Quelques jours un peu loin de l’écran, et on se croirait presque libéré du réel. Et puis, il arrive qu’on tombe sur un journal égaré et on retourne sur terre. Tenez, par exemple, l’autre jour, qu’est-ce que j’apprends ? Madame Boutin a remis des clés à de gentils nouveaux propriétaires d’une nouvelle maison. De celles qu’on appelle « maisons à quinze euros par jour ». Ce qu’elles ont de spécial, ces maisons-là ? Pas grand-chose, à part qu’en effet, elles coûtent quinze euros par jour, pour le reste, c’est tout pareil que les autres maisons : des murs, de l’eau, du courant, des gamins contents d’avoir leur chambre, comme partout, donc. Sauf qu’elles coûtent quinze euros par jour. Alors, on a vu madame Boutin, dans le poste, sur toutes les chaînes, parader avec les gentils nouveaux proprios. Et vas-y que je t’embrasse les enfants, une vraie mère Noël… Bon, vous allez me dire, ça ne vaut pas un billet d’humeur, ton info. Si, justement, ça le vaut. Parce que les quinze euros, on a seulement oublié de nous dire pendant combien de jours ils allaient les payer, les gentils nouveaux propriétaires… Pendant 40 ans. Allez-y, mes camarades, faites un peu le calcul. Vous y êtes ? Ah ! Tout de suite, ça a une autre allure, la bicoque à quinze euros par jour, non ? Même pendant trente piges, ça commence à chiffrer, non ? Pour peu qu’ils divorcent, ce qu’on ne leur souhaite pas, ou bien qu’ils perdent leur boulot, ce qu’on ne leur souhaite pas non plus… mais bon, en quarante ans, il peut s’en passer, des trucs… c’est du coup que leur coquet pavillon, ils vont le trouver un peu saumâtre.
Un autre chouette scoop, qui vous aura peut-être échappé, parce que celui-là, on ne lui a pas fait trop de pub, et même que c’est bien dommage. Dieudonné, le bien-nommé, vous situez, le nouvel ami de qui vous savez (j’ai un mal de chien avec certains noms, j’ai toujours peur que ça me pollue le disque dur et que ça me colle des virus dans la bécane… bref, le type qui était au second tour de la présidentielle en 2002, celui qui n’a pas gagné, ça y est, vous y êtes ?). Dieudonné, donc, l’humoriste de bon goût, celui qui ferait presque passer Bigard pour un fin lettré, il a donné un concert, un spectacle, plutôt dans une grande salle parisienne, laquelle, je n’en sais rien, et ça n’a strictement aucun intérêt, d’ailleurs. L’intérêt résidait dans le public. Toute la famille du politique ci-dessus évoqué était là, au complet, épouse, fifilles, anciens du GUD, et compagnie, jusque là, rien que de très normal, entre copains, n’est-ce pas, faut bien se rendre certaines politesses. Ensuite, pour faire joli, un intellectuel : Julien Lepers. Le gars qui lit ses fiches plus vite que son ombre. Étrange, cette proximité. Ça laisse rêveur, et même rêveuse… Et puis le clou de la soirée ce fut un grand esprit que « l’artiste » a fait monter sur scène. Guest star, ce genre. Une pointure, là encore. Faurisson soi-même. Le révisionniste. Celui qui nie l’existence des chambres à gaz. Celui qui a soufflé à l’autre sa théorie du « détail ». On est entre gens du même monde, messieurs-dames. Dieudonné lui a remis le « prix de l’infréquentabilité et de l’insolence », avant de l’embrasser. C’est un technicien du spectacle, costumé en déporté (les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnait… ou ne serait-ce pas plutôt : les salauds, ça ose tout…) qui a remis le trophée. Fallait y penser. On peut compter sur ce sale type pour le faire. Vous saviez ? Faurisson, il nie aussi la traite des esclaves noirs. Il a la mémoire sélective, Dieudonné. Mais si quelqu’un peut m’expliquer ce que Lepers faisait là, ça m’arrangerait bien.
brigitte blang pg 57