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le blog de brigitte blang

l'actualité politique vue par une militante de gauche.


du rififi au programme?

Publié le 20 Avril 2008, 23:01pm

Catégories : #un petit tour chez les socialistes


Rien ne vaut les hebdomadaires de droite pour avoir une description impartiale de la situation au PS....

PS : la guerre des éléphanteaux

Arnaud Folch, le 18-04-2008

Dray, Moscovici, Bartolone, Cambadelis, Aubry, Lebranchu…: tous sont candidats, déclarés ou non, à la succession de Hollande. Objectif: faire barrage à Royal et Delanoë.

Combien seront-ils? «Au train où ça va, je pense qu’il serait plus utile de demander à ceux qui ne sont pas candidats de lever la main », a récemment ironisé Laurent Fabius devant quelques proches. Aussitôt répétée, la formule a fait le tour de la Rue de Solferino, siège du PS, où elle a fait rire – jaune.
Car l’ancien premier ministre dit vrai: s’il y a inflation de prétendants, déclarés ou non, parmi les ténors et seconds couteaux du PS, ils ne sont que… deux – « les doigts d’une moufle », rigole un élu parisien – à avoir clairement annoncé qu’ils ne brigueraient pas la succession de François Hollande au congrès de novembre: Laurent Fabius lui-même, et Dominique Strauss-Kahn. Le premier parce qu’il se sait minoritaire au sein du parti. « Il n’a aucune chance, il est trop détesté, dit un jospiniste, or un échec à l’automne, le plomberait définitivement pour la présidentielle de 2012. » Le second parce que, nommé à Washington à la tête du FMI, il se retrouve dans l’impossibilité de concourir – ce qui l’arrange bien, lui aussi.

Usé jusqu’à la corde, ses espoirs d’intégrer le gouvernement l’ayant définitivement décrédibilisé aux yeux des militants, Jack Lang, lui non plus, ne sera pas candidat dans sept mois. Côté postulants, en revanche, ça se bouscule! Ségolène Royal, la favorite, ne fait plus mystère de ses ambitions. L’ancienne candidate aux 17 millions de voix lors du second tour de la présidentielle le confie: « Les socialistes mesurent que je suis la seule à ramener le vote populaire vers le PS. » Autoproclamée chef de campagne de son parti pendant les municipales, où elle a continué à distance son “duel au sommet” contre Nicolas Sarkozy, elle a multiplié les déplacements durant la campagne, notamment dans les zones sensibles. Chacun a pu le constater: elle reste – et de loin – la plus appréciée sur le terrain. « Il s’est créé quelque chose à la présidentielle, reconnaît l’un de ses adversaires. Et le soufflé, pour l’heure, n’est pas retombé. » Même si sa récente condamnation pour “licenciement abusif ”de deux de ses ex-assistantes parlementaires risque de lui faire perdre des voix à gauche…

Décidée à jouer, une nouvelle fois, les militants contre l’appareil, Royal a relancé ses comités Désirs d’avenir. « Si vous avez déjà franchi le pas en 2006 ou 2007, vous pourrez participer au débat et au vote en vous mettant à jour de cotisation d’ici là », vient de rappeler, par email, Jean-Pierre Mignard, son bras droit, à l’ensemble des membres de Désirs d’avenir n’ayant pas renouvelé leur adhésion au PS. Royal peut en outre compter sur le soutien de François Rebsamen, l’actuel numéro deux du PS – qui pourrait être candidat si elle-même ne l’est pas–, des anciens ministres Jean-Louis Bianco et Michel Sapin et de plusieurs quadras, parmi lesquels Vincent Peillon et Manuel Valls. Le premier secrétaire de la puissante fédération du Nord, Gilles Pargneaux, ainsi que le “patron” de la fédération de l’Hérault, Georges Frêche, sont aussi derrière elle. « Royal est légitime, assure ce dernier: en 1974, Mitterrand, battu à la présidentielle, était resté premier secrétaire. En 1995, Jospin l’était redevenu. »

Autre “favori”, juste derrière : Bertrand Delanoë. Renforcé par son large succès dans la capitale, bien qu’un peu éclipsé par l’ampleur de la victoire socialiste au niveau national, le maire de Paris peut notamment compter sur son image – il est aujourd’hui l’homme politique préféré des Français et le deuxième, après Royal, chez les socialistes –, les réseaux jospinistes, ou ce qu’il en reste, ses importants relais dans les milieux culturels et le poids de “sa” fédération – la plus importante de France. S’il n’est pas lui-même candidat, le maire de Paris pourrait présenter Harlem Désir.

Entre Royal et Delanoë, pas de vraies divergences politiques. Pas plus qu’avec la plupart des “éléphanteaux”. Mais, compte tenu de leur statut, de leur popularité et de leur ambition affichée, la victoire de l’un ou de l’autre, lors du congrès de novembre, offrirait quasi automatiquement à celui-ci (ou à celle-là) l’investiture PS à la présidentielle de 2012. C’est cela que veulent absolument éviter les autres candidats. Et la raison pour laquelle ils se présentent. « Le temps n’est pas au choix des personnes, il est au choix des projets », argumentent- ils. Ajoutant surtout, comme Royal en 1995 à propos de l’affrontement Jospin-Emmanuelli : « Deux trains sont lancés l’un contre l’autre. Écartez-vous des voies! »

Officiellement, la kyrielle de seconds couteaux candidats n’entend donc se soumettre au suffrage des militants que pour offrir une alternative à la guerre annoncée Royal-Delanoë. « Je ne souhaite pas que le prochain congrès soit un congrès de désignation de notre candidat à l’élection présidentielle de 2012, affirme Pierre Moscovici dans le Figaro. C’est beaucoup trop tôt, et ce serait dangereux pour le parti, car une confrontation des présidentiables risquerait de blesser le PS. » Julien Dray, autre candidat déclaré, ne dit pas autre chose: « Il faut un président de transition. » « Pour un peu, sourit un proche de Delanoë, les uns et les autres vont bientôt nous raconter qu’ils sont des candidats sacrificiels. »

La réalité est évidemment tout autre: chacun des “éléphanteaux” en lice pour le poste de premier secrétaire roule, en sous-main, pour un autre… ou pour lui-même (au moins à terme). Il suffit d’entendre Moscovici répéter mécaniquement qu’il se présente « sans état d’âme, arrière-pensée, ni calcul tactique », pour être persuadé du contraire… Au soir de l’élection du prochain premier secrétaire, les choses, en effet, seront on ne peut plus claires: que Royal ou Delanoë l’emporte, et c’est la fin des ambitions présidentielles de Fabius, DSK et Hollande. Le premier agite donc, en coulisse, la candidature de Claude Bartolone, son bras droit. Le second celle de Moscovici et de Jean-Christophe Cambadelis. Le troisième celle de Dray. Chacun étant chargé de leur tenir la place au chaud, jusqu’aux primaires (prévues en 2010 ou 2011) désignant le candidat PS à l’Élysée.

Déjeuner discret au “Terminus Nord”

Les choses, au parti socialiste, n’étant jamais simples, Fabius et Strauss- Kahn, moins puissants séparément que Hollande, et dont les intérêts anti-Royal et Delanoë convergent, téléguident aussi, en sous-main, les ambitions mêlées des “reconstructeurs” du PS – lesquels se sont trouvés une championne : la “revenante” Martine Aubry. Une promotion sans risque. Tout le monde, ou presque, est, en effet, convaincu qu’à l’instar de son père, Jacques Delors, en 1994, elle n’aura pas la volonté suffisante pour concourir à la présidentielle… « Ce qu’elle veut, c’est Matignon », chuchote-t-on au PS.

Voilà pourquoi, réélue triomphalement à la mairie de Lille, la “dame des 35 heures” a rencontré ensemble et à plusieurs reprises les amis de Fabius et de DSK, mais aussi d’Arnaud Montebourg et d’Henri Emmanuelli. La première fois, le 19 décembre à l’occasion d’un discret déjeuner au Terminus Nord, une brasserie proche de la gare du Nord, à Paris. « Elle a dit qu’il fallait à tout prix éviter le choc des présidentiables et constituer un nouveau coeur de parti », raconte l’un de ses proches, François Lamy. Autre réunion discrète: un mois plus tard, au Sénat. « Je ne veux pas revivre la période de la présidentielle où tout le monde s’était marqué à la culotte et a laissé partir Ségolène Royal », a, cette fois, lancé Aubry devant une petite centaine de socialistes.

Fabiusiens (Bartolone, Philippe Martin…), strauss-kahniens (Jean- Christophe Cambadelis…), emmanuellistes (Benoît Hamon…) et fidèles de Montebourg: ce “patchwork” anti-Delanoë et Royal – considérée, de loin, comme la plus dangereuse– est tellement disparate qu’il aura bien du mal à tenir jusqu’au prochain congrès. « Échanger avec tout le monde, c’est normal, confie Emmanuelli, mais il faut parler du fond. C’est pourquoi je ne suis pas sûr qu’on arrive à une motion commune au congrès. » Au point que l’on prédit déjà, en interne, une… scission des “reconstructeurs”! D’un côté « l’aile gauche », constituée des fidèles de Fabius et d’Emmanuelli, de l’autre l’alliance des proches de DSK et de Montebourg. Adieu, dans ce cas, les prétentions d’Aubry ou de Marylise Lebranchu, l’ex-garde des Sceaux de Jospin, de prétendre, au nom de ces deux factions réunies – la probable majorité du parti – à la succession de Hollande.

Scénario le plus vraisemblable en cas d’impossibilité à unir, autour d’un même candidat, les adversaires de « Ségolène » et de « Bertrand » : une multiplication des candidatures, « noyant » dans la masse, voire interdisant, celle des deux présidentiables. Lesquels se trouveraient contraints, s’ils se présentent, à des accords d’appareil les liant pieds et poings à leurs alliés de circonstance. « Rien de tel pour nous tirer vers là-bas », souligne-t-on chez Royal. Proche de celle-ci, Michel Sapin va jusqu’à craindre, en privé, « vingt ou trente » candidats. De cet éparpillement des votes, favorisant les « petits », Dray, Moscovici, mais aussi, dit-on, Jean-Marc Ayrault, le président du groupe PS à l’Assemblée, ou encore Gérard Collomb, le maire de Lyon, espèrent pouvoir sortir vainqueur.

À moins qu’un « grand ancien » ne se « dévoue » pour éviter à la fois le duel fratricide Royal-Delanoë et la guerre des éléphanteaux… « Le problème, avec les anciens, c’est qu’ils ne veulent pas lâcher », affirme Jean-Luc Mélenchon, visant Lionel Jospin et… Michel Rocard. Dans une tribune publiée le 23 mars dans le Monde, le premier, regrettant la « crise du leadership au PS », se pose en recours – une fois encore non assumé. Le second, quelques jours plus tôt dans la Provence, suggérait aux socialistes de « désigner un premier secrétaire intérimaire qui n’ait pas la vocation d’être celui qui affrontera Sarkozy en 2012 ». Sous-entendu: et pourquoi pas moi qui aurai alors 82 ans? Les deux interventions ont été beaucoup commentées dans les couloirs de la Rue de Solferino. « Ce n’est pas sérieux », commente un proche de Royal. Et si c’était le PS, toujours engoncé dans ses querelles de chef, qui n’était pas sérieux?

  lu dans valeurs actuelles

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