Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante de gauche.


billet d'humeur

Publié le 2 Juillet 2008, 00:35am

Catégories : #prs57

Lettre à un homme bien éduqué

Monsieur le Président, qui êtes encore pour un petit (tout petit…) bout de temps mon patron, je vous dois d’abord des excuses. Cela doit faire tantôt un bon mois que je ne vous ai pas écrit, et vous devez sûrement vous poser des questions, inquiet comme on vous connait pour le bien-être et la santé de vos concitoyens. Non non, ne vous faites aucun souci, c’est juste le boulot, vous savez, cette occupation qui fait qu’on se sort de sous la couette aux petites aurores, pour aller, le plus souvent à vélo, vers un collège où des élèves attendent qu’on leur administre la bonne parole, un peu comme nous devant nos télés quand vous venez vous y montrer. Là, depuis deux ou trois jours, il y a de l’événement en rafales, il faut dire. Et sans mauvais jeu de mots, promis.

Dans une ville de très haute qualité d’architecture et d’histoire, à Carcassonne, il y a aussi des casernes. Et dans les casernes, des militaires, c’est un peu à ça que ça sert, une caserne, à caser les militaires qui eux sont censés nous protéger lorsque des vilains en veulent à l’intégrité de nos contrées.  Ici, dans l’Est, les casernes et leurs habitants, pensez si on connait ça : Bitche, Dieuze, Sarrebourg, Metz et j’en oublie évidemment, ça n’a jamais été bien ma tasse de thé l’uniforme ! En tous cas, ici, vous faîtes un peu de ménage dans les effectifs… Ça chahute ferme dans les casemates, par les temps qui courent ! Mais l’affaire se loge ailleurs, pour le coup. Nous voilà donc à Carcassonne ce beau dimanche de juin. Journée portes ouvertes, il y a à la caserne. On se pince d’abord pour y croire. Portes ouvertes à la Grande Muette. C’est surréaliste, non ? J’avoue ne pas saisir à quoi ça peut servir, pour un profane d’aller visiter une caserne. Évaluer la largeur des lits ? Vérifier la propreté des douches ? Goûter la popote ? Dans mon jeune âge, ici même, il y en avait une de caserne. Remplie à ras bords de jolis appelés tous meilleurs danseurs les uns que les autres.  Au bal du samedi soir, ça pouvait « le faire ». Mais on n’a jamais eu l’idée saugrenue d’aller voir comment ça se goupillait là bas chez eux. Bon, admettons, Maurice et Gisèle, ils vont aller visiter le machin, lui ça va lui titiller la souvenance, il s’y reverra, quand il draguait les poulettes grâce à son beau costume à galons, et quelquefois même un joli bâchis à pompon rouge, pour peu que l’histoire se passe entre Cherbourg et La Rochelle !  Allez, on n’est pas chiens, on admet. J’en connais bien qui vont revoir leur vieux bahut de quand ils (elles… !) ont passé le bac, il y a … quelques années déjà !  Mais là, à Carcassonne, ils avaient organisé une espèce de « théâtre aux armées », ce genre. La trame du truc, prise d’otages, avec vrais-faux terroristes dans la foule et du coup vrais de vrais bidasses en face qui mettaient les méchants hors d’état de nuire. Du théâtre. Le choix du sujet, déjà, on peut ne pas adhérer. Vu que la méthode, vaut mieux qu’elle reste top secret. Si tout le monde sait comment ils vont s’y prendre, les arquebusiers, pour maîtriser l’ennemi, fatalement, l’effet de surprise en sera amoindri… Non ?  À un moment, ils se sont mis à tirer des coups de feu. Pan ! T’es mort ! Sauf que là, il y en a un, va savoir pourquoi, il avait de vraies balles dans son fusil (FM, qu’ils ont dit dans le poste. Va pour FM !). Et là, bien sûr, ça devient moins rigolo, la sortie du dimanche avec les gamins. Puisque des petits, il y en a qui s’en sont pris deux-trois dans le buffet des bastos. Oui, en effet, c’est moins drôle. Après ? Après, comme toujours, M. le Président, vous vous êtes dépêché sur le « lieu du drame ».  Ça, on pourra vous reprocher plein de choses désagréables, plus tard, mais pas d’avoir mégoté vos déplacements chaque fois qu’un malheur arrivait dans ce pauvre pays. Vous avez un gros capital compassion dans votre attaché-case, M. le Président ! Là, vous avez bien vu, pas trop de casse. Des parents fâchés, on le serait aussi, des militaires gênés, des officiers emmernuyés, mais pas de morts, somme toute un incident, grave, mais incident néanmoins. On vous imagine bien, colère comme vous savez l’être, ça a dû grincer le discours présidentiel, visage pâle et mâchoires crispées. Résultat de l’épreuve de tir : le responsable en garde à vue, un général au rencart, et des reportages radio en boucle avec « témoignage » des parents (ah ! ça, le témoignage du témoin du drame, en radio ou en télé, c’est tendance !). C’est bien bien moche cette affaire, on vous le concède. Mais ça nous évoque quelques pistes de réflexion, quand même. La première, c’est la mise au placard du général. Pour ma part, je m’en fiche un maximum, du général, surtout que sa retraite elle doit bien faire dans les 10 SMIC, au bas mot ! Mais il y est pour quoi, ce type ? On n’a pas entendu que le recteur d’académie du Nord ait été mis en retraite lorsque le prof de techno a collé une beigne au gamin malpoli l’autre jour. C’est du même ordre, non ? Et puis, ce qui me tourne en boucle, à moi aussi depuis hier dans le cerveau (et encore, moi, je n’en ai qu’un de cerveau, au contraire de certains phénomènes de foire qui en ont quatre ou cinq !) : ils y faisaient quoi, exactement ces braves gens avec leurs gamins dans cette caserne ? Ils jouaient à la guéguerre ? Tu parles d’un spectacle ! Il y a le même à la télé tous les soirs, et pas pour du beurre en plus, que du vécu ! Aussi longtemps que des parents emmèneront leurs petits en balade le dimanche à la caserne pour les amuser, les petits en question, ils risqueront de se manger une balle perdue. Il n’y a pas de forêts, dans ces coins-là ? (oui, on sait, en forêt, y a des chasseurs…) Ou de musées ? Ou de cinés ? Ou de prairies pour se rouler dans l’herbe ? Ça ne vous fait pas de la peine, à vous, d’imaginer ces petits loupiots, sûrement déguisés en camouflage, en plus, cheveu ras et mitraillette en plastique dans le dos, grimpé sur les épaules de Papa pour se faire des trouilles de ciné… Après ça, on va trouver des psys pour plancher sur le besoin de violence des mômes. Ben oui.

Voilà, M. le Président, je vous dis poliment « Au revoir, M. le Président! » On ne sait jamais, des fois que vous m’accuseriez moi aussi d’être une mal éduquée. Surtout que je cumule les handicaps, non seulement je suis service public, mais en plus, j’avoue, j’appartiens à la grande masse des manifestants, ceux qui hantent les couloirs de la télé et ne vous saluent pas, les méchants ! Foutez-moi ça au trou vite fait, et que ça saute !

(brigitte blang)


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
... que vous ne confondrez pas avec ceux de S et D! Pas exactement le même combat!Nous vous livrons ic l'avis de Gérard Filoche, qui rejoint un peu le tien sur cette "bavure" militaire: C'était une démonstration de guerre. Quelle idée d'y emmender des familles et des enfants, n'est-ce pas? À Carcassonne, les balles réelles ont été substituées à des balles à blanc, et le militaire a tiré sur la foule. Comme à Kaboul. Mille hommes de plus ont été envoyés par Sarkozy pour faire ce sale travail à Kaboul. Là-bas, ils ne peuvent tirer que sur la foule des afghans: parce qu'on se demande sur qui ils pourraient tirer d'autres là-bas. Vu que pas un afghan, sauf le fantoche Hamid Kharzaï, l'homme de main du pétrolier Dick Cheney, n'est favorable à la présence de troupes étrangères sur le sol d'Afghanistan. Que faisons-nous là-bas? Des choses horribles. La guerre d'invasion, d'occupation, de domination c'est pas beau: il n'y a que des bavures, des saletés, à balles réelles. Comment en faire un "spectacle"  ici? Comment rendre la si lointaine guerre si proche de nous dans une "démonstration" à Carcassonne? Gérard Filoche
Répondre
B
Non, Alain, ce n'est pas là que ça coince, je viens de supprimer les sauvegardés et ça ne marche pas davantage, de même pour les brouillons... Ouh la je sens que je vais m'énerver!
Répondre
F
Le problème doit provenir du fait que tu as des articles en brouillions ou sauvegardés dans tes articles il faut que tu les élimines. Ce phénomène m’est arrivé c’est de cette façon que je l’ai résolu. Alain
Répondre
P
Quelqu'un peut-il me dire POURQUOI je ne peux plus publier d'articles sur ce foutu blog??? Pour l'écriture tout va bien, dès que je veux visualiser, ou publier, je retombe sur la page d'identification. Et ça fait deux jours que ça dure. C'est lourd, l'informatique. Trop lourd pour mon unique cerveau, moyennement irrigué en ces temps de fin d'année! Merci aux copains d'ici (et aussi de là) de m'aider. Parce que les esprits frappeurs, ou effaceurs d'idées, ça commence à bien faire, non?
Répondre
B
Bien sûr, Alain, mais les bavures policières touchent les sales mecs des quartiers pourris, alors qu'ici, on a affaire à de bien braves personnes, familles endimanchées et le koulchi, tu vois bien ce que je veuxc dire.Quant à sa brillantissime sortie hier soir sur les combattants des FARC, auxquels il propose de venir couler des jours tranquilles en France... Un peu comme Cesare Battisti ou Marina Petrella, finalement, ou je me trompe? (revoir nos prises de position, sans ambigüité, pour le coup, dans différents articles) 
Répondre
F
Deux poids deux mesures comme d'habitude de la part de notre minus. C’est il indigné une seule fois lorsqu’il y a eu des bavures policières ? Non il les a toutes couvertes même lorsque les policiers étaient en cause dans des conditions inadmissibles ivresse… Aucun préfet de police n’a été débarqué, aucun responsable hiérarchique n’a été mis en cause lorsqu’il était ministre de l’intérieur il les a tous couvert il se vantait même de supprimer la racaille. Le comble il a été élu président. Alain
Répondre

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents