(ce texte fait suite à celui publié ici hier, du même auteur, Jean-Luc Mélenchon)
Aligné sur le PSE 
Et s’il y avait un doute sur ce qu’est l’orientation du PS, qui le veut peut aller lire sur le site du PS le texte d’orientation adopté par ce même conseil national et voté par tous les petits soldats, ainsi que par les amis de «l’idole des femmes». Ce texte affiche une mensongère indifférence pour les contradictions avec le Traité de Lisbonne qu’il contient. C’est comme si le traité n’existait pas. Comme s’il ne contenait aucune contrainte. Le texte du PS n’en dit pas un mot. Rien. Pourtant le «Manifesto» du PSE réclame fermement la ratification du traité de Lisbonne. A Paris, le Parti socialiste européen (PSE) y est présenté comme l’alternative à la droite alors même que plusieurs de ses membres, et non des moindres, gouvernent avec elle! Et dans combien des cas que dénonce le texte du PS les votes au parlement européen de nombre de mesures calamiteuses ont été acquis avec les voix mêlées de la droite et de l’essentiel des députés du PSE! Bien sûr le texte ne dit mot du vote par le PSE, la droite et «l’idole des femmes», en faveur de l’instauration du grand marché transatlantique entre Europe et USA. Pourtant le «Manifesto» adopté par le PS lui est sans ambigüité quand il se prononce pour «construire un partenariat transatlantique fort» Dans cet enfumage, quelques moments de bravoure fournissent une pause humoristique à savourer. Ainsi quand le texte du PS s’indigne: «Et il faudrait que les mêmes restent aux commandes ? Que l’Europe continue avec le Président Barroso? Un homme de droite dont le libéralisme économique, le conservatisme et l’atlantisme ne sont plus à prouver. Ne fut-il pas l’artisan de la Conférence des Açores, regroupant les Européens favorables à l’intervention de Bush en Irak ? Eh bien non !» Au point de presse du mois de janvier, Martine Aubry avait même été plus loin en annonçant que les socialistes français voteraient pour Poul Rasmussen, l’actuel président du PSE. À part l’amnistie que cela vaudrait pour la désastreuse politique de ce dernier au Danemark il y a un inconvénient majeur: il n’est pas candidat. Mais par contre les trois premiers ministres socialistes en exercice, Zapatero, Brown et Socratès, tous membres du PSE ont tous les trois souhaité publiquement la reconduction de Barroso à l’issue de la réunion de Madrid où fut adopté le fameux «Manifesto»! C’est le moment de parler de ce «Manifesto».
Les mensonges sur le «Manifesto» du PSE
Le 1er décembre les sociaux-démocrates européens ont adopté à Madrid le Manifesto du PSE. Les socialistes ont immédiatement présenté ce texte comme une avancée de gauche: «Le Manifesto ne se contente pas de quelques mesures de régulation face à la crise» «il propose aux Européens l’espoir d’un nouveau modèle dans lequel l’économique prend le pas sur le financier» "Il propose de nombreuses solutions concrètes en faveur de l’Europe sociale» (Martine Aubry le 1er décembre 2009) «Avec le "manifesto" qui prévoit un revenu minimum européen, on peut sans complexe faire une campagne de gauche sur l’Europe» (Razzy Hammadi, proche de Benoît Hamon, dans Libération 15 janvier 2009). Comment pouvait-on vérifier à ce moment-là? Pas facile. Ce fameux «Manifesto» n’a d’abord été disponible qu’en anglais. Une traduction française, présentée alors comme «provisoire» n’est apparue sur les sites socialistes qu’entre les fêtes de fin d’année, c’est-à-dire plus d’un mois après. Provisoire? Cette traduction réserve d’énormes surprises car elle déforme lourdement le texte original du Manifesto en inventant parfois de toutes pièces certaines formulations sociales et plus à gauche. Puis, à la mi-janvier la traduction française diffusée en ligne, inchangée, n’est plus présentée comme «provisoire» …Donc elle est définitive. On peut donc en débattre valablement. En la comparant au texte initial en V.O anglaise. Commencent les surprises. Là où le Manifesto se réclame en anglais de l’action des «partis progressistes de gauche et de centre-gauche au pouvoir », la traduction française escamote le «centre gauche» et ne parle que de «partis de gauche » Là où le «Manifesto» appelle en anglais à «tirer le meilleur profit des opportunités qu’offre la mondialisation» comme le ferait n’importe quel libéral, la traduction française fait l’impasse sur la «mondialisation» et parle juste de «saisir les possibilités nouvelles d’un monde ouvert». Et là où le «Manifesto» écrit en anglais, de manière très générale et floue, que «le processus de libéralisation doit être évalué», la traduction française affirme que «les politiques de libéralisation déjà adoptées doivent faire l’objet d’une évaluation sociale», ce qui n’est plus du tout la même chose. Voyons à présent ce qui permettrait l’enthousiasme pour un contenu de gauche de ce document. La question du salaire minimum européen qui réjouissait Razzi Hamadi. Le «Manifesto» se prononce en anglais pour «des salaires minimum décents dans tous les Etats-membres», la traduction française propose «l’établissement d’un salaire minimum décent dans tous les Etats membres» … On fait ainsi croire que le «Manifesto» propose un salaire minimum européen, alors que ce n’est nullement le cas! Dans le document adopté par le PS ce week-end la position est recalée sur le texte anglais: «Des salaires minimaux dans tous les États membres, qui pour nous devraient atteindre 60% du salaire médian de chacun des pays, étape vers un salaire minimum européen». Adieu donc au formidable salaire minimum annoncé dans la traduction toujours en ligne. Quant à l’idée d’un salaire minimum par pays, le problème reste que
plusieurs partis socialistes européens s’y opposent farouchement dans leur pays. Comme en Allemagne, par exemple, où c’est Die Linke qui porte cette revendication! Dès lors on n’est pas surpris que le reste de la traduction soit aussi suspecte sur nombre d’autres questions essentielles. Comme le temps de travail par exemple. En effet quand le «Manifesto» propose de «travailler à promouvoir des horaires de travail décents», la traduction française lui fait dire carrément qu’il faut «agir pour la fixation d’une durée maximale de travail décente». Ce qui, de nouveau, n’est absolument pas la même proposition. Sur l’Otan on navigue plutôt dans la contradiction pure et simple. Le texte adopté par le PS déclare vouloir «Une Europe forte avec une vraie défense européenne et non cette subordination au commandement intégré de l’OTAN que Nicolas Sarkozy impose à la France» Est-ce conciliable avec le texte du Manifesto qui déclare, lui: «La nouvelle initiative européenne de défense doit être développée en coordination avec l’Otan»? Mais au fond cela n’a aucune importance. En effet le traité de Lisbonne déclare que l’OTAN est la base du système de défense des européens et que la défense européenne doit être pensée en conformité avec !