Michel Dreyfus-Schmidt par Marie-Noëlle Lienemann
« Cette nuit, Michel s’est éteint et ne s’est pas réveillé. Je le connaissais depuis ma prime enfance tant nos familles étaient proches et maman avait passé toute son enfance avec lui. À l’époque sa gentillesse, sa belle voix convaincante faisait déjà des miracles : il m’impressionnait un peu, mais surtout il me fascinait.
Plus tard, il fut l’un des jeunes loups de la FGDS et élu député dans les années 60 il incarnait déjà un certain renouveau de la gauche et de la gauche unie. C’était le tout début de la reconquête.
Michel était un très grand humaniste, un défenseur acharné des libertés, des libertés individuelles et des libertés publiques. Il combattait tous les totalitarismes, les penchants liberticides et le racisme comme l’antisémitisme.
Au Sénat, il était reconnu pour sa connaissance du droit et sa passion de la justice. Il était un soutien inconditionnel de François Mitterrand et avait suivi Laurent Fabius dans tous ses combats. C’était un socialiste, passionné par la politique, par la chose publique, et par Belfort, sa ville, une ville qu’il aimait tant. Belfort ne sera plus tout à fait la même sans lui. Une grande voix de la gauche s’est tu et c’est bien triste. Au-delà de la peine, que tous ceux qui l’ont connu gardent la force de conviction, la détermination au combat, cette énergie infatigable pour faire avancer les causes qui lui tenaient à cœur et qui font la grandeur du progressisme, du socialisme et de la gauche. »
(Michel Dreyfus-Schmidt est décédé dans la nuit de samedi à dimanche à l'âge de 76ans. Cet avocat de formation né en 1932 et ancien militant de l'Union progressiste, avait démarré sa carrière politique comme adjoint à la mairie de Belfort.
Proche de François Mitterrand, élu sénateur du Territoire de Belfort en septembre 1980, réélu en 1989 et 1998, auteur en 2006 d'une proposition de loi visant à ouvrir le mariage aux couples de même sexe, il avait la même année proposé une loi visant à organiser l'exercice de la parentalité, ainsi que le partage des allocations familiales entre deux parents divorcés, en cas de garde alternée des enfants. Sa conviction l’avait également mené à défendre l’euthanasie (à travers le droit à mourir dans la dignité). Michel Dreyfus-Schmidt s’interrogeait en 2003 : « Nous en viendrons inévitablement à légiférer un jour, acculés par d’autres tragédies. Mais quand ? » (Le Monde 7/11/2003). Cinq ans plus tard, et après la fin douloureuse de Chantal Sébire, nul doute que la mémoire de Michel Dreyfus-Schmidt sera à nouveau convoquée pour aider le Parlement à opérer les bons choix.)