Quand les salauds meurent aussi…
On n’y croyait plus. Pinochet avait débarrassé le plancher, le nom même de Franco ne dit plus grand-chose aux jeunes gens de
par ici. Il restait celui-là, dont on parlait moins, mais qui ne leur concédait pas un pouce dans l’horreur et le sens du mot torture. Il est mort dans un lit d’hôpital, à 87 ans. Le bel âge pour
débarrasser la Terre des pourris qui la polluent.
Ce type-là non plus ne doit pas beaucoup parler aux mémoires de moins de 20 ans. Et pourtant…
En bref et en deux mots, il avait pris la tête d’un putsch, en mars 76, pour renverser Isabel Peron. Inutile je pense de vous raconter comment il avait été financé. Le plan Condor, une espèce de ravitaillement en vol, directement depuis les USA. Costa-Gavras a raconté tout ça mieux que nous.
C’est sous ses ordres que des centaines de bébés avaient disparu. Enfants de « terroristes », volés à leur mère et adoptés par des familles de dignitaires du régime. Nulle part ailleurs on n’avait jamais vu ça. Et c’est pour réclamer leurs petits enfants qu’on vit alors, sur la Place de Mai, tourner les grands-mères, qu’on eut vite fait d’appeler les Folles de la Place de Mai. Car oui, c’était un temps déraisonnable…
Mais il ne s’est pas arrêté là. 8000 assassinats, pour faire bonne mesure. 8000 morts, au bas mot, assumés lors de son
procès. Et même revendiqués. Car oui, c’était un temps déraisonnable, où l’on mettait les morts dans des avions pour les larguer au-dessus de l’océan. Pour éviter, comme il l’a dit, les
« protestations » venues de l’intérieur du pays. Des protestations qu’on n’entendait pas beaucoup non plus venir de l’extérieur du pays.
Car oui, c’était un temps déraisonnable, où l’on se pressait du monde entier pour jouer au ballon à deux vols d’hélico des stades où l’on suppliciait les opposants politiques. Car le Dieu Football régnait déjà sur notre jolie planète. Et on vit en rangs serrés arriver toutes les équipes, et même la nôtre. Et l’on n’entendit pas grand monde en France pour contester ce voyage-là. À part peut-être Rocheteau. Qui s’était dit réticent à aller jouer dans un pays sous dictature militaire. Et qui, pour finir, était parti quand même…
Au bout du compte, on l’a jugé, le général Videla. Prison à vie pour crime contre l’humanité. Verdict d’une justice civile qu’il réfutait. Tant pis pour lui.
Car oui, c’était un temps déraisonnable, où on nous présentait les dictateurs comme des « catholiques fervents ». Preuve s’il en fallait que la religion, décidément, n’a jamais vacciné contre l’ignominie.
brigitte blang
« La finance n’a pas de visage »
Aujourd’hui, 8 mai, on célèbre la victoire des armées de la Liberté sur la bête immonde du nazisme. On
va, un peu partout, rappeler comme ce jour-là fut important pour nos « civilisations », et il faut le dire, on est plutôt d’accord sur le principe. Sauf que souventes fois, on oublie de
souligner que le 8 mai 45, plus loin, là-bas, de l’autre côté de la Grande Bleue, se passaient d’autres événements, qui allaient eux aussi changer largement la vie de pas mal de monde.
L’histoire commence aux Etats-Unis. Depuis 1884, les syndicats ouvriers cherchent à imposer la
journée de huit heures. Deux ans plus tard, le 1er mai 1886, une grève massive tente de pousser les patrons à céder. Pas facile, on s’en doute ! Le 3 mai, à Chicago, trois
manifestants vont mourir. Dès le lendemain, des heurts violents opposent les policiers aux travailleurs. Une bombe explose. 15 policiers y laissent leur vie. La répression sera sévère, comme de
bien entendu. De la prison à vie, des condamnations à mort également. Pour ceux-là, la grève se termine au bout d’une potence.

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