Offensive cléricale en Europe
Dans plusieurs pays européens, les clergés multiplient les interventions de plus en plus virulentes non seulement dans le débat public, mais même directement dans l’arène politique et électorale. L’église catholique espagnole est ainsi entrée ouvertement en campagne contre le gouvernement socialiste de Zapatero. Dans une note publique du 30 janvier, l’épiscopat espagnol donne des indications très précises pour « stimuler l’exercice responsable du vote ». Et il condamne toute une série de lois votées souverainement par le Parlement : légalisation des unions homosexuelles, réforme du divorce, fin de l’enseignement religieux obligatoire à l’école remplacé par de l’éducation civique. Dans le même texte, les évêques espagnols vont même jusqu’à dénoncer toute forme laïque de société : « il n’est pas juste d’essayer de construire une société sans références religieuses, sans culte de Dieu ». Un peu plus tôt, le 30 décembre, l’église espagnole avait même organisé un immense meeting à Madrid. L’archevêque de Tolède y avait accusé la gauche de faire « vaciller les bases de la famille avec des lois iniques et injustes ». Et l’archevêque de Valence avait enfoncé le clou en affirmant carrément que « la culture de la laïcisation radicale est une tromperie qui ne conduit qu’à l’avortement et au divorce express et même à la dissolution de la démocratie ». Signe très inquiétant : la manifestation était directement organisée en lien avec le Vatican, puisqu’elle a été ponctuée d’une retransmission sur écran géant d’un message de soutien du pape prononcé en espagnol en direct depuis le Vatican !
Cet interventionnisme clérical du pape Benoit XVI se traduit aussi en Italie. Le 17 janvier, le pape s’était en effet fait inviter à l’université de la Sapienza, la plus grande université publique de Rome, pour y prononcer la leçon inaugurale de rentrée ; face au tollé suscité dans la communauté scientifique du pays par cette confusion entre enseignement et religion, le pape a été contraint d’annuler sa visite. Mais il a engagé immédiatement une campagne contre « l’intolérance » des laïcs avec le soutien de la droite italienne et de Berlusconi.
dans À Gauche cette semaine