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Samedi 10 mai 2008

Hollande soutient Fillon et Bertrand (transmis par Denis Collin)

PARIS (AFP) - Le Premier secrétaire du PS François Hollande a estimé que le travail des plus de 55 ans était le « préalable » à l’allongement de la durée de cotisation, qu’il n’exclut pas, tout en demandant de « nouvelles ressources » pour le financement.

Interrogé sur le passage à 41 ans de cotisation, M. Hollande a déclaré : «  Si on a du travail jusqu’à la période qui permet de partir en retraite avec ses droits pleins, alors oui pourquoi pas ? Sauf que là, le préalable, c’est le travail des seniors ». « C’est ce que disent la plupart des organisations syndicales », a justifié M. Hollande. Le chiffre des seniors de plus de 55 ans au travail -38%- « n’a pas bougé depuis la réforme de 2003 », a-t-il affirmé. « On peut allonger la durée de cotisation à 41 ans, 42 ans, mais si au-delà de 55 ans vous n’êtes pas en situation d’allonger vos droits, vous aurez une diminution de votre niveau de pension. C’est un marché de dupes », a-t-il argumenté.
Pour encourager le travail des jeunes et des seniors, M. Hollande a suggéré de « moduler les cotisations sociales tout au long de la vie sur l’âge du salarié ». « Il faut trouver de nouvelles ressources » pour le financement des retraites, a-t-il ajouté, estimant que certains éléments de rémunération n’étaient pas soumis à cotisations. « Tant qu’on a pas une assiette plus large pour le financement des retraites, il est difficile de demander des efforts supplémentaires pour le financement des retraites », selon M. Hollande.

Les partenaires sociaux étaient reçus par le ministre du Travail Xavier Bertrand qui se montre inflexible sur le passage à 41 ans de cotisation d’ici 2012.


 Peillon soutient Darcos (lundi 28 avril 2008)

Nous ne pouvons résister au plaisir de livrer ce petit bijou de tartufferie et de malhonnêteté intellectuelle signé de Vincent Peillon (ex-NPS). Il paraît que Peillon est professeur de philosophie. On espère, pour ses élèves, qu’il n’enseigne plus. Car faire de Jaurès le défenseur de « l’économie sociale de marché », il fallait l’oser. Mais dans ce petit monde des bureaucrates du PS, ce pays du mensonge déconcertant, tout est maintenant possible.

Vincent Peillon, député européen PS : « Il faudra savoir être courageux pour faire des réformes »
L’impopularité du président de la République est grande, son style heurte, mais aussi, on le voit dans les enquêtes, certaines de ses réformes comme celle des régimes spéciaux...
C’est incompréhensible, d’autant plus que nous-mêmes avons dit que cette réforme devait être faite. Les uns et les autres, nous savions qu’il fallait une équité en termes de retraite. Sur la réforme du contrat de travail, l’accord a été négocié par les syndicats. C’est une réussite de la négociation. C’est une bonne chose.

 La réforme de l’éducation suscite également de nombreuses résistances.
On ne peut pas en rester à une bagarre sur les postes. Nous n’avons jamais pensé qu’il ne fallait pas réformer en profondeur l’éducation nationale, qui reproduit les inégalités de façon massive et laisse un certain nombre de jeunes sans qualification. Mais il faut faire une réforme qualitative. Il n’est pas bon de supprimer 10 000 postes, mais il ne faut pas non plus considérer que c’est uniquement en disant « nous voulons garder les postes tels qu’ils sont » que nous avancerons.

Ce pays a besoin de réformes. Le problème de Xavier Darcos est qu’il n’a pas le projet suffisant pour emmener les uns et les autres vers un projet scolaire. C’est aussi la question que doivent se poser les socialistes. Il faudra faire les réformes dans un budget contraint. Il faudra savoir être courageux.

 La réduction des déficits passe aussi par une réforme de l’Etat. La gauche ferait-elle différemment sur la réduction du nombre de fonctionnaires ?
Si vous voulez faire la réforme, il faut la justifier. Il est ainsi clair que le métier d’enseignant doit changer. Autant dans l’information que dans la progression de carrière, dans le nombre d’heures fournies et les tâches demandées à l’enseignant. Cette négociation, nous l’avions engagée avant la présidentielle avec les enseignants. À partir de là, vous pouvez discuter de tout. Si vous voulez mieux payer comme dans les pays nordiques, alors vous pouvez avoir un certain nombre d’exigences, de formation continue, de présence au côté des élèves, de diversité des tâches à accomplir. En contrepartie, il est possible de diminuer le nombre de fonctionnaires dans l’éducation nationale. Mais là, les manifestations viennent de Seine-Saint-Denis, un département pauvre parce qu’on a déshabillé de façon arithmétique les lycées, sans regarder les besoins.

 Le PS, dans sa nouvelle déclaration de principes, souligne pour la première fois la nécessité de créer un secteur privé dynamique. Des tabous tombent à gauche ?
Nous étions paralysés intellectuellement, souvent d’ailleurs dans l’ignorance de nos propres traditions, entre Tocqueville et Marx, entre l’individu et l’Etat, entre la liberté et l’égalité. Alors que toute la tradition républicaine visait à concilier les deux. Enfin, nous avons une déclaration de principes qui renoue avec la grande pensée de Jaurès, la grande pensée républicaine de 1848 qui dit que ce sont de fausses oppositions. (...) Pour distribuer de la richesse, il faut d’abord en produire un peu. Et donc la question de l’initiative, de la capacité qui est la nôtre à jouer notre rôle dans la compétitivité internationale est déterminante surtout lorsque l’on veut, en plus, être généreux.

publié dans : un petit tour chez les socialistes
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Samedi 10 mai 2008

Aux pays riches d’assurer les pauvres

Par Esther Duflo, dans Libération

La semaine dernière, les émeutes violentes à Haïti, provoquées par la colère des habitants face à l’augmentation du prix des denrées alimentaires de base, ont mis la question des prix agricoles sur le devant de la scène. D’autres incidents ont eu lieu en Indonésie, en Guinée, en Mauritanie, au Mexique, au Maroc, au Sénégal, en Ouzbékistan et au Yémen. Plusieurs gros producteurs de riz (Vietnam, Inde, Egypte) ont imposé de fortes limites sur les exportations de riz. Après plusieurs décades de stabilité des prix des denrées alimentaires, ceux-ci ont recommencé à augmenter à partir de 2005, et leur croissance en 2007 a été phénoménale. De mars 2007 à mars 2008, l’augmentation du prix mondial moyen a été de 30 % pour le maïs, 74 % pour le riz, 87 % pour le soja, et 130 % pour le blé.

Plusieurs raisons expliquent l’augmentation tendancielle des prix, dont la demande pour les biocarburants (qui consomment une partie non négligeable du maïs produit dans le monde) et l’accroissement et l’enrichissement de la population mondiale (en particulier l’augmentation de la demande de viande en Chine : paradoxalement, produire une calorie sous forme de viande requiert une quantité de céréales plus forte que produire une calorie sous forme de céréale). Plusieurs facteurs de conjoncture contribuent aussi à expliquer le pic récent : les récoltes de blé ont été mauvaises dans plusieurs gros pays producteurs ; le riz souffre d’un parasite mystérieux au Vietnam ; les stocks de grains, maintenus par les gouvernements (comme l’Inde) pour stabiliser les prix, ont fortement diminué (ils sont à leurs plus bas niveaux depuis 1984). Les prix sont donc non seulement plus hauts en général, mais plus volatils (on s’attend d’ailleurs à une baisse du prix du riz après les récoltes en Indonésie et en Inde) ; même la crise financière joue un rôle : les produits alimentaires font figure de valeur refuge, ce qui contribué à la flambée. Zoellick (président de la Banque mondiale), Diouf (président de la FAO) et bien d’autres, s’inquiètent pour les pauvres. Zoellick a même brandi une miche de pain aux meetings annuels du FMI et de la Banque mondiale pour donner force à son argumentaire. La part de la nourriture dans le budget d’une famille qui vit avec moins de 1 dollar par jour (le seuil de pauvreté mondial) est entre 50 % et 77 % selon les pays, d’après les enquêtes-budget réalisées par la Banque mondiale, ce qui les rend très sensibles aux prix alimentaires.

Pourtant, il y a moins de deux ou trois ans, c’était les subventions agricoles des pays riches, et même l’aide alimentaire qui étaient critiquées : en maintenant les prix artificiellement bas, elles empêchaient les paysans africains de vendre leurs produits à bon prix, les laissant dans la pauvreté. Ces deux arguments peuvent paraître a priori contradictoires. Malheureusement, ils ne le sont pas. Une augmentation du prix des produits alimentaires bénéficie aux producteurs nets (ceux qui produisent plus qu’ils ne consomment), au détriment des consommateurs nets. Cela est vrai tant au niveau national qu’au niveau individuel. Au niveau national, la hausse des prix des céréales va améliorer la balance commerciale des pays exportateurs, et empirer celles des pays importateurs, dont l’Afrique subsaharienne. Au niveau individuel, les pauvres les plus touchés sont en milieu urbain, mais même en milieu rural, un certain nombre des plus pauvres sont en fait consommateurs nets de céréales. Une étude réalisée dans les années 1980 sur la Thaïlande avait montré que les ménages ruraux bénéficiaient en moyenne d’une augmentation du prix du riz, mais avec de fortes variations d’un ménage à l’autre. Ceux qui en bénéficiaient le plus étaient les ménages ni trop pauvres ni trop riches. Ainsi, quand le prix des céréales augmente, dans le court terme, certains des pauvres y gagnent, d’autres y perdent. À moyen terme, l’accroissement de la volatilité des prix est dommageable pour tous. Les familles pauvres des pays en développement font déjà face à d’énormes risques et ne bénéficient souvent d’aucune assurance contre ces risques, en dehors de leur propre épargne ou de la solidarité informelle. Une mauvaise période peut conduire à sacrifier l’éducation des enfants ou à laisser un enfant mourir d’une attaque de diarrhée. Une difficulté passagère laisse une trace permanente. 

Au-delà de l’aide d’urgence, il est essentiel de mettre en place une assurance efficace contre la variabilité du prix des produits alimentaires pour les plus pauvres. Les pays riches devraient s’y sentir d’autant plus obligés qu’ils portent largement la responsabilité de ces fluctuations.

Esther Duflo est économiste et professeure au Massachusetts Institute of Technology et à l’Ecole d’économie de Paris.

 


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Samedi 10 mai 2008

Droit d’asile
Paroles et musique Dominique Grange


 
Ils sont venus de Florence                                          Donne, donne-moi,
De Rome ou bien de Milan                                          Donne-moi le droit d’asile
Dans notre beau pays de France                                 Je voudrais accoster
Après les années de plomb                                         Donne, donne-moi,
Ils portaient des noms d’ailleurs                                  Donne-moi le droit d’asile
Paolo, Roberta, Oreste                                              Si je reprends la mer…
Impénitents voyageurs                                               J’irai droit aux galères
Enrico ou Cesare 
                                                      

                                                                              Un beau jour le Président
Donne, donne-moi,                                                    S’en est allé sans crier gare
Donne-moi le droit d’asile                                           Et bientôt son remplaçant
Je voudrais accoster                                                 A trahi ses engagements
Donne, donne-moi,                                                    Paolo persécuté
Donne-moi le droit d’asile                                           Par l’Europe judiciaire
J’ai déjà jeté l’ancre…                                               Fut conduit à la frontière
Je n’veux plus bourlinguer                                          Puis dans un cachot fut jeté

 
Sans boulot, sans domicile,                                         Donne, donne-moi,
Sans repères et sans copains,                                      Donne-moi le droit d’asile
Les débuts furent difficiles                                         Je voudrais accoster
Dans les années quatre-vingt                                       Donne, donne-moi,
Mais un jour le Président                                           Donne-moi le droit d’asile
Leur offrit sa protection                                             L’exil interminable…
Et pendant plus de vingt ans                                        M’empêche de rêver
Rien n’altéra cette illusion  
                                        

                                                                              Marina ou Cesare
Donne, donne-moi,                                                    Camarades venus d’ailleurs
Donne-moi le droit d’asile                                           Les italiens réfugiés
Je voudrais accoster                                                   Vivent à nouveau dans la peur
Donne, donne-moi,                                                    Car vingt-cinq années plus tard
Donne-moi le droit d’asile                                           Il revient le cauchemar
‘Y a quelqu’un qui m’attend…                                     Avec l’État qui crie vengeance
Là-bas sur la jetée                                                     Et veut briser leur existence

 
Peu à peu ils ont forgé                                              Donne, donne-moi,
Avec des femmes, avec des hommes                            Donne-moi le droit d’asile
Des amours, des amitiés                                             Je voudrais accoster
Dont ils ne furent pas économes                                 Donne, donne-moi,
Et les petits qu’ils ont faits                                         Donne-moi le droit d’asile
Ne peuvent s’endormir le soir                                     Je veux rester ici…
Sans recevoir leurs baisers                                          Où mon enfant grandit.
Ils ont bien trop peur dans le noir  
                           

                                                                              (Paris, 2003)

 À Paolo Persichetti, extradé en août 2002 et emprisonné depuis dans les geôles italiennes. À Cesare Battisti, en cavale depuis 2004, arrêté en mars 2007 et enfermé depuis dans les geôles brésiliennes. À Marina Petrella, arrêtée en août 2007, enfermée depuis lors dans les geôles françaises et aujourd’hui sous une menace d’extradition vers l’Italie où elle a été condamnée à la prison à perpétuité pour des faits remontant à plus de 25 ans. Aux réfugié(e)s italien(ne)s dont la liberté est à nouveau menacée par la remise en cause  de la protection garantie par le Président Mitterrand, en 1985, à des femmes et à des hommes qui ont reconstruit ici leur vie depuis plus de vingt ans parce qu’ils ont fait confiance  à la parole donnée par notre pays.

 


publié dans : un peu de ciné, de lecture, de culture?
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Samedi 10 mai 2008

…ou quand les écrivains redécouvrent le monde.

 

J’en connais ils sont partis se dorer la pilule au soleil de Bretagne. Pour la semaine passée, ils avaient tout juste. Là depuis ce matin, c’est plutôt mauvaise pioche. Alors, pour les faire patienter jusqu’au retour du grand beau, voilà une activité choisie, colorée, un poil nomade, tout ce qu’il faut pour faire d’un week-end pluvieux deux jours de rêve et de départ.

Ça se passe à Saint-Malo, c’est comme qui dirait un salon du livre, et ça s’appelle Étonnants Voyageurs ». Un nom comme ça, ça ne peut que nous parler, à nous tous qui voulons « aller voir ». Allons-y donc…

Michel Le Bris a inventé ces journées il y a 18 ans. Encore un festival breton, binious, bombardes et le tremblement, gavottes et coiffes empesées, vous entends-je maugréer ! Eh bien pas le moins du monde, figurez-vous.  Il s’agit d’un salon unique, en vérité, de ceux qui laissent des traces. Là se retrouve tout ce que la littérature vagabonde compte de pointures, les routards, les marins, les sillonneurs de routes, les parcoureurs de vagues, les escaladeurs de sentiers, les grimpeurs de rêves. Rien ici n’est laissé de côté. Pas de hiérarchie dans les choix d’invités, romans, récits, photos, BD, fiction, polars, tout y bienvenu, pourvu que ça te dépayse, c’est même pour ça que ça existe, Étonnants Voyageurs !  

Cette année, le thème, c’est « Migrations », ça nous cause, non ? Et voyez un peu, on n’est pas volé sur le programme, il y a « du beau linge » comme on dit par chez moi:

Et pour commencer, un hommage à Nicolas Bouvier, dix ans déjà qu’il manque à l’appel sur le pont. On va relire ses textes, on va revoir ses photos, on va se gargariser de ses vers, on vous en donne quelques-uns ici, seulement pour vous faire envie !

Ce midi-là
La vie était égarante et bonne
que tu lui as dit ou plutôt murmuré
« va-t’en me perdre où tu voudras »
Les vagues ont répondu « tu n’en reviendras pas. »
(Le dehors et le dedans)

Bien sûr, un clin d’œil à 68, ça s’imposait. On va croiser les deux Jack, London et Kerouac, Bob Dylan, Philip K. Dick, le jazz et les hippies.

Dans la catégorie photos, un incontournable : Sebastiao Salgado. C’est ce gars qui a photographié les damnés de la terre, les mineurs d’or, les gamins des rues et des champs, les femmes harassées. Certaines chansons de Lavilliers (tiens, ça faisait longtemps !) comme Gentilshommes de fortunes ou Fortaleza semblent avoir été écrites seulement pour illustrer l’œuvre de Salgado.

Didier Daeninckx, un des porte-drapeaux de la littérature engagée politiquement. On a déjà ici évoqué sa BD Il faut désobéir, sur les Justes, à Nancy. Ce qui sort ces jours-ci, c’est un bouquin façon retrouvailles sur fond de souvenirs des années soixante et soixante-dix. Les uns et les autres se cherchent sur un site « copains d’avant », ou à peu près, (marrant d’ailleurs, ce site, plein d’anciens élèves me contactent par là, c’est plutôt rigolo). Ils ont changé, mûri, évolué, dans tous les sens du mot. On les suit, on les aime plus ou moins, en tout cas, ça nous rappelle des potes à nous, et ça donne envie de les retrouver aussi, les gamins de ces années-là, qui partageaient les gauloises de nos récrés.           

Isabelle Autissier, on l’écoute avec bonheur tous les dimanches matins sur Inter, à l’heure du thé, celui du matin. Elle sera là aussi, évidemment, si elle n’y était pas, à quoi ça servirait Étonnants Voyageurs ? Elle arrive avec une écriture à quatre mains, « Versant Océan, l’île du bout du monde », écrit avec un alpiniste (et pourquoi pas ?) Lionel Daudet. Ces deux-là sont partis voir une île vraiment au bout de tout, la Géorgie du Sud. On l’entendait à l’époque raconter ça dans le poste, ça faisait rêver, le livre, une espèce d’abécédaire, est encore plus chouette, c’est vous dire ! Sans compter qu’ils se penchent sur des réflexions bien actuelles, le Grenelle, ils l’ont testé pour nous, grandeur nature, et c’est autrement plus intéressant à feuilleter.

On verra aussi Olivier Roellinger, « le » chef de Cancale, qui est aussi un homme de mer, et de passion. Cette année, comme tous les ans, il sera invité de l’espace goûts et saveurs du Monde, autour de son film, Trois Étoiles de Mer. (étoile dans le sens Michelin, bien sûr !)  

D’autres rencontres ? Y a qu’à demander ! Des lectures voyageuses, par Ariane Ascaride, ou Fanny Cottençon, un auteur venu des Vosges, Pierre Pelot, un autre venu du Nord, Michel Quint celui des Effroyables Jardins, qui nous fait un cadeau cette année : une biographie de Brel : « Sur les pas de Jacques Brel ». Essai original par sa facture même : la vie d’un homme à travers les lieux où il a vécu. Brel c’est un peu de nous à chaque ligne. On a tous un peu quelque chose en nous du Grand Jacky, pas vrai ? Que ce soit à Orly, aux Marquises, ou à Amsterdam, on voudrait bien le suivre encore… Pour compenser le vide, on se précipitera sur ce bouquin, le plus vite qu’on pourra.  

 



Dernière aventure, gardée, comme on dit, pour la bonne bouche, mon chouchou d’élection, Bernard Giraudeau soi-même en personne. On vous en a déjà dit deux ou trois lignes ici. Cette fois, il nous revient (pour longtemps, hein, Bernard…) avec un de ses romans traduit en BD par Christian Cailleaux : « Des Hommes à Terre ». Ce bel acteur fut aussi marin en son temps, le veinard, tout gamin, 17 ans à peine. Le tour du monde sur la Jeanne. Il a raconté tout ça, on le lui a dessiné. Un aveu ? J’aime trop ce qu’il écrit pour goûter tout à fait l’exercice, mais essayez, c’est quand même lui, au final. Et un marin de cette envergure, je n’en ai pas rencontré des masses, même si Cherbourg et ses quais je connais comme ma poche.



Ce samedi 10 mai (eh ! Ça ne vous dit rien cette date ?), dès 10 heures, foncez, si vous êtes dans le coin. Et écrivez-nous pour nous raconter. Allez, cadeau, quelques lignes du grand Charles. Qui a dit « De Gaulle » ?!

Etonnants voyageurs !
Quelles nobles histoires nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !
Montrez-nous les écrits de vos riches mémoires,
Faites pour égayer l’ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d’horizons.
Dites, qu’avez-vous vu ?

Charles Baudelaire

brigitte blang prs57
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Samedi 10 mai 2008

Le fond de l’air est-il si gris ?


  Après l’Italie, la Grande-Bretagne. Certes, la leçon n’est pas tout à fait aussi caricaturale à Londres qu’à Rome. Il ne s’agit que de municipales, un scrutin que l’on sait propice aux votes sanctions à l’encontre des pouvoirs en place. Les électeurs français ne viennent-ils pas d’infliger un sévère désaveu à un président de droite pourtant fraîchement élu ? Et puis David Cameron, le jeune leader des Tories, n’est pas Berlusconi. Il ne traîne pas derrière lui une cohorte de post ou archéofascistes fiers d’eux-mêmes et de leur héritage mussolinien. On ajoutera que la défaite des Travaillistes vient de loin. Elle n’étonne guère. Au moins depuis le ralliement sans principes de Tony Blair à la guerre américaine en Irak, en 2003. Dès l’année suivante, le Labour avait essuyé une première et cinglante défaite, n’obtenant que 26 % des suffrages aux précédentes élections locales (contre 27 % aux Libéraux démocrates et 37 % aux Tories). C’est à peine pire aujourd’hui, s’il n’y avait, de surcroît, la perte de Londres (1). Le paysage politique de l’autre côté du Channel est donc depuis longtemps désespérant. Au contraire, les mouvements au sein de la gauche italienne avaient fait naître quelques espoirs qui ont rendu l’échec encore plus amer. Bref, le fond de l’air européen est gris, pour paraphraser le titre du superbe film de Chris Marker, en 1977. Mais, sauf à sombrer dans une mélancolie qui nous tétaniserait pour des années, et à attendre la solution d’un démiurge qui n’existe pas, il nous faut bien chercher des raisons d’espérer. Celles-ci résident, selon nous, dans un constat très simple : ni la défaite de Gordon Brown ni celle de Walter Veltroni ne peuvent être interprétées comme des défaites de la gauche.

Les gauches européennes traditionnelles ont engagé depuis le milieu des années 1980 un mouvement vers le centre, aujourd’hui irréversible. Tony Blair fut un précurseur. Mais la gauche italienne l’a depuis longtemps supplanté. Son déplacement vers la droite a été fulgurant, et il ne s’est guère arrêté que dans un reniement complet de toutes ses références historiques. L’itinéraire personnel de Walter Veltroni, ex-dirigeant communiste, est à cet égard édifiant. L’électorat de la gauche a été livré à une équation insoluble : comment rester à gauche tout en faisant barrage à l’épouvantail Berlusconi ? Cet écartèlement ne pouvait que se conclure par un double désastre : l’anéantissement électoral de la gauche de la gauche – qui ne pouvait quoi qu’il en soit prétendre à une majorité – et le triomphe de Berlusconi. Pour en arriver là, il a fallu que l’ex-gauche italienne, au destin si complexe qu’on ne sait même plus comment la nommer, tourne son artillerie quasi exclusivement contre la Sinistra-l’Arcobaleno. Laquelle n’était pas non plus tout à fait innocente du malheur qui l’accablait, l’un de ses courants – Rifondazione – passant d’un coup d’une politique de compromis avec le gouvernement de Romano Prodi à une opposition ombrageuse et intransigeante, rendant par là même illisible sa brusque évolution. C’est pourtant de ce côté-là que peut renaître l’espoir. À condition que l’échec électoral ne soit pas vécu comme la fin du monde. Car les choses sont encore plus compliquées structurellement au Royaume-Uni, où toute initiative « de gauche » est entravée par la traditionnelle bipolarisation du système politique. Cette bipolarisation que nos « gauches » européennes aimeraient tant généraliser…

Aucune défaite n’est donc imputable à une politique ou à un programme de gauche. C’est même tout le contraire. Le Parti socialiste français a perdu en 2007 au terme de la campagne la plus droitière et la plus apolitique de son histoire. Ne revenons pas sur le cas de la gauche italienne, qui est allée jusqu’à perdre son nom. Quant à Gordon Brown, il a mené campagne en promettant une réforme fiscale défavorable aux pauvres et en affrontant les enseignants en grève pour des revendications salariales. Le seul parti socialiste, parmi nos voisins, qui défende encore peu ou prou des valeurs de gauche – au moins sur les questions de société –, c’est le PSOE, en Espagne. Et il a remporté les élections générales du mois de mars. Quant à l’unique offre politique nouvelle, socialement et économiquement de gauche, celle de Die Linke en Allemagne, elle a recueilli de notables succès, entrant dans les parlements régionaux en Basse-Saxe, en Hesse, et dans le land de Hambourg. Alors que les sondages créditent nationalement cette formation de 10 % et plus. Spectaculaire percée après moins d’un an d’existence !

Le problème n’est donc pas tant dans le résultat des différents scrutins français, italiens ou britanniques, ou dans une atonie générale des opinions, que dans l’absence d’offre sérieuse et crédible dans ces pays. On peut toujours inlassablement incriminer les dirigeants sociaux-démocrates. À en perdre le souffle. Mais ceux-ci ne reviendront plus en arrière. Même notre Parti socialiste, longtemps rétif, vogue maintenant vers d’autres rives. Après Ségolène Royal, Manuel Valls montre le cap. Il est décidément temps d’en tirer quelques conclusions.

Notes

(1) Le Labour a obtenu 24 % des suffrages, les Libéraux démocrates, 25 %, et les Conservateurs, 44 %.


Denis Sieffert dans Politis cette semaine

(la photo fut prise par PRS 57, en février à la Halle Carpentier, quand on croyait encore que le référendum, on pouvait y croire…)

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Vendredi 9 mai 2008
Les nouveaux partisans

 Paroles et musique Dominique Grange
 
Écoutez-les nos voix qui montent des usines                              Et vous les gardes-chiourmes de la classe ouvrière
Nos voix de prolétaires qui disent y en a marre                          Vous sucrer sur notre dos ça ne vous gêne pas
Marre de se lever tous les jours à cinq heures                           Vos permanents larbins nous conseillent la belote
Pour prendre un car, un train, parqués comme du bétail            Et parlent en notre nom au bureau du patron
Marre de la machine qui nous saoule la tête                              Votez, manipulez, recommencez Grenelle
Marre du chefaillon, du chrono qui nous crève                          Vous ne nous tromperez pas, maintenant ça marche plus
Marre de la vie d’esclave, de la vie de misère                            Il n’y a que deux camps, vous n’êtes plus du nôtre
Écoutez-les nos voix, elles annoncent la guerre !                       À tous les Kollabos, nous on fera la guerre !

Nous sommes les nouveaux partisans                                        Nous sommes les nouveaux partisans…

Regardez l’exploité quand il rente le soir                                  La violence est partout, vous nous l’avez apprise
Et regardez les femmes qui triment toute leur vie                       Patrons qui exploitez et flics qui matraquez
Vous qui bavez sur nous, qui dites qu’on s’embourgeoise            Mais à notre oppression nous crions « résistance »
Descendez dans la mine à six cent mètres de fond                      Vous expulsez Kader, Mohamed se dresse
C’est pas sur vos tapis qu’on meurt de silicose                            Car on n’expulse pas la révolte du peuple
Vous comptez vos profits, on compte nos mutilés                        Peuple qui se prépare à reprendre les armes
Regardez-nous vieillir au rythme des cadences                            Que des traîtres lui ont volé en 45
Patrons, regardez-nous, c’est la guerre qui commence !              Oui, bourgeois contre vous, le peuple veut la guerre !

Nous sommes les nouveaux partisans…                                       Nous sommes les nouveaux partisans…

Baladez-vous un peu dans les foyers putrides
Où on dort par roulements quand on fait les 3/8
La révolte qui gronde au foyer noir d’Ivry
Annonce la vengeance des morts d’Aubervilliers
C’est la révolte aussi au cœur des bidonvilles
Où la misère s’entasse avec la maladie
Mais tous les travailleurs immigrés sont nos frères
Tous unis avec eux on vous déclare la guerre !

 
Nous sommes les nouveaux partisans…                                   

 (Nice-St-Roch, 1970)

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Vendredi 9 mai 2008

Fauteur de crise

 Certes, il a admis quelques erreurs. Mais il n’a pas dit lesquelles ! Sarkozy s’est ainsi offert à peu de frais d’abondants commentaires médiatiques sur son soudain changement de ton et son humilité toute fraîche au sortir de son entretien télévisé de jeudi dernier. En réalité, il a décliné toute responsabilité sur l’essentiel en mettant les lourdes difficultés économiques du moment sur le compte « d’éléments indépendants de sa volonté », comme la baisse du dollar ou encore la crise des subprimes américains. Sarkozy a pu dès lors annoncer son intention de continuer la même politique économique. Or, contrairement à ses allégations, cette politique économique, dominante en Europe, est justement l’une des causes de la crise actuelle.

Premier événement : la baisse du dollar. Sa cause principale réside dans les déséquilibres commerciaux mondiaux qui voient les États-Unis vivre au crédit du reste du monde, et provoquent une accumulation de réserves en dollars gigantesques dans les pays fournisseurs. Or, ce déséquilibre provient du fait  que la progression de la consommation américaine est très largement supérieure à celle des autres zones du monde, inclus l’Union européenne. Dès lors, le consommateur américain fait tourner l’économie du monde entier ; mais ce faisant, la balance commerciale américaine ne cesse de plonger (plus de 700 milliards de dollars de déficit annuel) et le dollar en subit les conséquences. Or, l’atonie de la consommation européenne est une conséquence directe des politiques menées par la Commission européenne et la majorité des gouvernements européens : accroissement des revenus des actionnaires par rapport à ceux des salariés, obsession portée à la « réduction du coût du travail » et à la remise en cause des systèmes de protection sociale.
Fait aggravant pour l’Europe et pour la France, la baisse du dollar s’exerce surtout au détriment de l’euro. On en connait la raison. D’abord les pays émergents comme la Chine n’ont pas commis l’erreur  de se désintéresser du taux de change de leur monnaie et de confier celle-ci à une instance indépendante. En conséquence, ils contrôlent la parité de leur monnaie avec le dollar. Ainsi le yuan n’augmente que lentement à mesure que l’accroissement de la compétitivité de l’économie chinoise  le permet. En outre, l’indépendance de la Banque Centrale Européenne est aggravée par le fait que celle-ci ne se préoccupe que d’une chose, l’inflation. Sa politique de taux d’intérêts élevés amplifie donc la hausse de l’euro. En la matière, Nicolas Sarkozy a une responsabilité écrasante. Après avoir annoncé dans la campagne présidentielle une « grande offensive diplomatique » contre l’euro fort, il est allé piteusement faire allégeance à la BCE, et il a négocié un traité européen qui ne change pas une ligne au statut désastreux de la BCE.

Deuxième événement soi-disant « indépendant de sa volonté » : la crise des subprimes américains. Là encore ce désastre ne tombe pas du ciel. Pour réussir à doper la consommation des ménages sans améliorer les salaires, les autorités états-uniennes ont encouragé depuis 2002 une politique de large accession à la propriété par l’endettement. Elles ont donné par exemple la possibilité aux ménages de s’endetter à proportion de la valeur de leur maison sur le marché. La hausse continue des prix a donc facilité l’endettement, lequel a contribué à la hausse des prix… Or, c’est justement ce cercle infernal que Sarkozy cherche à importer en France. C’est le sens de ses  mesures  de défiscalisation des intérêts d’emprunts  mais aussi de ses projets de réforme du crédit immobilier. Cette politique conjuguerait un désastre social (3 millions de personnes pourraient perdre leur logement aux USA) à une déroute économique. Les pays qui ont assis leur croissance économique sur l’immobilier subissent en effet de sérieux revers. L’économie britannique vient de connaître au premier trimestre son chiffre de croissance le plus faible depuis trois ans. L’Espagne a vu ses prévisions de croissance pour 2008 réduites d’un tiers (ce qui l’amènerait à la plus faible croissance depuis 15 ans) et le pays vient d’enregistrer la plus forte hausse mensuelle du chômage depuis 15 ans.

La crise économique actuelle n’est donc pas « indépendante de la volonté » des gouvernements. Ceux-ci peuvent agir pour rééquilibrer l’économie mondiale et relancer la croissance européenne. Mais cela implique une autre politique, combinant relance de l’investissement public, relance de l’investissement productif par la lutte contre la financiarisation, relance de la consommation par la progression des salaires. Bref, tout à fait l’inverse de ce qu’a annoncé jeudi soir Nicolas Sarkozy. Alors que la consommation des ménages français a déjà chuté de 1.7 % en mars, il continue de refuser de revaloriser le SMIC, à vouloir aggraver la précarité des travailleurs par la réforme des retraites, à dépecer l’État. Une telle politique permet peut-être aux plus riches de ne pas sentir la crise, mais elle l’aggrave à coup sûr pour tout le pays.

 François Delapierre


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Vendredi 9 mai 2008

 

Nous aurions pu penser que la très substantielle défaite aux élections municipales aurait conduit le gouvernement à reconsidérer sa politique.

Nous aurions pu penser que les mobilisations croissantes dans l’éducation nationale auraient conduit Xavier Darcos à revoir sa politique et à entamer un vrai dialogue avec une communauté scolaire légitimement inquiète par les remises en cause concomitantes et brutales du service public de l’éducation nationale.
Malheureusement nous ne sommes pas face à un gouvernement qui recherche l’intérêt général. Nous sommes face à un gouvernement armé d’une volonté pathologique de revanche idéologique à l’encontre de l’école publique, laïque et républicaine. Cette volonté de revanche le conduit à multiplier les provocations dans le seul but de tenter de manière pathétique de dresser les parents contre les enseignants dans le seul but de diviser la communauté scolaire et d’affaiblir son indispensable mobilisation pour défendre un enseignement de qualité pour tous.
La dernière de ces provocations a été effectuée lors du congrès de la PEEP où Xavier Darcos a annoncé son intention de relancer la mise en place d’un service minimum dans l’éducation nationale. Pour ce faire le ministre a demandé aux communes de mettre en place un service minimum d’accueil des enfants les jours de grève. Il a proposé d’en financer le coût en indemnisant les communes au moyen des retenues de salaire des enseignants grévistes.
Que les choses soient bien claires, il est hors de question que la Ville de Paris apporte son concours à une telle provocation. Nous n’avons pas à être la voiture balai de la politique antisociale de ce gouvernement. Il est hors de question que nous nous prêtions à une manipulation consistant à utiliser des fonctionnaires territoriaux pour briser la grève de fonctionnaires nationaux. C’est au gouvernement d’assumer les conséquences de sa politique. Bien évidemment une grève des enseignants ne facilite pas la vie des parents. Mais il en va de tout mouvement social. C’est pourquoi le débat ne peut pas et ne doit pas être posé ainsi. Si le gouvernement souhaite réellement éviter des désagréments aux parents, alors qu’il s’emploie à mener une politique qui n’ait pas pour conséquence directe de provoquer la mobilisation à son encontre de la communauté scolaire.

  Pascal Cherki, adjoint au maire de Paris

 


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Vendredi 9 mai 2008