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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante de gauche.


lu dans l'huma

Publié le 4 Avril 2009, 23:12pm

Catégories : #europe



Avis de tempête sur les pays de l’Est

 

 Vingt ans après la chute du mur et cinq ans après leur entrée dans l’Union européenne, les pays d’Europe centrale et orientale vivent un véritable traumatisme. La crise du capitalisme en général et celle du modèle libéral européen en particulier les touchent avec une brutalité inouïe. La Hongrie est au bord de la banqueroute ; la Lettonie voit ses richesses produites (PIB) reculer de … 13 % en rythme annuel ( !) ; la Roumanie subit une chute brutale des flux de capitaux et apparaît très fragilisée face à la crise financière internationale ; de même la République tchèque, longtemps présentée comme « le bon élève de la classe », fait face à un repli de sa production industrielle de 28 % en rythme annuel ; la Slovaquie, « spécialisée » dans l’automobile, subir un effondrement de la production de ce secteur (- 47,7 %)… Le forint, le zloty, la couronne, le leu sont en chute libre. Tout un pan de l’Union européenne s’enfonce dans une crise phénoménale.

Coup sur coup, trois de ces pays, Hongrie, Lettonie, Roumanie, ont dû conclure un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir un prêt compensant le tarissement des flux de capitaux. Mais le même FMI, même dirigé par Dominique Strauss-Kahn, n’a rien perdu de sa férocité : il exige notamment la baisse –drastique- des salaires dans la fonction publique, des coupes claires dans les dépenses publiques, ainsi qu’une réforme du système des retraites… Pour sauver le budget de l’État, il écrase celui des ménages. Cette sévère cure d’austérité a déjà provoqué de violentes émeutes de désespoir à Riga et a dopé le populisme d’extrême droite à Budapest. En Roumanie, le FMI a promis aux syndicats indignés « des mesures de protection pour les plus vulnérables ». On imagine la portée d’une telle générosité…

Et l’Union européenne dans tout cela ? C’est elle qui, avec la complicité d’une nouvelle classe politique la plupart du temps médiocre et sans scrupule, a piloté une conception quasiment néocolonialiste de l’élargissement. Celui-ci a été l’occasion, pour les grandes banques de l’Europe occidentale – Autriche, Allemagne, Italie, Suède, Belgique, France – de racheter à vil prix le système bancaire de ce nouvel eldorado. À elles seules, les banques autrichiennes y sont engagées à hauteur de l’équivalent de 70 % à 90 % du PIB de ce pays pour « se payer » 20 % de tout le réseau bancaire de tout l’Est européen !

D’où, à Bruxelles, un sacré dilemme : sauver les pays de l’Est à coups de milliards d’euros (la Banque mondiale estime les besoins à 120 milliards) – au risque de craquer soi-même – ou s’en laver les mains, entraînant un possible effondrement financier des pays de la zone euro qui sont les vrais patrons des banques de l’Est… Aussi, depuis quelque temps, entend-on des déclarations très contradictoires. D’un côté, un dirigeant de la Banque centrale européenne  rappelle qu’il existe une clause de non-intervention qui « est une base importante du fonctionnement de l’Union européenne ». Des pare-feu, en quelque sorte. De l’autre, le ministre allemand des Finances, M. Steinbrück, pourtant réputé dur et orthodoxe, convient, certes, que « les traités de la zone euro ne prévoient aucune aide en faveur de pays devenus insolvables », mais estime qu’ »en réalité, les autres États seraient obligés de les secourir ». Et  pour cause…

Quelle aide est, du coup, envisagée ? Le Fonds d’urgence de l’UE permettant de prêter de l’argent à des pays membres rencontrant des difficultés de balance des paiements a été renforcé, passant de 25 milliards d’euros à 50 milliards d’euros. Un accord de principe a été conclu entre les Vingt-Sept pour une plus grande contribution au… FMI – à charge pour lui de faire le sale boulot. En revanche, concernant l’idée émise d’un emprunt européen pour mutualiser les risques, le président de la Commission, M. Barroso, a été d’une limpidité cristalline : les chances d’un accord – nécessairement unanime – des États membres sur une telle mesure sont de « 0,00 ». En attendant, à Budapest, à Riga, à Ljubljana et maintenant à Prague, les gouvernements en place tombent, comme un château de cartes.

« Changer d’Europe » ? Plus que jamais !

 

Par Francis Wurtz, eurodéputé

 

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