Dernières nouvelles de chez nous.
Du neuf, rien que du neuf ! Vous avez vu, ou entendu, ou lu ? C’est reparti comme l’an dernier, dîtes donc. Sur « Désirs d’Avenir », on nous rejoue le match : adhérez, pour pouvoir choisir, qu’on nous dit. Tiens, on n’a pas déjà entendu ce refrain-là ? Vous vous souvenez bien le succès que ça a fait, il y a quelques mois à peine. Et sous prétexte qu’on a « presque » gagné l’an passé, on remet le couvert. Et nous alors, on sert à quoi ? Oui, tout ça rendrait hilare le premier accrocheur de poissons dans le dos, malheureusement, ce n’était pas une blague. On repart de l’avant, mes camarades. Autrement, l’actu ? Oh deux ou trois fois rien du tout. Qu’est-ce qu’on nous dit ? Que la ministre de la Justice s’y connait plutôt bien en factures elle aussi. Vous vous disiez comme ça que cette allure, ce chic inégalable, cette prestance, ça devait bien cacher quelque chose ? Gagné ! Ça cachait du pognon, c’est tout ! On dirait que la dame a le chéquier facile. Sinon elle du moins ses services. On ne sait pas trop ce qu’ils magouillent Place Vendôme, mais ils ont de ces factures de collants, ouahouh ! Va savoir ce qu’ils en font… Bals masqués ? Attaques de la banque ? On n’ose pas penser à autre chose, on est bien élevés, nous… Mais tous ces collants, quand même, et à ce prix, ça laisse rêveur… Non ? D’autres petites bricoles qui titillent le moral, ces temps-ci ? Oh oui, ça ne risque pas de manquer, à croire qu’ils se sont tous mis d’accord pour nous gâcher le printemps. Barrant les premières pages des journaux et des télés, LA banderole. Vous n’avez pas entendu parler de la banderole ? Non ? Sans blague ? C’est que vous êtes exilé au fin fond de nulle part, ermite un jour, ermite toujours, ce genre. Je vous raconte la chose ? C’est une banderole que des supporters de foot ont dépliée l’autre soir au stade. Depuis, on ne parle plus que d’elle. En gros, elle est injurieuse pour les gars du Nord, les Chtis comme on dit dans tous les cinés de France et de Navarre, des nordistes qui ne demandaient pas autant de pub pour leur joli pays. Injurieuse, le mot est faible, carrément imbécile, la banderole. Et encore, je suis polie, je ne suis pas président de la République, non plus, mon vocabulaire est moins fleuri. Il n’est pas ici question de contester les bons esprits qui se sont émus devant tant de grossièretés. Mais bon, en même temps, on est entre gens de bonne éducation, en général, sur ces terrains-là, et avons-nous entendu autant d’indignation lorsqu’on conseillait aux uns et aux autres porteurs de shorts et pousseurs de ballons d’aller voir chez les grecs et autres gracieusetés ? On en croise, des mal élevés dans ces arènes, et du plus bel effet. Depuis toujours, ou presque. Rappelez-vous, il n’y a pas si longtemps, on en voyait des garçons rasés de près, jusqu’au crâne d’ailleurs, tout de noir vêtus, joliment décorés de badges de qualité, élégamment bottés, avec de ces gestes charmants, bras tendus, vers un horizon trop bien connu, ça faisait trois fois une minute au 20 heures, et basta, ni vu ni connu, on te remisait ça vite fait. Alors, si on se demandait un peu pourquoi on nous bassine depuis une semaine avec cette fichue banderole ? Et ce qu’elle aurait de plus scandaleux qu’un salut nazi, ou qu’un couplet raciste, dans la tribune des supporters du PSG… Bien sûr qu’on ne doit pas accepter ça, ni ici ni ailleurs, mais entre nous, pendant ce temps-là, qu’on parle de la banderole, on ne pense pas à autre chose. On en oublierait presque le quotidien bien grisâtre, les licenciements par wagon, les profs qui fondent comme banquise au soleil, Gandrange, les petits soldats qui vont s’en aller faire du tourisme humanitaire à Kaboul, le pouvoir d’achat en chute libre, la rigueur qui arrive sans dire son nom, les caméras de surveillance qui fleurissent tout partout (et qui voient tout sauf les vilains méchants qui insultent les Lensois ? Trop bizarre…), on en oublierait même de parler des autres banderoles, celles qu’on déplie sur le pavé, depuis toujours, comme il y a 40 ans, celles qui réclament un peu plus de ceci et un peu moins de cela, celles qui disent « Tous ensemble, tous ensemble ! », celles qui proclament la laïcité, la liberté, l’égalité, celles qui réclament la fraternité, les banderoles, toutes les autres banderoles, qui ne sont pas brandies par des voyous, les nôtres, les vôtres, des banderoles de bonne compagnie…
brigitte blang