Pierrot est tombé
Paroles Dominique Grange
Musique Philippe Mira
Les équipes du soir finissaient de rentrer D’abord c’est le silence, impossible d’y croire
Ce jour aurait dû être un jour comme les autres Chacun reste immobile, les yeux écarquillés
Le vingt-cinq février mil neuf cent soixante-douze À regarder Pierrot, en sang sur le trottoir…
Aux portes de l’usine, à Renault-Billancourt Et dans l’île Seguin, au cœur des ateliers
Par centaines les tracts volaient de main en main Des ouvriers en pleurs frappent chefs et gardiens
Manif anti-raciste, ce soir tous à Charonne ! En entendant crier : « V’là un mao de moins ! »
Les chiens de garde ont aboyé Les fachos sont en liberté
Pierrot est tombé Pierrot est tombé
Aucun gardien ne bouge quand Tramoni dégaine Samedi quatre mars, nous étions trois cent mille
Pierrot est face à lui, à quelques mètres à peine Des gens avec leurs mômes perchés sur leurs épaules
Il y a du soleil dans ses cheveux bouclés Les poings et les drapeaux montaient vers le soleil
Et Tramoni le vise une première fois Et des vieux retrouvaient le « Chant des Partisans »
L’arme s’est enrayée. Pierrot n’a pas eu peur Leurs yeux laissaient couler des larmes de colère
« Vas-y, tire ! », qu’il lui dit, l’autre tire en plein cœur Tandis qu’ils emportaient leur frangin dans la terre
L’équipe du matin sortait Un ouvrier assassiné
Pierrot est tombé Pierrot Liberté
(Paris, 2007)
À la mémoire de Pierre Overney, abattu à la porte des usines Renault, à Billancourt le 25 février 1972, par le vigile Jean-Antoine Tramoni.