELENCHON
Ce qui suit n'a, bien sûr, rien à voir. Entendu sur Inter l'autre jour, peu importe la date. La jeune fille brûlée vive à Marseille était une "étudiante exemplaire". Késako? Quoi? Une étudiante exemplaire, ils disent? J'ai peur de comprendre, soudain. Cet acte immonde, il serait donc plus grave si la fille est une "étudiante exemplaire" que si elle est caissière au Super U ou dealeuse, ou va savoir, chômeuse, ou pire encore. Et puis aussi, c'est qui, exactement, une "étudiante exemplaire"? Elle a tout réussi ses exams, ses concours du premier coup? Elle ne traine pas dans les caves avec les loulous, (comme Sohane, vous savez bien, l'autre petite brûlée vive, mais qui l'avait bien cherché, elle...)? Elle s'habille correctement? Si quelqu'un a compris, qu'il me le dise. Moi, j'avoue, ça me dépasse un brin.
b pour PRS 57